III
(lior.
[Théod.
, Il
(OBc/.,
[Imit
A, prcp. signifiant /x)Mr, devant un substantif:
Réserve ton courroux lout entier au besoin* Toi qu'avec Rosidor le bonheur a sauvée, Tu le peui assurer que Dorise trouvée, Comme ils avoient choisi même heure à votre mort, En même heure tous deux auront un même sort. Quel charme à mon trépas de penser qu'elle m'aime. Puisque tu la hais tant, pourquoi la gardes-tu? jASOif . Au bien de nos enfants, dont 1 âge foiblc et tendre Contre tant de malheurs ne sauroit se défendre. Et je garde, au milieu de tant d'âpres rigueurs. Mes kirmes aux vaincus, et ma haine aux vainqueurs. Armez-vous à ma perte, éclatez, vengez-vous. On prépare à demain exprès d'autres victimes. Au salut des élus préparc toutes choses.
Nombre d'exemples semblables pourraient se citer chez Corneille; ils sont également très-fréquents dans tous les écrivains des seizième et dix-septième siècles, et se rencontrent quelquefois chez des auteurs distingués du dix-huitième siècle et de notre temps.
A cause de l'affection qu'il avoit à H. l'amiral, à Lanone et à Téligny. (Marg. db Val., Mém,, i.) — H y a quelque temps que je commençay à luy dire qu'il se résolust de demander au sire Anastase, mon maistre, Susanne, sa îillc à femme. (Lariv., Ecol., il, 5.) — Je n'ay plus de paroles puissantes, ni assez violentes à l'expression de mes misères. (D*Aub., l*et. OEuvr. mêL) — 11 est tout généreux et tout né à la gloire. (Malh., Uu., à Racan, 10 sept. 1G25.)
Tant de signes dans les planeltes,
Tant d'éclypses, tant de cornettes
Et tant d'effects prodigieux,
Ne sont-ce pas des propbéiics Aux âmes les plus endurcies
De la juste fureur des dieux? (Racan, Berg.^ ii, 5.)
Pourquoi se taire de tant d'autres actions remarquables que son Eminence fait tous les jours au profit et ù l'honneur de cette monarchie? (Naudb, Mascur., in-4% p. 467.) — Une vengeance éclatante et prompte est aux âmes ambitieuses le plus délicat de tous les mets. (Boss., Polit., 1. 10, art. 3.) — Luther s'emportait à des excès ioouis : c'était un sujet de douleur à son disciple modéré. (Id., Var. 5.) — Les rivières vont enfin se précipiter dans la mer, pour en faire le centre du commerce à toaieS les nations. (Fên.. tlxisi. de Dieu, I, 2 ) — Les esprits des Français ne sont pas nés à la servitude. (Peliss., Uisi. de l'Acad.y m.) Mais quoique cet hymen vous semble à souhaiter, Le résoudre à demain, c'est le précipiter. (Th. Corn., Théod., m, 2.)
Il sera bon qu'il fasse dès lors tous les préparatifs à une prompte défense. (Vaub., Déf. des plnc, 3* p.) — Pour comble de joie à notre princesse. (Montesq., Pens. div. ) — Saint Bernard ne montre pas plus d'indulgence aux vices de son siècle. (Chat., Lût. umjl., 2" p.) — Le peuple est mûr à la république. ( V. Hoco, Un. ei Philos., Journ. d'un révoi ) — Il fut à l'enfant plus qu'un frère : il lui devint une mère. (Id., A^.-D. de Paris, iv, 2.)
— A, pour, devant un infinitif :
A lui rendre service elle m'ouvre la voie
Que tout mon cœur embrasse avec excès de joie. {Seri.^ ii, 5.)
« Embrasser avec excès de joie une vole à rendre serviccî! » On ne peut écrii'e avec plus d'impropriété. C^est un amas de barbarismes! s'écrie Voltaire» Nous ne voyons, nous, aucun barbarisme dans le vers de ('orneille; nous ne croyons pas même qu'il offre la moindre impropriété. Voltaire dit encore, à propos d'un vers analogue aux précédents :
Ma gloire et mon amour peuvent bien peu sur moi,
S'il faut votre présence à soutenir ma foi. {Nicom,, i, 1.)
« Une présence à soutenir la foi » n*ost pas français. On dit : « il faut soutenir » et non pas « à soutenir. »
Le grand écrivain paraît ici n'avoir rien compHs à là pensée pourtant bien claire de Corneille, et avoir complètement méconnu la langue de tout le dix-septième siècle. A, signifiant powr, s'employait aussi généralement devant un infinitif que devant un substantif. Constatons d'abord que cette forme est familière à Corneille.
Celte Iholination qui jusqu'ici vous mène,
il me la déguiser vous donne trop de peine. (C/ti., i, %.)
Adieu, toute la chasse prête , N'attend que ma présence à relancer la bête. (/6., ii, 5.)
Achève, malheureuse, achève de vêtir Ce que ton mauvais sort laisse à te garantir. (f^., ii, 6,)
On le vole Doris, el la feinte colère
Maiiqneroit de prétexte ù quereller son frère! (Feuw, il, 6.)
Mes vaisseaux à la rade assez proches du port
N'ont que trop de soldats à faire un coup d'effort. (Méd., ii, 5.)
ImmoloYis avec joie Ceux qu'à me dire adieu Creuse me renvoie; (/*., y, 2.)
Je vais chercher du monde à souper avec voàs. {Suite du llient,^ m, 4.) Il a pris un prétexte à sortir promptement,
Sans se donner loisir d'un mot de compliment. {Ib., iv, 2.)
Et mon cceur, accablé de mille déplaisirs,
Cherche la solitude à cacher ses soupirs. {Hor,, i, 2.)
