S50 HONORER. — HONTE
HONORER DE (un subst.] , a^ec une ellipse hardie :
Vous m'Aoraores beaucoup if an fi glorieux choix. (te Itou., ii, 1.)
HONTE, avec le pluriel :
Lee soins que cette amour nous donne en cette vie Ne peuvent aussi bien nous élever si haut, Que la perfection la plus digne d'envie
N'y soit toujours suivie
Des homes d'un défauL (/mil.» i, 3/
Arraches Théodore aux hwaei d'un arrêt.
Qui mêle avec le sien mon plus cher intérêt (IMnI., iii« 5.}
Mais tu sais quel orgueil ont lors montré les comtes, Combien d'aftonts pour lui, combien pour moi de himut, (D. fionc., ii, 1.) Non, mais vous aves dû garder le souvenir Des AoiUM que pour vous j'avois su prévenir. (Rod., iv, 3.)
« La honte n*a point de pluriel , du moins dans le style noble, » dit le célèbre commentateur.
Son esprit alarmé les croit un artifice
Pour réserver sa tète aux Aornes du suppliée. (Po">p.> v, 3.)
€ On ne dit point les hontes, » aflinne encore Voltaire. H avait déjà fait la même critique à propos de ces vers de la scène première de l'acte deux de la môme tragédie :
Et que les plus beaux feux dont son cœur soit épris N'oseroient l'exposer aux honiet d'un mépris.
« Soit épris, dit-il, est un solécisme; mais, de beaux feux qut exposent à des hontes, sont pis qu'un solécisme. » Nous avons montré, au mot éprendre, que ce que Voltaire trouve pis qu'un solécisme était d'excellent français. Éprendre, éptns, s'employait au dix-septième siècle d'une manière générale pour signifier saisir, saisi. Quant à honte, son emploi n'était pas davantage particulier à Corneille, et pourrait, ce nous semble, être parfaitement osé encore aujourd'hui, au moins en poésie. On le trouve dès les temps les plus anciens de la languQ, en prose comme en vers et avec ses diverses nuances de signification :
Tant m'avés fait et honte* et anuis.
Les mix vaillans de mes homes ocis.
(Raimb. or Paxis, Offier de Dan,, v. 6816.}
Peust veintre ne abatssier, Ses torz ne ses humée venger.
(BiNotr, Chron. des ducs de Ttorm,^ ii, 4â47.' Les amres se prenoient au nez et baissoient les visages, efrecevoient de f ran» homes et de grans vergoiognes. (Le Livre du Chevai, de La Tour^ c. 116.}
Soffil coDtraintz dire en publie aaditoire
Que dames sont sans homes ne diffames
Plus que jamais. (Cl. Marot, La Yray-Disant,)
Pour ceux-là n'y a point de finance en nos comptes,
Nais bien les bocbenés, les opprobres, les honteh (D'Aob. , Les Trag,^ n.)
Honteuses veritez, trop véritables hamet. (Id., ibid,)
Chacun des esprits saincts ayant fourni sa tascbe.
Et retourné au ciel comme à prendre relasche,
Reprosentoit au rit, d'un compas mesuré,
Bans le large parvis du haut ciel azuré,
Aux yeux de rfiternel, d'une science exquise,
Les hontes àe Satan, les combats de l'Ëglise. (Id., ibid., v.)
Je vous conjure que ce soit en particulier que je lui demande pardon, parce que sans doute il me ferait cent honteSf cent opprobres devant tout le monde. (MoL.^ Le Médecin volant^ se. xv.) —Moi qui n'ai rien de louable, même selon le monde, que le bonheur de lui avoir caché mes hontes et mes faiblesses. (Mass., Serm, pour le vendredi après Us Cendres ^ u.)
On a dit de même de nos jours :
Il aurait fallu prévoir les écueils d'un tel succès et empêcher les méfaits et les Aoirfeff dont le monarque délivré allait charger sa couronne, et, jusqu'à certain point, ia responsabilité de ses libérateurs. (Yillemain, La Tribune franc,, M. de Chateaubriand, c. xiv.) — .... leur demander compte de leurs homes, (Guizot, Jf** Réeamierj Rev. des Deux Mondes, 1" décembre 1859.) ~ Sa voiture le conduisit dans la rue Pierre-Lescot, une de ces voies étroites et lépreuses qui ont ouvert toutes grandes les portes de leurs masures pour recevoir les AoR<e« du Palais- Royal. (P. FévAL, U Fils du diabk, iii| 17.)
L* erreur que commet Voltaire à propos du mot hontes^ qu'il a déjà commise à propos du mot éternités, et que nous lui verrons répéter encore à propos àepassionj au pluriel, dans le sens d'amour, nous offre Toccasion dont nous croyons bon de profiter, d'étudier un des points les plus curieux et les plus pratiques de la langue française, l'emploi pluriel des termes abstraits.
Emploi plariel dea termea isbatriilU.
Rien n'est plus fréquent que l'usage de pluraliser un certain nombre de termes abstraits. La théorie que l'on donne habituellement de cette pratique se réduit à ceci : Que les substantifs qui marquent une habitude ou disposition à quelque chose prennent généralement, en passant au pluriel, un autre sens qu'au singulier, comme ma faiblesse et mes faiblesses, votre bonté et vos bontés, votrecruauté et vos cruautés; que le singulier exprime l'état ou le penchant de l'ûme, qui est simple en lui-même, et q«e le pluriel désigne les faits produits par ce penchant, les-
352 HONTES. — pluralisation des termes abstraits.
quels sont multiples. Cette règle, rigoureuse aujourd'hui, nous parait, d'après de très-nombreux exemples, n'avoir pas existé pour la vieille langue non plus que pour le dix-septième siècle, ou du moins avoir été sujette à de très-fréquentes exceptions. Nous allons le prouver par des autorités convaincantes. On verra, par une multiplicité de faits puisés chez toutes sortes d'écrivains , combien fréquemment ces termes abstraits pluralisés s' employais! pour marquer Tétat, la disposition, seulement avec augmentation de force dans la signification, et avec l'idée nécessairement d'un état, d'une disposition qui se reproduisent plusieurs fois. On verra aussi que quantité de ces mots abstraits, qui ne sont plus usités qu'au singulier, s'employaient au dix-septième siècle trèssouvent au pluriel , pour marquer la répétition des faits et des actes. « n est à remarquer, a dit Ménage, que comme la poésie est hyperbolique, elle aime les pluriers, et que les pluriers ne contribuent pas peu à la sublimité de l'oraison. » [Obs. sur la langue franc, y 1, 4 46.) Il n'y a en effet qu'à ouvrir les poètes des seizième et dix-septième siècles pour voir combien ils aimaient à pluraliser des mots qui de leur nature sont essentiellement singuliers. Les prosateurs, on va s'en convaincre, ne le faisaient guère moins souvent ni moins heureusement.
ABAISSEMENT. V. cct article.
ABATTEMENT. V. cct article.