‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 148 sur 366 · DÉCHARGER. — DÉCROÎTRE · texte numérisé non relu

DÉCHARGER. — DÉCROÎTRE

Comme to fais écouler promptement,

En t'écoulant, ma joie fugitive I (J. Vauqublin db la Fhbsm. , Sonnet.) Jacob, en cet estât, d'ane façon accorte, Prend le mets deceptif^ au grand vieillard le porte.

(St-àmant, Moyie sauvée ii.)

On trouve de même, avec un nom de personne :

Mesmes la terre Fut divisée en bornes et partis Par mesureurs fins, cauts et diceptàfa, (Cl. Harot, Méi. d'Ovide^ i.)

DECHARGER, fig. :

J'aime à te voir ainsi décharger ton courroux. (La Gai. du Pal., i, 9.)

La locution consacrée est décharger sa colère.

DÉCHARNER, v. act., au sens propre, rendre décharné :

Regardez-le marcher; ce visage si grave.

Dont le rare savoir tient la nature esclave,

N'a sauvé toutefois des ravages du temps

Qu'un peu d'os et de nerfs qu'ont décharnés cent ans. {VlUut. eom., i, 1.)

DÉCISION. DONNER QUELQUE DECISION SI, pour Signifier décider si :

Le temps pourra donner quelque décision

Si la pensée est belle, ou si c'est vision. (iVicom., ii, 3.)

DÉCONFIT, défait, en parlant du cœur :

Ah! si tu m'entrepiends deux jours de celte sorte,

Mon cœur est déconfit^ et je me tiens pour morte. [Suite du Ment., i, 3.)

DÉCOUPER, fendre en divers sens :

Quatre nains emplumés le soutiennent sur l'eau (un trône),

Et découpant les airs par un battement d'ailes,

Lui servent de rameurs et de guides fidèles. {La Tois. d'or.^ ii, 3.)

Hôtes vagues des airs qui découpez leur vide,

Exaltez sa grandeur. {Traduct. du Cani. des trois enf. dans lafoum.)

Cette pittoresque expression avait été employée avant Corneille :

Les chauvesouris, les fresaycs,

Dont les cris sont autant de playes

A l'oreille qui les entend.

Découpons Cair humide et sombre,

Percent jusqu'où mon corps s'ostend.

Et le muguettent comme une ombre. (St-Amant, Le Mauvais logem.)

DÉCROÎTRE, diminuer, en parlant d'un sentiment, d'une

passion :

Je sens à tes regards décroître ma colère ;

De moment en moment ma fureur se modère. (Méd.f ii, 1.)

t70 DÉDALE. — DEDANS.

DÉDALE, fig., embarras inextricable :

Voilà de quoi tomber en un nouveau dédale.

0 ciel! qui vit jamais confusion égale? {La Suiv., v, 4.)

DEDANS, avec un régime, pour dans :

Rentre, pauvre abusée, et dedans tes malheurs,

Si tu ne les retiens, cache du moins tes pleurs. {La Gai, du Pal,, iv, 3.)

Si vous prenez plaisir dedans mon entretien.

Pour le faire durer ne vous plaignez de rie». (/^td., v, 5.)

Voulez-vous demeurer dedans la rêverie? {Le Od, i, 2.)

Dedans mon ennemi je trouve mon amant. {Ibid., m, 3.)

Si je vous reconnais ? Quittez ces railleries.

Vous que j'entretins hier dedatules Tuileries,

Que je fis aussitôt maîtresse de mon sort. {Le Menu, v, 6.)

Ta nou3 vas àtou8<deu]b denaer dedantlz, vue. (Stfift ihtIAn/., i, 2.)

Pour lui donner secours dedans celte prison. (Iàm/., h, 1.)

H faut le recevoir, ou hâter son supplice,

Le suivre, ou le pousser dedans le précipice. {Pomp., i, 1.)

Je les vis s'en cacher de honte et de dépit,

J'en vis dedans leurs yeux les vives étincelles. {Andfom., i, 1.)

Vouloir que la raison régne sur un amant,

C'est être plus que lui dedans l'aveuglement. {Ibid., i, 4.)

Ce même roi me vit dedans l'Andalousie

Dégager sa personne, en prodiguant ma vie. (J>. Sanche, i, 3.)

Va dedans les enfers plaindre ton Guriace. (Hof., iv, 5.)

<i On ne se sert plus du mot de dedans , dit Voltaire , et il fut toujours un solécisme quand on lui donne un régime; on ne peut l'employer que dans un sens absolu : « Êtes-vous hors du caebinet? Non, je suis dedans. » Mais il est toujours mal de dire : « Dedans ma chambre, dehors de ma chambre. » Corneille, au cinquième acte, dit :

Dans les murs, hors des murs, tout parle de sa gloire.

Il n'aurait pas parlé français, s'il eût dit : « Divans lès murs, dehors des murs. »

Encore une décision trop précipitée. Tous les exemples suivants prouveront que pendant longtemps il n'a pas été incorrect de faire une préposition de dedans^ avec les diverses significations propres à dans ;

Dedans ua antre un lion d'aventure Trouve un renard navré mortellement.

(Jban de La Taille, Epigr. d'un lion et d'un renard.) Las! je suis langoureuse Du mal d'amour, qui toujours me tourmente.

DEDANS. ili

Ex sans cesser dedans mon coeur augmente.

{L'heur ei guain d'une chambrière qui a mis à ta blauque pour soy marier,)

Crassus, farouschebeste, Noie dedans le sang son impiteuse teste. (D'acbigné, Tragiq., m.)