Cléopâtre a lieu d'attendre ce jour-là à faire confidence à Laonice de ses desseins, et des véritables raisons de tout ce qu'elle a fait. {Exam, de Rodog.) Cependant cet exil, ces retraites paisibles. Cet unique souhait d'y terminer leurs jours,
Sont des mots bien choisis à remplir leurs discours. [Agis.f m, 1.)
Qu'ai-je aflTaire de race à me déshonorer,
Moi qui n'ai que trop vu ce sang dégénérer. [Pulch., v, 3.)
Quelque effort qu'ici-bas l'homme fasse à biea vivre. Il est souvent trahi par sa fragilité. {imit*, i, 19.)
Aussi le corps se plaint, le corps gémit sans cesse.
Accablé sous les moindres croix, Parce que de l'esprit la honteuse mollesse
N'agit qu'avec faiblesse Et refuse son aide à soutenir leur poids. {lu., i, 21.)
La double // dont je viens de parler à l'occasion de l'e, a aussi deux prononciations en notre langue : l'une sèche et simple, qui suit l'orthographe; l'autre molle, qui semble y joindre une h. Nous n'avons point de différents caractères à les distinguer. (Préf. du Th, de P. Corn., édit. de 1682.)
Il est inutile de multiplier les exemples analogues. L'Académie, dans son jugement sur le Cirf, a fait une observation sur ce vers :
Tenoient m'offrir leur vie à venger ma querelle, «n eût été bon, dit-elle, de dire: «Venoient s'offrir à venger ma querelle jamais disant « venoient m'offrir leur vie , » il falloit dire: « pour venger ma querelle. » {Sent, de l'Acad. sur le Cid, m, G.)
La distinction établie ici n'est-elle pas un peu subtile'/ Du rest«, comme il a été dit, l'emploi critiqué par Voltaire était général au dix-septième siècle, comme il l'avait été au seizième, et il a été repris depuis avec raison selon nous.
Hélas! ami, tu ne sa vois que faire,
A me traiter, obéir et complaire,
Comme celui duquel j'avois le cœui*. (Cl. Mar., Ep. i. 1517.)
— Comment doncques Avez-vous fait à vous sauver? (Lariv. , Facél. Nuiciute Strap.^ iv« Nuicl, f. 4.) Le coq, qui se lève la nuict à chanter. (Id . ibid.)
— En religion! respondil celle procurcuse. Vraymcnl! il faul autant d'argent puur le jourd'huy pour y mettre une iille comme à la mettre en son mesnage. [Cuqueli de Cuccouchie, 5* journ.)
Tout ce qu'à façonner un corps Nature assemble de trésors
Est en elles sans artiûces. %Malh., Siauces,S^ Ren. à Henri le Gr.) La nature ny la fortune ne m'ont pas donné beaucoup de parties à plaire. (Thbopu., Fraym, dune hist,, c. il.)
A venger voire affront servez-vous de mon bras.
(Th. Corn., ///. Ennemis, iv, 2.) Que pourrols-je autre chose à guérir ses ennuis !
(Id., Engag. du hasard, iv, 4.)
Au lieu de se servir de sa puissance à se venger d'eux, il s'en servit à les secourir. (Le Maist. , Plaid., xxvii.) —Tant de restes ne pouvaient pas s'accorder facilement: il fallut prés d'un an à les ajuster ensemble. (HÉz., Abr. de VkisL de Fr,y ann. 1495.) — Le duc de Guise se servit de l'armée qu'il avoit sur la frontière de Champagne à se saisir des villes de Raucour et de Donzy, sur le duc de Bouillon. (Id., t^., ann. 1585.)— Que tous les hommes s'unissent à louer quelqu'un, ils n'ajouteront rien à son mérite. Qu'ils s'unissent à le blâmer, ils ne lui en ôterontpas la moindre partie. (Nicole, Coni. des Ess, sur l'ÉpIt. du 4« dim. de l'Av.) — Ce même feu demeure paisiblement caché dans les veines des cailloux, et il y attend à éclater jusqu'à ce que le choc d'un autre corps l'excite. (Fén., £xt«i. de Dieu, I. ) — Il lui fallut bien vingt ans à s'étendre et à faire un corps de secte qui méritât d'être regardé. (Boss., Var,, xi.) — On appellera cela comme oc voudra; pour moi , j'appelle cela suivre mon inclination et aller mon chemin : je suis née à n'en pas prendre d'autres. (M"* de Montp., Hém, ) — Mais j'attendrai cette grande journée ô vous informer de mon choix. (Pehr.^ Com, en verj, Griselidis.)
On trouve de nièine, au (lix-liuitième siècle :
A faire d'un tel gentilhomme un Achille au pied léger, l'adresse de Chiron même eût eu de la peine à suffire. (J.-J. Rouss., £m., ii.)
Et (le nos jours :
Que cette place est bonne à le bien poignarder! (V. Hugo, Cromw,, v, 3.) Il en faudrait un monde à faire un grain de sable. (Lam., JoceL, 4* ép.)
— A, pour<?n, devant un inlinitii':
Voltaire a encore critiqué cet emploi :
A raconter ses maux souvent on les soulage. {FoL, i, 3.)
« Ce vers, dit-il, est un peu familier, et il faut en racontant y et non à raconter, »
Corneille a pu parfaitement préf<'»rer à raconter ii en ixicontant. Il a dit encore :
Ah! Mélite, pardon, je t'offense à nommer
Celui qui m'cmpécha si longtemps de t'aimer. ( ^léi., m, 1.)
Joignons à la douceur de venger nos parents
La gloire qu'on remporte à punir les tyrans. (C'iiita, i, -2 )
Je (leviendrois siispocl à larder davantage. (Cinna, i, 4.)
Ft pour dernière adresse une telle beauté
Ne se voit que de nuit et dans l'obscurité.
