‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 23 sur 366 · APPARENCE · texte numérisé non relu

APPARENCE

— Avec le pluriel, préparatif, apprêts :

Que je vois d'appareils, Albin, pour ma ruine! {Oih,, m, 5.)

APPARENCE, extérieur, avec un adjectif possessif :

Que je meurs qu'il le sache, et j'en fuis les moyens*

Quelle importune loi que cette modestie,

Par qui noire apparence en glace convertie

Ëtouffe dans la bouche, et nourrit dans le cœur

Un feu dont la contrainte augmente la vigueur! [La Suiv., ii, 6.)

— APPARENCE, fig. QUELLE APPARENCE DE, AVOIR SI PEU D*AP- PAREISGE QUE :

Si mon sujet est véritable, j'ai raison de le taire; si c'est une fiction, quelle apparence, pour suivre je ne sais quelle chorégraphie, de donner un soufflet à l'histoire, d'attribuer à un pays des princes imaginaires, et d'en rapporter des aventures qui ne se lisent point dans les chroniques de leur royaume? {MéL, préf.) — Ce mariage a si peu d*apparence^ qu'il est aisé de voir qu'on ne le propose que pour satisfaire à la coutume de ce temps-là, qui éiait de marier tout ce qu'on introduisait sur la scène. [Exam, de MiL)

— HORS d'apparence, coiitrc la raison, le bon sens :

Que j'emporte sur elle aucune préférence!

Vous tenez des discours qui sont hon ^apparence,

(La Caler, du Pal,, ni, 6.)

Apparence se trouve ainsi très-fréquemment employé pour désigner Tce qui a un caractère spécieux , plausible , raisonnable, justifiable :

Quelle apparence de donner les charges ecclésiastiques de telle conséquence à un qui n'est encore point ecclésiastique, au préjudice de plusieurs honnestes ecclésiastiques qui ont déjà fait longuement l'exercice, et qui ont bien servi i'Ëglise! (S. Franc, de Salks, Nouv, leii, inéd., à M** La Fléchére, 28 août 1617.) Cela n'a ni justice ni apparence, (Boss., Lett, à S, Vinc, de Paul, l" fév. 1658.) — Où est la preuve , où est Vapparence de toutes ces plaintes. ( Patro , Plaid., xvi.) — Jamais il n'y eut de commandement plus étrange, ni d'entreprise plus extraordinaire et plus hors d'apparence que celie-là. (Nie. , Coût, des Est., sur l'Ëv. de l'Asc.) —.... Il me semble que vous vous mettez en un grand danger sans propos ny apparence. (Tournebu, Les Contens, y, 4.)

On disait dans le même sens : il n'y a pas d'apparence de, avec un infinitif, il n*est pas plausible, raisonnable, justifiable de :

// n'y avoii point d*apparenee de refuser une proposition si plausible. (Vertot, Révql, de Portugal. ) — // n'y avait pas d'apparence de s'aller livrer entre les mains d'un ennemi qui, pour couvrir la honte de sa défaite, pouvoit persuader à ses citoyens de le faire arrêter, et peut-être même de le faire périr. (Id., Révol, rem., ii.)

De même, il n'y a pas apparence de, il est sans apparence de :

Il le pria de considérer qu'i/ u*y avait pas apparence d'envoyer les hommes ^'il demandoit sans les choisir extrêmement. (ST'RAal, Conj. contre Ven.) —

APPAT. — APPRENDRE. 4i

Ce doc deyant avoir la meilleure part dans leur dessein, t7 n'y avoU pas apparence de rien cacher à son confident. (Id., ibid.) — Il est vrai que saint Augustin dit qu'il n'est pas aussi sans apparence d'entendre par ces mots des vers et des serpents véritables. (Nicole, Ess.y Traité des quatre fins dem., ii, 6.)

APPAT, avec le pluriel, rapproché de mets :

De la bouche et du cœur je les vois tous avides, Tous gros des bons désirs qui leur servent de guides , Courir à ces appas ^ Et voler à ces mets solides Que ta main leur prodigue en ces divins repas. (Jmit., iv, 14.)

APPÉTIT. AVOIR L*APPÉTIT OUVERT DE BON MATIN, aU figuré I

Tous avez Vappétit ouvert de bon matin.

D'hier au soir seulement vous êtes dans la ville,

Et vous vous ennuyez déjà d'être inutile.

Votre humeur sans emploi ne peut passer un jour,

Et déjà vous cherchez à pratiquer l'amour! {Le Hent.^ i, 1.)

APPLAUDIR A quelqu'un sur quelque chose :

Seigneur, n'ètes-vous point d'une humeur bien facile ,

D'applaudir à Cotys sur son manque de foi? {Agésil.t ii, 6.)

APPLIQUE. JOURS d'applique, jours artificiels produits par des appareils lumineux :

Muses, l'aviez-vous cru, vous qui faites les vaines, De prévoir l'avenir des fortunes humaines. D'en percer le plus sombre et le plus épineux? Aviez-vous deviné que ce parc lumineux , Ces belles nuits sans ombre avec leurs joiir« df applique, . Préparaient à vos chants un objet héroïque !

{Au roi sur sa campagne de 167G.)

APPLIQUER (S*) SUR, comme s'appliquer à :

Les exemples des àieux s'appliquent mal sur nous. {Tiie et Béràt.,iy, 3.)

APPRENDRE, absoL, étudier:

Il a jusqu'à mon nez et jusqu'à ma parole.

Et nous avons tous deux appris en même école. {La suite duMeni,^ i, 3.)

— APPRENDRE (s') A, commc 86 former à, apprendre :

Par là je m'appris à rimer.

Par là je fis, sans autre chose.

Un sot en vers d'un sot en prose.

{Pièce impr. à la suite de Ctit., édit. de 1632.)

On trouve s'apprendre dans le sens A' apprendre chez des auteurs de diverses époques :

Ce n'est -pas d'aujourd'hui qu'ils méditent ce dessein. Ils se sont appris à tourmenter les gens sur la bulle et sur les brefs d'Innocent X. (Lk Maist. , Leu.

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