‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 385 sur 389 · JOLI. — JOUG · texte numérisé non relu

JOLI. — JOUG

JOLI, se rapportant à un nom de chose, aimable, gai, spirituel :

Je meure, ton humeur me semble si jotie.

Que tu me vas résoudre à faire une folie. {Suite du Ment,, i, 3.)

Ta le disois tantôt, chacun a sa folie.

Les uns l'ont importune, et la tienne est jolie, {ilnd., iv, 1»)

Cet adjectif eut, dans les temps anciens de la langue, et garda au dix-septième siècle des nuances variées de signification qui s'éloignent assez de Tusage actuel, comme il apparaîtra suffisamment par les exemples suivants :

Sire, ne vous desplaise, se Dieu me puist sauver.

Pas ne lai fait por mal mais je ne puis durer

Tant ai le cuer joli, si vous seul demander

Dont veniez orains moult vous si tost aler. {Le Dit de minage,)

Ne nulz homs n'a plus grant désir

D'estre jolis, gais, envoisiés,

Cantans, jouans, rians et liés

Com cilx qui aime... {Li Roum. don chatiel. de Couci, v. 6821.)

Une des choses qui me touchent le plus est une conversation jolie ei spirituelle, exempte de toutes sortes de médisances et de railleries piquantes. {Porar. de M"* de La Trém. par elle-même.)^ Une conversation jo/ie et spirituelle me touche extrêmement, pourvu que toute raillerie piquante en soit bannie, et qu'elle n'intéresse point ma réputation. {Portr. de laprinc. de Tarenie.)^Je n'étois pas plus grand que cela, que je me signalois déjà par cent tours d'adresse jolis, (Mol., les Pourb. de Scap,, i, 2.) " ^^"> '^^^ serait sage dans une condition médiocre, qui devient insensé quand il est le maître du monde. Cal. Cette folie seroit bien jolie si elle n'avoit rien à craindre : mais les conjurations, les troubles, les remords, les embarras d'un grand empire gâtent le métier. (Fén., Dial. des morts, 1, XLVi. Néion et Calig.)

Ce n*est pas ici le lieu d'indiquer toutes les significations curieuses du moi joli, qui se mettait atout, comme l'observe Bouhours [Doutes, p. 19], et dont le sens le plus remarquable est celui de distingué en toutes manières, appliqué à toutes sortes de personnes, qu'on trouve en particulier chez Bussy-Rabutin, chez M™« de Sévigné, chez Lesage, et jusque chez l'abbé Prévost, et dont Boursault a présenté tant de singuliers exemples dans sa piquante et instructive comédie des Mots à la mode (se. xv], et dans cdle d! Ésope à la cour (iv, 3). Cette signification, nous apprend M. le comte Joubert dans son savant Glossaire du centre de la France (2« supplément) , s'est conservée jusqu'à ce jour dans la Suisse française, spécialement à Lausanne.

JOUG. METTRE AU JOUG, comme fnettre sous le joug:

H falloit meure au joug deux taureaux furieux. {Méd,, u, 2.)

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