De peur qu'en un moment l'amour ne s'estropie,
A voir l'original si loin de la copie. {Suite du MtuL, ii, 7.)
Ce mépris de la mort qui, partout à nos yeux,
Brave si hautement et nos lois et nos dieux.
Cette indigne fierté ne seroit pas punie ,
A ne vous ôter rien de plus cher que la vie ! {Théod,^ m. i )
Confidents tout ensemble, et rivaux l'un de l'autre,
Nous ne concevions point de mal pareil au nôtre.
Cependant à nous voir l'un de l'antre rivaux.
Nous ne concevions pas la moitié de nos maux. {Hodog,^ ii, 4.)
Jugez par là l'excès de ma confusion ,
A me voir attachée au char de Scipion. {Ibhi,)
Le choix que vous m'offrez appartient à la reine,
J'entreprendrois sur elle à l'accepter de vous. {Ibid.t m, 4.)
El je hasarde tout à quitter les Thébains
Sans mettre ce dépôt en de fidèles mains. ((Ed., i. 3.) '
Tu perds du ton grand art la force, ou l'imposture,
il t'armer contre moi de toute la nature. [Im Toison tfor^ m, 5.)
Et l'ordre ambitieux d'un hymen politique.
N'a rien que ne pardonne un courage héroïque.
Lui-même il s'en. console, et trompe sa douleur
A croire que la main n'a point donné le cœur. (Sop/i., i. 2.)
Après tant de bontés et de marques d'estime,
A vous moins déférer je eroirois faire un crime. (Agés., v, 3.)
Si l'amitié vous platt, si vous aimez l'estime,
A vous les refuser je eroirois faire un crime. (Suréna.)
Et qui veut être éclairé pleinement Doit apprendre de lui que ce n'est qu'd le suivre Que le cœur s'affranchit de tout aveuglement. (Imit , 1. 1.)
Si la mort te semble un passage
Si dur, si rempli de terreur.
Le péril qui t'en fait horreur
Peut croître à vivre davantage. {Ibid , ii, 3.)
Ah ! qu'heureuse est une âme alors qu'elle l'écoute ! Qu'elle amasse de force à l'entendre parler! {fbid.^ m, 1.)
Sache qu'à me suivre Je t'apprendrai bientôt d'autres façons de vivre. [Le Mtui., i. 6.)
« A me suivre » est un barbarisme, dit Voltaire. 11 n'y a pas là de barbarisme, mais seulement une hardiesse qui rentre dans les exemples précédents.
L'emploi de à, avec le sens de en, devant un infinitif, n'est pas particulier au grand Corneille. Le frère de notre poëte affectionnait singulièrement cet emploi, qu'il a prodigué jusqu'à Tabus; qu'on en juge par ces exemples, que nous aurions pu multiplier beaucoup plus encore.
J'assure sa grandeur à vous en faire maître. (Th. Corn.» Itérén., m, 4.)
Le noble emportement que m'inspire ton zélé!
Je fais voir un cœur bas si, je ne les querelle (les dieux],
El je trahis ma gloire à n'oser mériter
La chute où leur rigueur me veut précipiter? {Ibid., iv, 6.)
S'il voit qu'à s'expliquer ses vœux puissent déplaire,
Sans les porter ailleurs, il les force à se taire. {Ibid,^ v, 2.)
Chacun pour son pays croyoil montrer son zèle,
A prendre avidement le litre de rebelle. {Ibid,, v, 6.)
Ses vœux dans leur fierté n'ayant pu vous déplaire,
J'aurois cru faire un crime à leur être contraire. {Itid., v, 8.)
Mais, aimant Stalira, j'irrite sa colère
A mé joindre au parti qui s'attaque à son père. (Id., Darius, ii, 5.
AMESTRis. Et que vouliez-vous faire?
OAKiDs. Mettre au jour un secret qui me perd à le taire,
Découvrir Darius. (/^id.. iv, 7.)
J'en ai fui le suppliée à garder le silence. {Ibid., v, 1.)
Jamais à prendre un sceptre on ne ternit sa gloire. (Id., Com,, m, 1.)
Mais songez que l'amour est sensible à l'outrage.
Et qu'A se trop permettre on peut tout hasarder,
Quand l'esclave qui prie a droit de commander. (Ibid., m, 2.)
Le coup qu'à d'autres mains ils auront cru remettre,
Helvie aura sans doute osé se le permettre,
El selon son transport croyant l'exécuter,
Fait avorter la trame à la précipiter. [ïbid,, iv, 1.)
Mais à voir que sur vous sa rage ose s'étendre,
Mon amour aussitôt a dû tout entreprendre. [Ibid^, v» 3.)
A faire ce qu'on doit on ne mérite rien. [Ibid., v. 7.)
A moins oser pour vous, je ferois mal connottre
L'heureux fruit des leçons de mon illustre maître. [Mon d'An»,, ii, 4.)
Quoi, Vous fuyez à les voir? {Circé, iv, 5.)
On trouve de mt^me dans des écrivains de toutes dates, comme de tout genre et de tout ordre :
La vaillance (de qui c'est l'elTect de s'exercer seulement contre la résistance), Nec nisi bellaniis gaudcl cervice juvcnci, s'arresle à voir l'ennemy à sa mercy. (Mont.. Es'^ah, ii, 57.) Les peuples infidelles Se mocquent à vous voir sanglants de vos querelles...
(Gilles Durand, Htgreisfun. sur ta mon de f Asne Uyiieur,) A remonter encore plus haut, on voit... ( Boss., l'olit.^ ", 2- ) — Le Pensionnaire connaissait assez la sagesse do c»? parti , et qu'à être maître absolu du dedans, un peu de patience et de temps auroit dissipé ce grand orage. ( Pell. , Hifi. de Louis XIV, 3. ) — Le public n'attend pas après son jugement pour reconnottre le mérite des gens excellents, et n'apprend rien de nouveau à les voir louer. (St-Réal, De la Crit., c. 8)
Ma fol, vous nous perdez à rester davantage. (Legr., Fam. eitrav.. c. xvi.) Le sort m'avoit flattée; il me menace, il change: Ce n'est que sa coutume, il ne fait rieu d'étrange :
Il avoil trop longtemps soutenu mon parti ;
A ne s'en pas ilédire, il se fût démenti. (Quin., Astrate, ii, 1.)
