INGRAT. — INIMITIÉ
on ne peut faire un substantif de paraître , pour régir eût hasardé. »
On devait simplement y voir un latinisme , comme dans cet autre vers de la môme pièce :
lu opposer seul à tous serait trop d'injastice. (Le Cid, tr, 5.)
INGRAT A , comme ingrat envers :
Il croyoit que le roi, touché de ses misères,
Par un beau sentiment d'honneur et de devoir,
Avec toute sa cour le venoit recevoir;
Mais voyant que ce prince, inçrat à ses mérites,
N'envoyoit qu'un esquif rempli de satellites... (PoMp., ii, 9.)
A moins que d'être ingrate à mon libérateur. {Androm., v, 1)
Voltaire n'approuve pas cette locution , et déclare qu'il faut dire « ingrat envers quelqu'un , et non pas, ingrat à quelqu'un. »
L'abbé d'Olivet, s' autorisant du sentiment de Patni, fit la
même critique à propos de ces vers de la Bérénice de Racine :
... Ces mêmes dignités Ont rendu Bérénice ingrate à vos bontés. (a. i, se. 3.^
« Yaugelas , dans une de ses Remarques [Item, glxvii), dit le sagace mais timide académicien, a écrit : Ingrat à la fortune i et Patru fait là-dessus une note où il témoigne i\\i ingrat à^ fm^Ê ingrat envers, lui paraît hardi. » (D'Olivet, Rem. mr Racine^ xtTU*
Palissot et Lepan obser>'ent que Voltaire lui-même , encoufâgr par l'exemple de Racine , de Boileau et de tous nos bons pof*tes,. a dit, dans la Mort de César (i, 4) : Ingrat à tes bontés^ ingrat a /« amour.
Ce n'étaient pas les poètes seuls qui parlaient ainsi; ingrat iJ
se disait dans le langage familier comme dans le style le plosl
relevé :
Elle me parut si triste et si tendre à mon départ que j'eus au secret rtmarùt d'être ingrat à ses bontés. (M"* de Villed., Us Galanter. grenad., i.) — Si no«f avons été ingrats à ses faveurs. (Mass., Serm. pour le mère, de* Cend,, v.)
Cette forme est d'ailleurs très-ancienne dans la langue :
Plusieurs au prince sont ingratz.
(Gringorb, te Jeu du Prince des sotz, sottie.) Et tu es jâ ingrat à ton frére. {Le Violier des hist. rom.^ c. vii.)
INIMITIE, avec le plur., en parlant d'ime seule personne :
Si tu veux m'obliger par un dernier service,
Après les vains efTorts de mes inimitiés.
Sauve-moi de Taffront de tomber à leurs pieds. {Rodog,, v, 4.)