‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 145 sur 366 · DE · texte numérisé non relu

DE

S'envolent loin de nous de la même vitesse

Que les jours du malheur? (Lamart., Médit., le Lac.)

— DE, pour signifier entre :

El je ne sais pas bien où pencheroit son choix,

Si le ciel lui donnoit à choisir de deux rois. [Àgés.^ iv, 3.)

Si j'avois comme vous de deux rois à choisir.

Mes déplaisirs auroient peu de chose à prétendre. {Ibid,^ iv, 4.)

— DE , ellipse :

Mes deux héroïnes ont le même caractère de vouloir épouser par ambition un homme pour qui elles n'ont aucun amour, et le dire à lui-même. [Lett. à M. Cabbé de Pure, 25 août 1660.)

Et ce sont des Romains, dont l'unique souci

Est de combtuire, vaincre et triompher ici, {Sert,, v, 1.)

Il n'y a qu'un scrupule de puriste qui pourrait empêcher de parler comme Corneille dans ce dernier exemple; et le poëte n'est pas plus hardi ici que tous les bons écrivains du dix-septième Siècle, môme en prose.

— DE , pour que de :

l\ ne sait ce que c'est cf'honorer à demi. {H or,, iv, 2.)

Ce devroit être aussi notre unique pensée

De nous fortifier chaque jour contre nous. {fmit., i, 3,)

Cette ellipse , qui a l'avantage de donner de la légèreté à la phrase, était des plus fréquentes au seizième et au dix-septième siècle :

Qu'un moine ait été si malheureux et si méchant d'assassiner son roi. (Pasq. LetLy XIV, 1.)— Me penses-tu si lourdaut de te croire? (Fr. d'àmb., Les Napol.^ Il, 7.) ^ 11 n'estoit pas^i mal advisé <f attendre! (Id., ibid, , m, 6.) — L'on n'est pas si hardy d'attaquer un Estât, que l'on sçait bien prest et bien gamy. (Charr., La SagesUy m, 2.) — Mais ils ne seront si mal avisés d'attendre le coup. (Malh,, Len., à Bouill.-Malh.)— Quant aux grands qui fomentent la guerre, ne vous imaginez pas qu'il y en ait un si hardi de faire semblant d'y penser. (Id., ibid,^ 21 janv. 1628.) — Renversant comme un vrai foudre de guerre tous ceux qui furent si hardis de l'attendre. (Vulson, Les homm. ilL, Henri IV.) — On vit consumer par le feu dans Athènes en plein marché les livres de Protagoras , parce qu'il avoit esté si impie dans leur commencement de douter de l'existence des dieux. (Lb Vaybr, Observ* sur la compos.)

Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage? (La Font., Fabl.t i, 10.)

Une pareille nouvelle méritait bien, ce me semble, qu'on en dout&t un peu de temps ; et c'est tout ce que vous pourriez faire de la croire , si je vous l'avais dite moi-même. (Mol., Princesse d'Êlide, iv, 4.) — Quoi de plus digne de son ministère et de plus respectable , même aux yeux du monde , de ne pouvoir être diverti par toutes les sollicitations humaines ni de la sainteté de ses fonctions, ni du service de ses frères? (Mass., Conjér., sur la fuite du monde, 4« réflex.) — Une fille, quelques charmes qu'elle ait, perd beaucoup de ses appas quand elle est assez imprudente d'accorder des rendez-vous. (Mariv., Vie de Mariannct xii.)

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