M. Oénin, dans son Lexiqve de Molière^ cito plusieurs passages du grand comique où cette locution a été employée, et observe justement qu'elle correspond au gérondif en do, ou au.supin en m des Latins, <Jui n'est lui-môme qu'un datif ou un ablatif, Fun et Fautre marqués en français par à : Vires acquirit eundo ; diffunditur anditu.
Les nombreux passages que nous avons rapportés prouvent que cette forme n'est particulière ni à Corneille ni à Molière, dont nous avons cru inutile de répéter les exemples.
Quelquefois, dans des phrases analogues à celles qui viennent d'être citées, à se traduit par lorsque, si, plutôt que par en.
Un bienfait perd sa gr&ce à le trop publier. {Tkéod., i, 3.)
DORANTS. Quoi, cellc qui m'écrit?
USB. Oui, aelle qui vous aime ,
A l'aimer tant soit peu, vous l'auriez deviné. {Suite du Mem.^ u, 6.)
Souffrez la douleur d'une mère, Et les premiers-soupçons d'une aveugle colère. Comme ce coup fatal n'a point d'autres témoins, J'en ferois autant qu'elle, à vous connottre moins. {Bodog,t v, 4.)
Il serait moins coupable à m'avoir moins aimée. [Spri,, y, 4)
Le sens de sa parole est souvent si sublime
Et si mystérieux.
Qu'à trop l'approfondir il égare, il abtme
L'esprit du curieux. {Fmit,^ i, 3.}
Tliomas Corneille offre des exemples tout à fait analogues :
Et de mes tristes maux l'excès monte à tel point.
Que je commets un crime à n'en commettre point. (Maximiait, m, 1 .)
A oe m'obéir pas il iroit de sa vie. {La Mort de Cemp, Commode, ii, 5.)
L'estime de ma reine à mes vœux doit sulïïre.
Si l'amour la porloit à des projets trop bas.
Je trabirois sa gloire d ne l'empêcher pas. (!^ Comte d'Essex, ii, 5.)
Molière, dans un vers curieux que M. Oénin aurait dû citer dans son Lexique, a dit de même :
El que puis-je résoudre à voir cet homme mort? (f?c. des Fem., v, J .) On a dit d'une manière analogue :
Et au rapporter les bous ensamble, se la couroie croist, faictes le remener contre val la vallée. (Jeh. d'Arras. Méluxine , éd. Jannet, p. 48.) — Ces desbordemens font un grand changement et un grand tumulte en noslre disposition; mais ils ne sont pas si dangereux à la santé quon les croit; à les continuer on y succombe; mais à s'y laisser quelquefois surprendre, on s'en trouve mieux. (Théoph., Fraym. d'une Ai«/., c. iv.) — A remonter jusqu'à la source des troubles.
on Inmve qu'ils aurolent élô évités si lo roi Henri 111 avoil voulu, à son av<5nenienl à la couronne, donner la paix générale au royaume. (M™" dk Villkdieu, Détortf. de Cam.^ i.) — Il y a encore dans ce château un puils si profond qu'on n'en peut tirer de l'eau en moins d'une dcmi>heure, et à considérer la hauteur du lieu, on ne peut assex s'étonner de la hardiesse de l'entrepreneur. ( Tavern. , \oy. de Perse, dess. de l'aut. ) — Si l'ennemi n'attaquoit que par un front fort étroit, on pourra hasarder de le soutenir de vive force, autrement nont à s'y prendre d'autre façon, on y perdroit bien du monde, ( Vaub., Fragm. d'une Leii. à M. Lepelletier, 16 mars 1705. ) — Tout le monde vanle l'amitié, peu de gens la connoissent, presque personne n'en remplit les devoirs. D'où peut venir cette contradiction de sentiments et de conduite? Ne seroit-ce point qu'A la vanter, on se fait honneur; qu'à la connoistre, on trouve de quoy se condamner; qu'à remplir les devoirs qu'elle exige, ou s'impose un joug souvent incommode? (Sacy, De f Amitié, i.)
On trouve assez souvent à, employé pour en ou pour si dans de bons écrivains du dix-neuvième siècle :
J'avilirais le sceptre à venger mon injure. (Delav., Vêpr, Sic, m, 2.) Je sais bien qu'à écrire tout ce qu'on pense, on se fait beaucoup d'ennemis parmi ceux qui se trouvent bien des vices du temps. (Georges Sasd, Leit, d'un voyag., xii. ) — Tout en reconnaissant les heureux traits épars dans cette Solitude de Saint-Amant et en m'expliquaut très-bien le succès qu'elle eut à sa date, je me dis qu'à la relire aujourd'hui je n'y trouve ni la solitude du chrétien et du saint, celle dont il est écrit « qu'elle bondira dans l'allégresse et qu'elle fleurira comme le lis ; » ni la solitude du poète et du sage ; ni celle de l'amant mélancolique et tendre; ni celle du peintre exact et rigoureux. (Ste-Bkuve, Cauneries du lundi f S déc. 1855.) — J'ai beaucoup lu et feuilleté Beaumarchais, qui est l'homme le moins discret quand il parie do lui-même, et il me semble qu'à le bien écouter dans ses aveux et ses coniidences familières, on en sait déjà presque assez, (id., ibid., 14 juin 1852.)
