‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 290 sur 389 · FOURRIER · texte numérisé non relu

FOURRIER

Un aix qui se plaint d'estre seul

Lny fournit de coocbe et de table. (St-Amart. LaCkamtb. ém i

Faret, mon compagnon d'office.

Quand il faut faire nn sacrifice.

Dedans quelque joyeux hostel

Où la table fournit if autel ;

Helas ! quel démon plein d'envie

Traversant nostre heureuse vie,

Quel démon, dis-je, amy de l'eau,

Te conduit à Fontainebleau? (Id., La Cabantê.)

On a dit, d*une manière analogue, fournir de quelque chose à quelqu*un, pour signifier le lui fournir, le lui procurer :

Un troupeau qui nous est si cher, Et dont la mamelle féconde

Fournil de laict à tout le monde. (St-Amant, Le Frùmoge.]

Je leur Journissoiê de devises, Do beaux couplets, de hauts discours :

Enfin j'estois tout leur recours. (Id., Le Poêie croitéj]

Non-seulement il a fait de sa main de très-beaux ouvrages; mais il fournit de

detiins il plusieurs autres sculpteurs fort habiles. (Pbrb., Hmnm, iUuet,, C\u.ny.}

On trouve encore fournir rfe, avec un nom de personne pour Hujet, dans le sens particulier de jouir de la société de :

Il n'y avoit jeune gentilhomme qui fust bien venu entre les dames que moy : toutes me dcsiroyent, m'aymoient et me vouloient à leur compaignie, et s'estimoit bien heureuse celle qui pouvoit fournir de moy. (Fa. d'Amb., Lee Napoi,, i, 3.)

Nous remarquerons encore ici, quoique Tanalogie ne soit pas complète, l'emploi de fournir de, pour signifier faire preuve de :

Bien des gens pouvant fournir de courage et de résolution l'épée à la main, qui ne sont pas capables de soutenir de sens froid tout le poids d'un secret iro> portant, (Vbrtot, BévoL de Portuy.)

— FOURNI, part, passé, poeme fourni, poëme bien rempli de choses :

J'estime toutefois qu'il ne nous est pas défendu d'y ajouter quelque chose, pourvu qu'il ne détruise rien de ces vérités dictées par le Saint-Esprit. Buchanan ni Grotius ne l'ont pas fait dans leurs poèmes ^ mais aussi ne les ont-ils pas rendus assez fournis pour notre théâtre. [Exam, de Pol.)

On dit, dans un sens analogue :

Une conversation agréable ei fournie, (S. -Simon, Màn,, t. ii, c.S3.}

FOURRIER DE LA MORT, pour signifier, qui cause la mort :

On aime rarement de si sages époux, Et leur moindre malheur c'est d|étre un peu jaloux. Convaincus au dedans de leur propre foiblesse, Une ombre leur fait peur, une mouche les blesse,

FOURRIERE. — FROID. 385

Et cet heareux hym^n qui les charmoit si fort

Devient souvent pour eux un fourrier de la mort, {La 5iiiv.. u, 1 .}

. FOURRIÈRE. CETTE belle fourrière , pour désigner TAurore^ que les poètes nomment souvent la fourrière du jour :

Le soleil fut un jour sans se pouvoir lever.

Et ce visible dieu que tant de monde adore

Pour marcher devant lui ne trouvoit point d'Aurore.

On la cherchoit partout, au lit du vieux Tiihon,

Dans les bois de Géphale, au palais de Memnon,

Et faute de trouver eeite belle Jourribre,

Le jour jusqu'à midi se passa sans lumière. {Vîllus. corn., ii, 1.)

FRANC, sincère, avec un nom de chose, volonté franche :

Je ne me résoudrai jamais à l'hyménée

Que d'une volonté franche et déterminée. [La PI. Aoy., iv, 1.)

FRANCHISE , liberté politique :

Cesse de soupirer, Rome, pour ta franchise ;

Si je t'ai mise aux fers, moi-même je les brise. (Cm., it, 3.)

— FRANCHISE, liberté en général, perdre l'usage de sa franchise, comme />crrfre Vusage de sa liberté :

Si blessé des legards de quelque beau visage

Mon cœur de ta franchise avait perdu Vusage,.. [La Veuve, i, 4.)

Corneille, comme tous les poètes et même les prosateurs du temps, ofire de fréquents exemples de cette signification.

FREIN, n'avoir ni frein ni bouche, n*étre retenu ni par le frein, ni par le mors :

Les chevaux^ que leur sang effarouche.

Bouleversent leur charge, et n'ont ni frein ni bouche.

{Les Yict, du roi en 1672.)

FRISSONNER, avec un rég. indirect de personne :

Avançons hardiment. Tout le corps me frissonne. {LIllus, com., ii, 7.)

FROID, adj. un froid secours, un secours vain, par une image hardie et en opposition à Tinutile chaleur des discours :

Que hasardoit Pompée en servant votre père?

II se voulut par là faire voir tout-puissant,

Et vit croître sa gloire en le rétablissant.

Il le servit enfin, mais ce fut de la langue;

La bourse de César fit plus que sa harangue :

Sans ses mille talents, Pompée et ses discours

Pour rentrer en Egypte étoient un froid secours. {Pomp,, :, 1.)

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