‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 300 sur 389 · GÉNÉREUX · texte numérisé non relu

GÉNÉREUX

— GÊNER, absol. :

Agis de ton cdié ; je la laisse avec toi :

Gène, flatte, surprends. {JUirael, iv, 5.)

— GÊNER (se) :

Cessons de nous gêner d'une crainte inutile. {CEd,^ v, 12.)

Les contestations de ces recherches vaines Ne laissent aucun fruit après beaucoup de peines, Ce n'est que te gêner d'un frivole souci. (Imît.t m, 58.)

Ceux qui s'attachent aux commentateurs de ce philosophe, ils te ^^neni sur ce passage, et s'accordent si peu l'un avec l'autre, que.... \peux. Dite)

Gêne^ gêner ^ sont des mots qui, comme ennui, ont perdu l'énergie qu'ils avaient primitivement.

Racine, dont Voltaire s* autorise, a employé gêner dans le

même sens que Corneille :

Quoi! ne vous plairez- vous qu'à vout gêner sans cesse?

Jamais dans un grand cœur vit-on plus de foiblesse? (fier., m, 2.)

Quelques exemples prouveront surabondamment que ce sens était général au seizième et au dix-septième siècle :

Tu verras ces vaillans, en leurs vertus extresmes^

Avoir vescu gekennex etestre morts de mesmes. P'àub., Tragiq,^ ii.)

Quelquefois nous tommes gehennei {laboramut) par l'amour qub uous nous portons,

et quelquefois par le dégoust que nous avons de nous-mesmes. (Du Rybr, Trad.

des QuesL iiai. de Sén., iv, préf.) — Vous savez , grand Dieu ! que le commerce

des méchants me déplaît et me gêne, (Mass., Paraphr, mor. de plus, p«., xv.)

GÉNÉREUX, subst., homme magnanime :

En vain d'un sort si triste on les veut garantir,

Ces cruels généreux n'y peuvent consentir. {Bor., m, 2.)

Et peu de généreux vont jusqu'à dédaigner,

Après an sceptre acquis, la douceur de régner. (Ctn., u, 1.)

L'fitat^ qui dans leur mort voyoit trop sa ruine, Avoit des généreux autres que Léontine; , Us trompoient d'un barbare aisément la fureur, Qui n'avoit jamais vu la cour ni l'empereur. {BéracL, m, 3.)

Parmi les généreux il n'en va pas de mâme; Ils savent oublier quand ils ont le dessus,

Et ne veulent que voir leurs ennemis confus. {Nicom,^ v, 7.)

C'est une confiance de généreux à généreux, de Romain à Romain. {Sert,, au lect.) ... Il n'appartient qu'à de vrais généreux D'avoir cette pitié des princes malheureux. [Sopkon., iii, 7.)

On trouve d'une manière analogue :

Uses en généreux de tous vos avantages. (Mou, D. Gare, y, 5.)

... Oronte est malheureux, Mais il fut le premier enue les généreux. (Psllis., Êlég,)

Est-il donc permis à un sujet d'avoir de la force contre son prince, ei pensant en faire un géj^eux^ n'en ferons-nous point un rebelle? (Boss., l'anég, de S. Frauc

336 GENS. — GENSDARHES.

dit CoM,, II. ) — Pats, arrivés qu*ils sont an logis du Sage, et sacrifié qu'ils oot aa Soleil, ils entrent dans la chambre où le généreux les attend sur on lit de parade. (Ctbano, Voyage dans la iMne.)

Ce mot s*einployait de la môme manière au féminin. Saint- Amant a composé une idylle héroïque intitulée la Généreuse.

Généreux n'est plus usité substantiv. et fam. que dans cette locution : faire le généreux ^ se montrer magnanime ou libéral, plutôt par ostentation que pour obéir à un mouvement naturel de générosité.

Des écrivains de talent devraient savoir, au besoin, reprendre de pareilles expressions. Le dernier éditeur de Corneille, M. J. Taschereau, a très-bien relevé le mérite de celle-ci. Après avoir remarqué, dans une note sur Clitandrey Taffection qu'avait Corneille à allier deux adjectifs dont l'un sert d'épithèt«, et parfois forme une antithèse très-prononcée, il ajoute :

c On trouvera dans Horace, (a. i, s. 2.) : Cruels généreux, et dans Béraehu» (a. IV, s. 8) : Perfide généreux* Voltaire a dit à ce sujet : « Une nuée de critiques « s'est élevée contre Lamotte pour avoir affecté de joindre ainsi des épithétes qai o semblent incompatibles. On ne s'avise pas de reprendre le perfide généreux de « Corneille... J'avoue que je ne sais si perfide généreux est un défaut oif non; < mais je ne voudrais pas employer cette expression. > Si c'est pour ralliance des deux épitbétes, Voltaire oubliait qu'il avait dit lui-même dans la Hemiade:

L'amitié que les rois, ces illustres ingrats. Ont souvent le malheur de ne connaître pas.

Si c'est pour l'incohérence apparente des deux idées que l'on attacbc aux mot> perfide et généreux, nous préférons de beaucoup à l'opinion de Voltaire celle de Boileau qui, lui, n'a pas craint de dire : Hâtez-vous lentement. »

GENS. DEUX GENS, comme on dit deux personnes :

N'étant proposé d'y peindre un amour réciproque, qui parût dans les entretien» de deux personnes qui ne parlent point d'amour ensemble , et de mettre des compliments d'amour suivis entre deux gens qui n'en ont point l'un pour Tantre, et qui sont toutefois obligés par des considérations particulières de s'en rendre des témoignages mutuels. {Exam, de la Veuve.)

GENSDARHES, cavaliers armés, soldats :

De Médée en courroux dissipez donc les charmes.

Combattez ce dragon, ces taureaux, ces gensdarmes. {La Ibis, et or, i,i.)

Je l'ai seule assoupi, seule j'ai par mes charmes

Mis au joug les taureaux, et défait les gensdarwus. [Méd., u, S.)

Et que les Crélois gendarmes

S'entrechoqnans de leurs armes,

En dansant Ûssent un son

Parmy i'antre solitaire,

Pour engarder que le père

N'entr'ouist son enfançon. (Rons.> Odes, ui, i.)

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