— A, pour de; a oikl diioit, comme de quel droit :
Peut-on avoir pour toi quelque amour, quelque estime,
0 vie, ô d'amertume affreux et vaste abîme,
Cuisant et long supplice et de l'îime et du corps?
Et, parmi les malheurs dont je te vois suivie,
A quel droit gardes-tu l'aimable nom de vie ,
Toi dont le cours funeste engendre tant de morts? {Imii., m, 20.)
Pontenelle a dit comme son oncle :
A quel droit prétens-tu nous jugei ? {Past.. à M"* la Daupli )
— De môme prendrk l'orduk a moliur, pour signifier recevoir l'ordre de mourir.
Prendre l'ordre à mourir d'une main ennemie.
C'est mourir, pour un roy, beaucoup plus d'une fois. (3/t'(/., iv, 5.)
— s'effaroucher a, comme s'cffiiroucher de :
Il suffit que nous n'inventions pas ce qui de soi n'est point vraisemblable, et qu'étant inventé de longue main, il soit devenu si bien de la connoissance do l'auditeur, qu'il ne s'effarouche point à le voir sur la scène. (^^ Disc)
Voir nos articles ouhijkk a, pour rnihliey* do, manqijkr a, pour manquer de.
L'emploi de à pour de était autrefois trt s-fréquent. Ainsi on disait :
Avec un verbe :
NK PAS LAISSER A, pour ne jifis laisser de.
Ja parmi ccste ville à aier uen iairoie, (Le Dit de Ménage.)
Quoique tu sois dépourvu de la faveur des hommes, ne laisse pourtant à entreprendra une œuvre digne de toi. ( Du Bellay, lUusir, de la langue franc. , 1. ii , c. 5.) — Combien qu'ils fussent merveilleusement étonnés, et qu'ils ne sussent par qui ni comment pouvoit avoir é(c faite cette déconfiture, si ne /amèrenf point à regarder au butin. ( Amyot, Hisi. Éihiop. ) — Pour cela, je n'entends pas que l'on laisse de part et d'aultre à faire la guerre eu la campagne. {Leu.miAS. de Henri IV, 14 mars 1598, t. iv, p. 92H )
DÉSIRER A, pour désirer de :
Les dames désirent moult à veoir vostre miislre. (/.e Roman de Jehan de Paris.)
CONSEILLER A, pour Conseiller de :
Doy-je pas révérer sa bonté sans pareille,
Lorsqu'elle me conseille A faire choix d'un bien si fécond et si beau. (Racan, Psaume, xv.)
OMETTRE A, commc Omettre de :
Ne voulant obmeitre à vous dire, madame, que tout ainsy que je ne vous peux procurer un plus propre interprète de mes affections que le dict sieur de Segur, ainsy ne pouvez-vous choisir personne, mesmc entre vos subjccls, plus affectionné à prescher vos vertus. (Le«. missivesde Henri IV, à la royned'Anglet., t. ii, p. 19.)
Avec un adjectif :
DISSEMBLABLE A, pour dissemblable de :
Les seigneurs auslrasiens aimoient bien mieux se soumettre àClotaire, qui éloit fort dissemblable à sa méchanle mère. ( MÉz., Abr. de l'hist. de Fr., an 613.) — Leur impudence no peut pas aller jusques à faire ce portrait d'eux-mêmes ; ils savent bien qu'il seroit trop dissemblable à l'original. (Arn. , Apol. pour les caiJtol., I, 2.)
Au contraire, l'on employait souvent de dans des cas où Ton mettrait aujourd'hui à; ainsi l'on disait :
Je sçay que les François n'out pas encore apris
De pousser dans ce champ leurs délicats esprits. (Tuboph., Élég,)
Les exemples des deux cas seraient très-nombreux si nous ne devions éviter une longueur excessive :
— A, avec :
Que si l'ambition de commander aux nutres
Fait marcher aiijourd'lmi vqs troupes et les nôtres,
Pourvu qu'à moins de sang nous voulions l'apaiser.
Elle nous unira loin de nous diviser. (Hor,^ i, 3.]
11 avoit vu chez elle entrer votre maîtresse,
Mais il n'avoit pas su qu'Hippolyte et Daphné
Ce jour-là par hasard chez elle avoient dîné.
Il les en voit sortir, mais à coiffe abattue. {Ment», m, 3.)
Peuple, à vœux redoublés, souhaitez-lui la paix. [Trad, du pt. cxx.)
Vous marcherez vers Rome à communes enseignes. (Serior,^ i, 3.)
Uu certain nombre d'exemples montreront combien cette signification de à pour avec était commune dans Tancienne langue :
Atant se lieve à cuer mari.
{Floire et Rlanceflor, éd. du Mér., v. 2854, !'• vers.) Environ huit heures de jour, aloit à sa messe, laquelle estoit célébrée glorieusement chascun jour à chant mélodieux et solennel. (Christine ob Pisan, Hitt, de CharL le Sage.) — Adonc le conte se mist en chemin, et avecq luy sa mère, sa seur et sa baronnie à noble compaignie. (J. d'Arras, Milus., éd. Jann.; p. 58.) — Se tu veulz croire fermement toutes les parolles que ton seigneur te dist, elles te seront moult pourlitables à l'aide de Dieu. (Id., i^id., p. 39.) — Et partirent des tentes à bien xl chevaliers si noblement montez et parez, que c'estoit grant merveilles. (Id., ibid.^ p. 84.)
Quiconques meurt, meurt à douleur. (Villon, Grant Testant., xl.)
Or cà, pour entrer en mesnaige,
Il fault achepter du mesnaige.
Louer mayson et chamberiére,
Et que désormais on acquière
À grant labeur, sueur et peine,
La vie au long de la sepmaine. {Sermon det maux de mariage.)
