‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 334 sur 366 · ILLUSTRE. — IMBECILE · texte numérisé non relu

ILLUSTRE. — IMBECILE

Chacun fait ici-bas la figure qu'il peut.

Ma tante; et bel esprit^ il ne Test pas gui veut.

(Mol., Les Femm. sav., m, i.] Il ne se porte héritier qui ne veut. {Cousi. de la prev, et vie. de Paris , 1668, art. 816.)

ILLUSTRE, appliqué à soupir :

Corneille, après avoir raconté comment Pompée venait d'être assassiné, sans avoir fait paraître ni faiblesse ni frayeur, termine ainsi son récit :

Et son dernier soupir est un soupir illustre.

Qui, de cette grande âme achevant les destins,

Ëtale tout Pompée aux yeux des assassins. {Pomp,, ii, i.)

Voltaire dit dans son Commentaire :

« Le mot illustre ne peut convenir à un soupir. De plus, un soupir n'est-il pas une espèce de gémissement? Achorée vient de dire que Pompée n'a pousse aucun gémissement. Et comment un soupir peut-il étaler tout Pompée? Corneille a voulu traduire le seque probat moriens de Lucain. Il prouve en mourant qu'il csi Pompée. Ce peu de mots est vrai, simple et noble, mais un soupir illustre n'e^t pas tolérable. »

Le célèbre écrivain commet ici plusieurs méprises qui uni droit d'étonner. Il paraît ignorer ce que signifie en poésie Texpression de dernier soupir, et il la confond avec le gémissement. Son dernier soupir est un soupir illustrej veut dire : Son dernier moment, sa mort, fut illustre comme sa vie; et l'expression est juste autant qu'elle est forte.

IMBÉCILE, faible, suivant Tétymologie latine :

Le sang a peu de droits dans le sexe imbécile,

Mais c'est un grand prétexte à troubler une ville. (Cffd., i, 4.)

Le célèbre commentateur de Corneille trouve fort impertinent le premier de ces vers, et s'écrie :

« Que veut dire, le sang a peu de droits dans le sexe imbécile? C'est une injure très-déplaccc et très-grossière fort mal exprimée. L'auteur entend-il que les femmes ont peu de droits au trône? entend-il que le sang a peu de pouvoir sur leurs cœurs? »

Que cette phrase laisse à désirer sous le rapport de la jclarté, on peut facilement l'admettre; mais assurément Voltaire n'a voulu que plaisanter en prétendant voir une injure très-déplacée et très-grossière dans l'expression le sexe imbécile. Les auteurs les plus graves, et qui avaient le moins coutume d'user de

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