‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 147 sur 366 · DEBATTRE. — DÉBORDEMENT · texte numérisé non relu

DEBATTRE. — DÉBORDEMENT

— DE, explétif:

C'est moi que tyrannise un tttptrbe de frère. {Androm., iii,5.)

Si vos tyrans d* appas retiennent ma franchise,

Je puis l'être comme eux de qui me tyrannise. [Attila, m, 2.)

DÉBATTRE, employé absolument:

Amusez-le du moins à débattre avec vous. {Nicom., v, 5.)

« Débatt7*€, dit Voltaire, est un verbe réfléchi qui n'emporte point son action avec lui. Il en est ainsi de plaindre j souvenir; on dit: Se plaindre, se souvenir, se débattre; mais, quand débattre est actif, il faut un sujet, un objet, un régime. Nous avons débattu ce point; cette opinion fut débattue. »

Dans Fancienne langue on avait une liberté très-grande et trèsheureuse d'employer les verbes neutralement ou absolument dans des cas où Ton se servirait aujourd'hui de Tactifou du réfléchi. Plus loin nous éclaircirons à fond cette question.

DEBILE, faible, au sens moral :

Un héros arrêté n'a que deux bras à lui,

El souvent trop de gloire est un débile appui. (Sur., v, X.)

Et mes ressentiments n'ont qu'un débile effort. [LaSuiv., m. 3.)

Je brave, vain amour, ton débile pouvoir. {Ln PI, Aoy., v, 10.)

Et que peut contre moi ta débile vaillance? [Méd.f v, 7.)

Son coup (de la tentation) est pour les uns rude, ferme, pressant.

Pour les autres, débile, et mol, et languissant. (/mi7., i, 13.)

DÉBILITER, affaiblir, débiliter la force de quelqu'un :

Crois-tu qu*aimant Daphnis, le titre de son père

Débilite ma force, ou rompe ma colère ? [La Suiv. , iv, 8.)

DÉBITER, pour signifier exposer, exprimer :

Je vous demande pardon si je vous débite SL\ec tant de franchise ma pensée sur les présents que vous m'avez faits, vous me l'avez ordonné et je vous obéis. [Lett. au P. Boulard, 12 avr. iG52.)

On trouve débiter y dans le style sérieux, employé dans ce même sens et sans aucune idée défavorable :

Dans tous les siècles ils ont renouvelé les mêmes défenses , débité les mêmes maximes, prononcé les mêmes arrêts. (Bouao., Serm. pour le 3* dim. apr, Pdq., i.) — Ce ne sont pas mes pensées que je débite; je ne fais que rapporter les jugements d'autrui. (Marsolibr, Vie de S. Franc, deSal., Avert.)

DÉBORDEMENT, fig. :

La prodigalité de sa divine main

Veut que tout homme ail part à ce bien souverain (la grâce)

^68 DÉBRIS. — DÉCEPTIF.

Au milieu de sa lassitude :

Et du corps tout usé la tratnante langueur^ Dans le débordemem de cette plénitude,

Souvent trouve un trésor de nouvelle vigueur. (/mil., iv, 1.)

Ses fleuves teints de sang, et rendus plus rapides Par le débordemem de tant de parricides. {Pomp., i, 1.)

Ne sent-on pas un peu trop dans ces derniers vers le goût et l'imitation de Lucain?

DÉBRIS, au sing. et au propre, dans le sens de ruine, écroulement :

L'un, écrasé subitement

Sous le détnris d'un bâtiment,

A fini ses jours et ses vices. {ImiLj i, 23.)

DÉCEPTIF, trompeur, dont Tobjet est de tromper :

Enfin, tu ne vois là, poudres, racines, eaux.

Dont le pouvoir mortel n'ouvrit mille tombeaux;

Ce présent déctpiif a bu toute leur force,

Et, bien mieux que mon bras, vengera mon divorce. (If éd., iv, 1.)

Ce mot est très-fréquemment employé par les poètes du quinzième siècle, du seizième, et du commencement du dix-septième :

Les abusant par decepiif langaige.

(Gringore, Les Folles enirepr., Bibliotb. elzév., p. 67.) J'ai essayé du froid, du cbault, Et sçai que cette vie mondaine Est fainte, décepiive et vaine.

Faisant cent mille gens périr.

(Martial db Paris, dit d'Auvergne, VAmam rendu cordelier à C observance d amour s,) Qui t'a fait si savant A mettre mots déceptifs en avant? ;Cl. Marot, Léandreei Héro,)

Pensez-vous nous rendre estonnez Par une langue dtcepiive.

Comme si la nostre captive

Ne pouvoit respondre un seul mot. (Grbvin, Les Esbahis, v, 4.)

Nostre France est trop abbnivée De vostre feinte controuvée

Lidecepiive intention. (Id., ibid.)

Fortune m'a, par ses faictz decepiis.

Tourné le dos, et mes sens abêtis, Puis que tu n'as leu ne veu de l'acteur

Trois Ëpistres. (H. de Collerye, Bond,, cix.)

C'est mal parlé, homme non véritable, Trop deceptif ei trop insupportable.

De maintenir que m'avez satisfait. (là., ibid., cxviii.)

Sommeil léger, image décepiive^ Qui m'es un gain et perte en un moment;

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