Ce beau feu si subtil qui, pour nous faire aimer, Vient dedans nostre sang afin de l'animer, S'il est trop violent et s'il a trop do fiame, U affoiblit le corps, il esblouyt nostre ame.

(Tbîoph., Élégie f Ne me fais pas aymer avecques tant de peiiie.)

Puisque le ciel t'a mis dedans la fantaisie

Le bon heur de gouster un peu ma poésie,

Tu verras mon génie, à tes yeux complaisant,

T'en faire tous les jours quelque nouveau présent. (Id., ibid,)

Dedans l'obscurité

Il peut vous venir voir avec facilité. (Rigbbl., Mirame, i, 5.)

Vous en verrez l'effect, et dedans peu d'espace. (Bacan, Blfrg,^ ii, 1.)

Il a donné des maisons dedans Paris par le contrat de mariage. [Caqueu de

l'accouchée, 4* journ.) — Je trouvai, en entrant dedans mon cabinet ma cassette

rompue. (Marq. de Govrcelle, Mém,) » Je pense que dedans ce livre on pourra

trouver la langue françoise tout entière. (Sorel, Francion, x.)

Et vous Gomés, et vous Civart,

Qu'on montre au doigt dedans le Louvre.

{La Fourberie découverte^ ou le renard attrapé, 1650, in-4*, p. 7.)

Elle parloit beaucoup? faut-il s'en étonner? C'est dedans une femme une chose ordinaire, El je n'en ai jamais connu qui sût se taire.

(MoNTPL. , La femme juge et partie, iv, 3.)

Ce fripon de prévôt dedans cette journée

M'a donné de la peur. (id., i^û/., v» 11.)

Les exécutants sont tenus de faire vendre les biens dedans d£ux mois, apc^ les oppositions jugées ou cessées. {Coustumet de Paris, 1668, art. CLXXii.)

— AU DEDANS, dans le fond du cœur :

La jalousie la rongeait au dedans, et excitait en son âme autant de véritables mouvements de haine pour sa compagne qu'elle lui rendait de feints témoignages d'amitié. {Arg, de Clit.)

— DEDANS, subst. LE DEDANS, Fintérieur de Tâme :

Et si mon âme cède à mes feux trop ardents, Sauve tout le dehors du honteux esclavage

Qui t'enlève tout le dedans. {La Tois. d'or^ tv, 2.)

Le dedans n'est que trouble, et que sédition. {PoL, n, 1.)

Corneille se sert plusieurs fois de cette locution d'une manière semblable dans V Imitation, Elle est employée de même dajml7nterne lie Consolacion.

— DEDANS, subst., et avcc un adj. démonsti\ :

Vois ton dedans, et considère

Le fond de ton intention. [Imit., u. G, éd. de 1562 et de 1656.)

n2 DÉDIRE. — DÉFAUT.

DÉDIRE, désavouer, dédire sa passion :

Oui» mais quand de son maître on lui fait un rival,

Qu'il aime le premier, qu'en dépit de sa flamme

Il cède, aimé qu'il est, ce qu'adore son âme.

Qu'il renonce à l'espoir, dédit sa passion^

Est-il digne de grâce, ou de compassion? {Sur., iv, 4.)

— DÉDIRE, avec un nom de chose pour régime, contredire, s*opposer à :

Pison n'en voudra pas dédire ma promesse. (0<A., ni, 4.)

— DÉDIRE, avec un nom de chose pour sujet, démentir :

Un sommeil inquiet sur de confus nuages

Ëléve incessamment de flatteuses images,

Et sur leur vain rapport fait naître des souhaits,

Que le réveil admire, et ne dédit jamais. {PuUh., ii, I.)

— SE DÉDIRE DE, suivi d'uu subst., sc rétractcr dc, désavouer :

Souvent on se dédit de tant de complaisance. (Tite et Bér,, v, 5.)

Mais s'il se dédisait d'un outrage Joreé,

S'il chassait Emilie, et me rendait ma place,

J'aurais peine, seigneur, à lui refuser grâce. {Sert., i, 3.)

DÉDUIRE ,' dans le sens de développer, opposé à réduire :

U ne faut pas moins d'adresse à réduire un grand sujet qu'à en déduire un petit. {,Mél. , préf.)

DÉFAILLIR, avec un nom de chose et un rég. indir. de pers., comme manquer :

Aidez mes faibles pas, les forces me déjaillent.

Et je vais succomber aux douleurs qui m'assaillent. {MéL, iv, 4.)

11 me semble que tout me deffaut, ne les ayant plus auprès de moy. [Leit. miss, de Henri lY, t. iv, p. 519.)

Tout mon peuple en murmure et ne peut sans envie Voir qu'un si long bonheur accompagne leur vie,

Que jamais rien ne leur défaut. (Racan, Psaum., lxxii.)

DÉFAIRE , neut. , comme se défaire , dans le sens de se détacher :

Mais de peur qu'il n'en fasse autant que l'autre a fait,

Attache-le d'un nœud qui jamais ne défait. [Mél., v, 6, jusq. 1654 inclus.)

DÉFAUT. LE DÉFAUT, le côté faible, comme on dit, le défaut

de la cuirasse :

Fuyez un ennemi qui sait votre défaut ;

Qui le trouve aisément, qui blesse par la vue,

Et dont le trait mortel vous plaît quand il vous tue. {Pot., i, 1.)

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