Si ay laissé ma mère seule, à grand désir de me veoir. {Le Rom. de J. de Par.) — Puis fut commencée la messe à beaux chantres qu'il raenoilavec luy. {Ib.) — Instrumens de toutes sortes commencèrent à sonner à grand mélodie. [Ib.)
Si tu rencontres par la rue
Une femme qui est barbue ,
Passe outre et lui crache en la veue ,
Ou À beaux cailloux la salue. (Lariv., les Tromp., in, 3.)
De nuyt et de jour tant peschérent A leurs rais et à leurs filletz
Que.... {La Vie de saint Harttic, tjlorieux martir. et comment il fust pescfié en la mer et porté à Dieppe.) Bogez, gouverneur en Eione de la part du roy Xerxes, assiégé par l'armée des Athéniens, sous la conduite de Cimon, refusa lu composition de s'en retourner sourement en Asie à toute sa chcvancc , impatient de survivre à la perte de ce que son maistre lui avoit donné en garde. (Mont., Essais, ii, 3.) De la fille du ciel telle paroist l'escorte , A plus d'heur que d'esclat, moins pompeuse, plus forte.
(D'AUBIGNÉ, Trafjiiiues, iii.) A moins de mal on sort que l'on n'entre en la vie. {Ibid., iv.)
Et moy je vis de mon petit domaine A peu de irain, sans pension du roy,
Faisant des vers ot no me donnant peine De ce qu'on dicl de moy.
[OEuvr. tat. et franc, de Nie. Rapin, 1610, in-4% p. 129.) Les flambeaux éternels qui font le tour du monde Percent à longs rayons le noir cristal de l'onde. (Racan, Berg,^ i, 1.)
Corneille présente des emplois particuliers qui rentrent dans la signification de à pour avec :
Charle-roi qui t'attend, mais à portes ouvertes ,
A forts démantelez, à travaux démolis,
Sur le nom de son roi laisse arborer tes lys. {Les Vict. du Hoi en 1667.)
Choisissez donc ensemble à communs sentiments.
Des charges dans ma cour, ou des gouvernements. {Othon, m, 4.)
— A, d'après:
À la lettre il parott qu'il a beaucoup d'esprit. {^Suitedu Meni,^ ii, 1..
— A, en la personne de, devant un substantif :
Abandonner mon camp en est un (crime) capital,
Inexcusable en tous, et plus au général. (iVic, ii, 2.)
« Au général » est un solécisme ; il faut « dans un général, » dit Voltaire :
Il n'y a pas plus de solécisme dans le vers de Corneille critiqué par Tillustre commentateur que dans ces autres sur lesquels il n*a rien dit :
Ah I vous me feriez peur, S'il ne s'en falloit pas l'Arménie et mon cœur, Si le grand Annibal n'avoit qui lui succède, S'il ne revivoit pas au prince Nicomède. {Nicom,, m, 2.)
Et cette manière de parler était d'un usage aussi correct et aussi fréquent en prose qu'en vers :
Ils avoient peu de confiance au comte de Jonzac. (La Rochep., Mém„ Guerre de Guienne.) — Leur espérance est aux troupes de Brandebourg, qui s'avancent, quoique lentement. (Pkllis. , LetL hist., 21 sept. 1674. ) — La reine entre dans ces plaisanteries ; mais cependant je n'ai point encore attrappé la confiance qu'elle avoit aux femmes de chambre piémontaises. (La princesse des Ursins, Leit, à ta maréchale de Nouilles , 12 nov. 1701.)
— A, par :
Par votre ordre on la quitte, et cet ami fidèle
Mo pourroit au môme ordre abandonner comme elle. {Sophon,, v, 6.)
— c'est a (un substantif), a, (un infinitif). C'est à... qu'il appartient :
C'est aux commencemens des foibles passions
A s'amuser encore aux protestations. {L'illus, Coni., ii, 6.)
Cestaux courages bas, c'est aux amans vulgaires,
A faire agir pour eux. rautorité des pères,
SoufTrez à mon amour des chemins différens. lAndrom., iv, 1.)
— A, employé d'une manière explétive avec un pronom personnel se rapportant à un substantif déjà déterminé par un pronom possessif :
Tous mes sens à moi-même en sont encore cbaimés. {Le Cid, i, 1.)
— A MOI, pour me datif :
Qu'il entre. A quel dessein vient-il parler à moi.
Lui que je ne vois point, qu'à peine je connoi? [Héracl.^ ii, 4.)
« Parler à moi, » observe Voltaire, ne se dit point; il faut « me parler. » On peut dire en reproche : — Parlez ù moi ; oubliezvous que vous parlez à moi? »
La remarque était bonne pour le temps de Voltaire, elle le serait de même pour le nôtre ; mais Corneille parlait la langue de son temps dans le vers plus haut cité, de même que dans les suivants :
Va, bienheureux amant, cajoler ta maîtresse,
A cet objet si cher tu dois tous tes discours ;
Parler encore à moi, c'est trahir tes amours. (Jlf^., v, 6.)
