‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 135 sur 366 · COUP DE MAITRE · texte numérisé non relu

COUP DE MAITRE

Ce sont des coups d'essai, mais si grands que peut-être

Le Capitole a lieu d'en craindre un coup de maf/re.

Et qu'il ne puisse un jour.... [Nicom., m, 2.)

— GRANDS COUPS DE MAITRE, dit ironiquement en parlant de hardiesses au théâtre :

Comme je ne sais que les lôgles d'Aristote et d'Horace, et ne les sais pas même trop bien , je ne hasarde pas volontiers en dépit d'elles ces agréments surnaturels et miraculeux qui défigurent quelquefois nos personnages autant qu'ils les - embellissent, et détruisent l'histoire au lieu de la corriger. Ces grand* coups de maître passent ma portée. Je les laisse à ceux qui en savent plus que moi. {Exam, de Soph,)

— GRAND COUP, au fig., dans le sens d'action éclatante :

Votre bras dans Pharsale a fait déplus grands coups.

Et je ne les demande à d'autres dieux qu'à vous. [Pomp., iv, 3.)

— COUP, fig., atteinte :

0 d'un injuste affront les coups les plus cruels !

Vous faites différence entre deux criminels! (Méd,, ii, S.)

— COUP DE TONNERRE, fig. :

Dût le ciel égaler le supplice à l'offense.

Trône, à t'abandonner je ne puis consentir.

Par tilt coup de tonnerre il vaut mieux en sortir. [Bodog., v, 1.)

— COUP DE FOUDRE, au fig., et avec un qualificatif:

Soutibns-moi, Fabian ; ce coup de foudre est grand,

Et frappe d'autant plus, que plus il me surprend. (Pol,, ii, I.)

COUPB». — «OURAGE. 451

Qo'est-ce-cy, Fabian, 4110/ homvmmi coup 4ê fouthe

Tombe sur mon bonheur et le rédait en pondre? (Po/.» iv, 6.)

Il n'en faudroit pas tant, eeigiienr, pour vous retondre

A lancer sur ma tête un dêrmer coup de foudre. {fiie et Bér., \\ 3.)

— COUP DE VENT, sublime emploi au fig. :

Il m'ôte des périls que j'anrois pu courir,

Et, sans me laisser lien de tourner en arriére,

Sa faveur me couronne entrant dans la carrière ;

Du premier coup de vent il me conduit au port ,

Et, sortant du baptême, il m'envoie à la mort. [PoL, iv, 3.)

— COUP DE MALHEUR, employé dans le style tragique comme dans le comique :

Cependant que vous lui rendez compte.

Je vais voir mes parents, que ce coup de malheur, A mon occasion accable de douleur.... {La PI, Roy., v, 2.)

Apaise, ma Chimène, apaise ta douleur.

Fais agir ta constance en ce coup de malheur {Le Cid, 11, 3.)

— ENCORE UN COUP, eucore une fois. Locution employée plusieurs fois par Corneille, comme elle l'est souvent par Racine, par Bossuet :

Ëcoute, je suis bon, et malgré ma colère.

Je veux encor un coup montrer un cœur de père,

Je veux encor un coup pour toi me hasarder. {Le Ment., v, 3.)

Allez, encor un coup, allez en d'autres lieux

Épargner par pitié celte gêne à mes yeux. {Agis,, v, 2.)

Vivez, encor un coup, c'est moi qui vous l'ordonne. [CEd,, 1, 4.)

Madame, encor un coup, souffrez que je vous aime. {Oih., 11, 2.^

Voltaire a critiqué cette expression chez Racine :

Encor un coup, allons, il n'y faut plus penser. {Béren-t 11, 2.)

« Encore un coup^ » ditril, est une façon de parler trop familière et presque basse, dont Racine fait trop souvent usage. »

COUPER. Corneille a changé un peu la locution usuelle : Couper la parole à quelqu'un :

La honte de parottre en un tel équipage

Coupe ici ma parole, et l'étouffé au passage. (Clit., iv, 5.)

COURAGE. Ce substantif s'emploie souvent pour cceur; mais

généralement c'est plutôt Yanimus latin que le synonyme exact

du mot français cœur. Corneille s*en sert plusieurs fois daQS cette

dernière signification :

Et l'amour, qui ne put entrer dans son courage.

Voulut obstinément loger sur son visage. (M^'m 1i 1 ^

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