JOUR
La Motte-Houdard a dit dans un sens approchant :
Pour meure encore mieux en jour notre impoissance à juger de Texpression d'Homère, transportons>nous à deux mille ans dans l'avenir. (Dim. jur Homère.)
Cet écrivain a employé plusieurs Tois cette forme dans le même sens de faire ressortir. (V. Discours académiques et Éloge de Louis XIV.)
— DONNER A quelqu'un JOUR A QUELQUE CHOSE, lui faciliter,
lui faire trouver cette chose :
Les assassins qui découvrirent à ce prince les sanglants desseins de son pore m^onl donné jour à d'autres artifices pour le faire tomber dans les embûches que sa belle-mére lui avoit préparées. [Exam. de Nicom.)
— DONNER JOUR A, suivi d'uu infinitif, faciliter les moyens de, amener à :
Dontiex-moi donc, seigneur, vous-même quelque jour, Quelque infaillible voie à fixer votre amour,
Et s'il est un moyen... {Sur,, ti, 3.)
Si cette ébauche ne déplaît pas, elle pourra donner jour à faire un travail plus achevé sur cette matière. (Préf. de : Le Théât. deP, Coru.f éd. 1682.)
— AVOIR JOUR A, suivi d*un infinitif, voir apparence à :
Cest là de mes pareils la noble inquiétude.
L'ambition renpiie y jette leur étude.
Et sitôt qu'à prétendre etle n'a plu^ de jour,
Elle abandonne un cœur tout entier à l'amour. {Tiie ei Bir., y, S.)
— - s'il s'offre quelque jour pour, s'il s'offre quelque facilité
pour:
Meitez-voas, j'y consens, au-dessus de l'amour,
Si pour monter au trdne ii s'offre quoique jour, [Pulch,, iv, 4.)
— TROUVER PEU DE JOUR A [uu infinitif] , trouver peu de facilité à:
Et que la liberté trouvera peu de jour
À détruire un pouvoir que fait régner l'amour. {Sert., m, 1.)
— De même, ne voir pas d'apparence de :
Et trouve peu de jour à croire qu'elle m'aime.
Quand elle ne regarde et n'aime que soi-même. {Tue et Bér,, i, 3.)
Corneille dit d'une manière très-singulière : Ce que vous auHez eu de jour sur de pareils soupçons, pour signifier, les motifs que vous auriez eu de concevoir de pareils soupçons :
Vous qui l'avez tant vue, et qu'un devoir fidèle
A tenu si longtemps prés de son père et d'elle,
Ne me déguises point ce que dans cette cour
Sur de pareils soupçons vous auriez eu de jour, {Sur,, ii, 1.)
400 JOURNÉE. — J.UGEMENT.
JOURNÉE. PRENDRE JOURNÉE , comme prendt^ jour :
Et nonrrissoit aipsi d'éternelles doalenrs.
Mais hier, quand elle snt qa'on avoU prit journée
Et qu'enfla la bataille alloit 4tre donnée,
Une soudaine joie éclatant sur son front... {Har,^ i, 1.)
€ On prondjowr» remarque Voltaire, et on ne prend point journée , parce que jour signifie temps , et que journée signifie bataille. »^
— JOURNÉE, dans le sens d'exploit :
Et ses nobles journées Porter delà les mers ses hautes destinées. [Le Cicf., ii, 5.)
L'Académie avait dit dans ses Sentiments sur le Cid:
« L'observateur a bien repris see nobles journées ; car on ne dit point les jour^ nées (fun homme pour exprimer les combats qu'il a faits. »
Voltaire critique justement :
c On disait alors < les journées d'un homme ; > et il en est resté cette façon de parler triviale : c il a tant fait par ses journées; » mais c'est dans le stjle comique. »
L'ancienne langue, et même celle du dix-septième siècle, employaient ce mot dans le sens de bataille, de diverses manières qui maintenant paraissent un peu singulières, bien qu'excellentes en soi; ainsi, gagner une journée, pour gagner une bataille; perdre une journée y pour perdre une bataille :
Et rencontra le roy de France à Montibéry, et gaigna la journée. (Olitibr ob Là Marche, Mém,, introd., c. v.) — 11 perdu une trôs-sanglante journée prés de Calcédoine. (MizsR., Hist, de Fr, avant Clovis, ii, 30.)
JOUVENCEL, jiOUT jouvenceau:
Qu'il fasse mieux ce jeune jouveneel,
A qui le ciel donne tant de martel. [Rond, contre Scud.)
Tous les mots en eau^ dont le féminin est elle, avaient ainsi autrefois un masculin en el; on disait bourrel pour bourreau, coutel pour couteau, mantel pour manteau, pommel pour pommeau, torelpovLT taureau, tropel pour troupeau, vel pour veau, etc. La langue moderne a conservé les deux formes dans quelques mots, comme damoisel et damoiseau, bel et beau, nouvel et nouvmu.
JUGEMENT, avec le plur., en parlant delà faculté qui compare et qui juge:
Tant l'excès du forfait, troublant leurs jugements.
Présente à l«ur terreur l'excès des châtiments. (Pomp., n, S.)