De même lui, que nous employons au datif pour le masculin et le féminin, était souvent, au dix-septième siècle, remplacé par ci /mi, à elle y qui permettent de distinguer les genres. Cette forme se rencontre plusieurs fois chez Corneille, et se retrouve jusque postérieurement au dix-septième siècle :
Un acteur occupant une fois le théâtre, aucun n'y doit entrer qu'il n'ait sujet de parler à lui. ( Trois, Disc. ) — Celte prière et cette sortie , Simon et Chrêmes qui demeurent sur le théâtre, ne disent que chacun un vers, qui ne saurait donner tout au plus à Pamphile que le loisir de demander oq est Critoo, et non pas de parier à lui, et lui dire les raisons qui.... ( Ibid. ) — Rodogune, dans le premier acte, vient trouver Laonice, qu'elle devrait mander pour parler à elle. ( Ibid. ) — ALGiPPK sortant de chez Clarisse, et parlant à elle, [Le Ment., v, 7.) Devant son huys je me pourmaine Soubz l'espoir de parler à elle. (Roc. de Coll., le Monot, à» MtUu.\
Venez avec moi, je vous ferai parler à elle» (Mol., G. Dandin, il, 6. ) --r A • détermina à ne se point faire connottre à Zayde, et à suivre sa bftrqiM JMIÉpI^ au pjrt. Il espéra y trouver quelque moyen de parler à elle en p»rticiMl£ (M"« DB La Fayettk, Zayde, i.)— Bussy remarqua avec soin tout ce que faisoitteë«e« ; à qui la reine avoit fait signe de venir parler o elle, (M"* de Yillsd., .«Émoifré^ dei grands hommes, Bussy d'Amboise, i.) — 11 vit Madame la priocesse« mais M * fut de loin et sans parler à elle. (Malh., Lett., à Peiresc, 17 juijl. ItMij'— Je demandai qu'on me fit parler à lut. (Prbv., Mém. d'un homme dêqual.^ if.|
ABAISSKMENT. — AJUNDUiNNEU. 13
On avait aussi la liberté de dire à eux [)our leur, régime indirect :
Dans Tordre commun, il est quelquefois de la bienséance que ceux qui occupent le théâtre aillent trouver ceux qui sont dans le cabinet pour parler à eux. [Troie. Dite.)
ABAISSEMENT, action de se laisser aller à quelque chose de rabaissé :
Le trop d'abaitsemem vers les objets sensibles. {Imit., m, 31 }
De même avec « ;
Ce lâche abaissement aux douceurs temporelles
Que le siècle fait trop goûter,
Sert d'un grand obstacle à monter Dans ce palais de gloire où sont les éternelles. [lùid., m, 16.)
— l'abaissement des ctEi'RS, l'humiliation des cœurs :
Et jamais leur courroux ne montre de rigueurs
Que n'abatte aussitôt labaiuemeni des cœurs. {Androm., iv. G )
— ABAISSEMENT, avcc le pluri( 1 :
Et la mort, ou l'exil, ou les abaissements.
Seront pour vous et moi ses vrais remerctments. (Oihon, ii, 4.)
ABAISSER SA COLÈRE , expression créée pour signifier la modérer :
Je trouve en son chagrin moins d'animosité;
De moment en moment son âme plus humaine
Abaisse sa colère et rabat de sa haine. {Méd.» m, 1.)
— ABAISSER (s*) A, suivi d'uu infinitif:
Nous ne demandons point qu'un courage si fort
S'abaisse à notre exemple à se plaindre du sort. {Hor., m, 5 )
ABANDON , METTRE SA TÈTE A l'abandon, la livrer :
Non, non, vous ne voyez en moi qu'un criminel.
A qui l'âpre rigueur d'un remords éternel
Bend le jour odieux, et fait naître l'envie
D« sortir de sa gène en sortant de la vie.
Il vkot meure à vos pieds sa tête à C abandon. {Mélile, v, (I.)
"ABANDONNER, donner légèrement, témérairement :
Et n'abandonner pas aux rapports qu'on vient faire
Uueindiscréle foi. {Imit., ni, 45.)
^ ABANDOiNiNER A, laisscr d là liberté, au jugement de :
mm règles n'ont aucune exception, et j'ai abandonné en ce» leoconties le choix
n ABANDONNER. — ABIMER.
des caractères à l'iniprimcur, pour se servir du grand ou du pclîl, selon qu'ils se sont le mieux accommodez avec les lettres qui les joignent. (Préf. de : Le Théâtre de P. Corn., édit. de 1682.)
— ABANDONNER (s') A, suivi cVuii iiifiiiitif, se laisser aller à :
La nature en iuTenT s* abandonne à tout faire. {Tiie ti Bérénire, iv, 5.)
— ABANDONNÉ DK, privé de :
Qu'au milieu de toutes mes peines
Ce me soit un soulagement
D'être abandonné pleinement
Des consolations humaines. (Imit., m, 10.)
On trouve de même activement, abandonner de, priver de,
cesser d* accorder :
ê Comme un navire en pleine mer, que les vents abandonnent de leur secours. (Mont., Essais, ii, 12. ) — Sera-t-il dit qu'ils seront venus à notre unité y chercher leurs véritables frères dans les véritables enfants de rËglise, pour être abandonnés de leur secours? (Boss., Trois, serm. sur VKxalt. de la croix. H.)
ABATTEMENT, avec le pluriel :
Où la santé manque de cœur,
La maladie est impuissante.
Ses abattements, ses douceurs,
Rendent fort peu d'hommes meilleurs. {imU», i, 33.)
On trouve de même chez des prosateurs de nos jours :
Lord Byron chevauchait le long de ce rivage solitaire : quels étaient ses peusers et ses chants, ses abattements e\ ses espérances? (Chat., Litt. angL, 5* p.) Les affections légitimes..., comme toute chose en ce monde, ont leurs fatigues et leurs abattements. (L. Vedillot, Petite Philos. )
ABATTRE (S'), être abattu :
Si dessous sa valeur ce grand guerrier s'abat,
Je puis en faire cas, je puis l'aimer sans honte. {U Cid^ ii, A )
ABATTU, bas :
Un homme dont les biens font toutes les vertus.
Ne peut être estimé que des cœurs abattus. {MéL, iv, 1.)
Pison a Tàme simple et l'esprit abattu. {Othon. ii , 4.)
On peut même penser que la crainte de ces influences imaginaires, quieffraîMii encore présentement lés astrologues et les esprits foibles, est une espèce d'adoration qu'une imagination abattue rend à l'idée de grandeur, et qui représente les corps célestes. (Malkbr., Rech, de ta vérité, vu.)
ABIMER DANS, au propre et au figuré, plonger dans :
Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté
Que pour les ablmêr dans plus d'obscurité. [Uor., lit, 1.)
ABIMEU. — AHJET. 15
Dans létal déplorable Où rnabhne du sort la haine impitoyable. tPerihar., iv, 5.)
Otez-lui Rodelinde , et c'est assez pour moi, Faites qu'elle aime ailleurs, et punissez son crime, Par ce désespoir même où son change m*abime. {ibiU,, ii, 1.)
Banni dans les enfers, il y veut abîmer Ceiix dont sa place au ciel doit être la conquête.
[Œuv, div.. Louange de U Vierge.) Le spectateur peut concevoir avec facilité que si un roi, pour trop s'abandonner à l'ambition, à l'amour, à la haine, à la vengeance, tombe dans un malheur si grand qu'il lui fait pitié, à pins forte raison, lui qui n'est qu'un homme du commun, doit tenir la bride à de telles passions, do peur qu'elles ne Vabhneni dans un pareil malheur. {Deujc. Disc.)
On a dit comme Corneille :
Une secrète jalousie, dont je ne pouvais me rendre le maître, dévorait mon âme et m'abhnait dans la tristesse. (M"" Dauln., Warw,, m.)
On trouve de même, abîmer en :
Ton courroux, qui m'abtme en des lieux ténébreux»
Ne présente à mes sens que des objets affreux. (Ragan, Ps. lxxxvii.)
— ABIMER DANS l'esclavage, comme (m dit abîmé dans le luxe, dans la débauche, dans les pleurs, etc. :
Tandis qu'en Ceselavage un autre hymen l'aMme* [Sert,, i, 3.)
Expression créée qu*il faut louer Corneille d* avoir su trouver, et blâmer Voltaire d'avoir critiquée.
ABJET, pour abjeci :
Un aveu si public qu'en feroit ma colère,
Enfleroit trop l'orgueil de ton âme légère.
Et me convaincroit trop de co désir abjei
Qui me fait soupirer pour un indigne objet. {MéL, ii, 3.)
Ma bouillante fureur ne cherche qu'un objet ,
Vas, tu l'attirerois sur un sang trop objet. {GaL du Pal., iv, 4.)
Et dans les plus bas rangs les noms les plus objets
Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets. {Cin., iv, 3.)
Et ne prendra jamais uh cœur assez objet
Pour se laisser réduire à l'hymen d'un sujet. {Piicom.y 1. 1.)
Dis tout, Araspe, dis que le nom de sujet
Réduit toute leur gloire en un rang trop objet. {Ibid,, ii, 1.)
Et vit en Gundebert un cœur assez objet
Pour ne mériter pas son frère pour sujet. {Perthar., i, 1.)
En Perse il n'est point de sujets,
Ce ne sont qu'esclaves objets. {Âgés., ii, 1.)
Je me suis ravalé jusqu'au rang d'un coupable,
Jusqu'à l'ordre le plus objet» (fmiV., m, 13.)
Corneille, en écrivant abjet ^o\xv abject, et le faisant rimer avec
16 ABJET. — AHUl.
objet, pmjet et sujet, employait une tonne usitét» de son temps, même dans la prose :
Le commencement des autres arts est bas et abjei^ aussi bien que leur exercice; cehiy-cy est iHustre, et commence par l'amitié. (Perrot d'Abl. , trad. de Lucien, le Parasite.)
En poésie, les exejiiples sont très-nombreux ; nous nous contenterons d*en citer un :
Le malheureux cousleau d'un traistre. son sujet, De qui rien ne sembloit plus vil ni pins objet. L'a dépouillé de vie en sa chambre royale. Presque devant les yeux de sa garde loyale.
(J. Bbrt., CompU ou Disc, fun.)
On disait de même infet ou infatt, pour infect :
Par ne sçay quel malheur, sortit d'un buisson vert.
Contre le pied de celle à qui je fay service.
Pour la blesser à mort de son venin ittfait ;
Et lors je m'escriay, pensant qu'il nous eust fait,
Moy un second Orphée, et elle une Eurydice. (Rons., Amours, i, lxxvii.)
ABOI. Corneille offre plusieurs emplois figurés très-remarquables de ce terme au pluriel.
Ah ! ce cruel discours me réduit aux abois. [Place Hoy., m, 6.)
L'hymen (ah! ce mot seul me réduit aux abois! j
D'un amant odieux me va soumettre aux lois. {lùid., iv, 6 )
Ah, quel âpre tourment! Quels douloureux aboià!
Et que je sens de morts sans mourir une fois! (Méd., v, 4.)
Envers nos citoyens je sais quelle est ma faute.
Et leur rendrai bientôt tout ce que je leur ôtc :
Mais pardonne aux abois d'une vieille amitié
Oui ne peut expirer sans me faire pitié. (Cîm., m, ^i.)
Et je m'en souviendrois jfuqu'aujc derniers abois. {Théod., i, 3.)
A ce dernier moment la conscience presse;
Pour rendre compte aux dieux tout respect humain cesse;
Et ces esprits légers, approchant des abois,
Pourroient bien se dédire une seconde fois. (Nicom., w, 2 )
Tous ces mourants. Madame, à qui déjà la pesie
Ne laissoit qu'un soupir, un seul moment de reslc,
En cet heureux moment rappelés des abois,
Kendent grâces au ciel d'une commune \oix. ((JfeVi., v, 2.)
Unissons ma vengeance à votre politique,
Pour sauver des abois toute la république. (Serf., i, 3 )
De sa haine aux abois la fierlé se redouble. (Sophon,, v, 7.)
Corneille dit aussi mettre aux nfjuts , en parlant d*un ennemi terrassé :
Au lieu mOmo, nu temps même, attaqué seul par trois,
J'en laissai deux saus \ic, et mis l'aulrc aux abois, \ŒU , i, (> )