‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 351 sur 366 · INTÉRESSER · texte numérisé non relu

INTÉRESSER

Trattre, si tu n'éiois de son inMigence,

Pourroit-il refuser ta tête à sa vengeance. [Pcrih., v, 3.> Je vous le dis encor, redoutez ma vengeance.

Pour peu que vous soyez de son intelligence. {Oih., v, l.)

Je me tiendrai toujours de ton intelligence {ïmii., m, 7.)

C'est Virginie, elle est de notre intelligence, (TH.CoiiN.,£7nc., i, 1.)

La raison n*est jamais de leur intelligence» ( St-Amant. Êlég., Sur ce que Ton avait mal imprimé Ma Solitude.)

Op trouve d'une manière analogue, être de t intelligence y absohrinent :

Quelques coups qu'il entendit tirer dans sa cour lui firent juger que c'étoit à loi qu'on en vouloit, et que ses gardes étaient de VinUUigence. (Boss., Abrégé de rHUi. de Fr.)

— ÊTRE EN TROP D*INTELLI6ENGE AVEC :

Vous êtes avec elle en trop d^ intelligence.

Pour n'en avoir pas eu toute la confidence. [Stir,, ii, 3.)

— FAIRE DEUX PERSONNES D*INTELLIGSNGE A (UU infin.) .'

Et les aversions entre eux deux mutueltos

Les font d intelligence à se montrer rebelles. [HéracL, i, 1.)

INTÉRESSER, rendre intéressé,- avec un nom de chose :

Je fais tous ses plaisirs, j'ai toutes ses pensées, *

Sans que le moindre espoir les ait intéressées, {Œuv, div»)

— INTÉRESSER, avcc uu nom de personne pour sujet et un nom de chose pour régime, engager, exposer, compromettre, nuire à :

Si vous m'aimiez, seigneur, vous me deviez mieux croire.

Ne pas intéresser mon devoir et ma gloire. [Putch,, m, 3.)

On trouve dans la môme signification :

Elle avoit fait tout ce qu'il falloit pour augmenter la passion du roi, sans intirtêser sa vertu par les dernières complaisances. (Hamilt., Gram,^ c. vu.) ~ Pilate voit bien que cette accusation n'est que l'effet d'une émotion populaire ; mais il voit aussi qu'il a des intérêts à ménager dans le monde ; et il craint d't'yftèreuer sa fortune, s'il rend justice à Jésus-Christ. (Mass., Serm, pour le vend, de la Pass.y II.) — Heureuse, qui se laisse aller à la tendresse de ses sentiments, sans intéresser la délicatesse de son choix, ni celle de sa conduite! (St-Ëvrbm., Idée de la femme. )—\\ est bien éloigné de penser, comme la plupait des hommes, qu'on peut, sans intéresser la probité, manquer à une feihme. (M"* de Tencin, SUge de Calais, 1.)

Et d'une manière analogue, avec un nom de chose pour sujet :

La science, qui gâte bien souvent le naturel, ne fait qu'embellir le sien : elle quitte ce qu'elle a d'obscur, de difficile, de rude, et lui apporte pleinement toni

ses avantages, sans intéresser la netteté et la politesse de son esprit. (St-Strem., Obierv. sur SalL et Tac.)

Et avec un nom de personne pour régime :

Vous seule, madame, êtes au-dessus des arts qui savent flatter et embellir Us n'ont jamais travaillé pour vous que malheureusement; jamaip Jiiat vous avoir beaucoup intéressée, et fait perdre autant d'avantages à une patmipa accomplie, qu'ils ont accoutumé d'en donner à celles qui ne le sont pas. fST-KTKKV., Caraet. de la comt» d'Olonne,)

— s'intéresser contre, prendre intérêt, prendre parti contre :

Je crains la violence, et non votre foiblesse,

Et si Rome une fois contre nous s'intéresse.,, (iyico«u»Jy6.)

Qu'ai-je fait, que le ciel contre moi s'intéresse

Jusqu'à faire descendre en terre une déesse? {La Toù. dor, v,6.}

— s'intéresser en, dans, comme s'intéresser à :

Yeux-tu faire d'un coup deux infidélités.

Et que dans mon offense Alidor Hntéressel {La Pt. R09 , n. 7]

Je ne serai pas seule, ainsi que moi Neptune

S'intéresse en ton infortune. {Attdrom., vr, &.)

Vous m'accablez en vain de soupirs, de tendresse. En vain mon triste cœur en vos maux s'intéresse. {Puhh., 1:1, 3.)

On a dit longtemps s'intéresser dans, en bien des cas où Ton dirait aujourd'hui s'intéresser à :

\\ s'intéresse dans ma conversation jusqu'au point de s'être commis lui-même avec le parti qui éloit le plus fort. (Retz, Mim., iy, 16&1.)

Votre amitié dans mon sort s'intéresse» (QuiN., Amu, ui.S.)

En vain, tout l'enfer s'intéresse Dans l'amour qui séduit un cœur si glorim. (Id., ibid., iv, 1.)

EUe s'intéressa avec beaucoup de bonté dait^Udoîdnrraippolyte. (M"«D'AuL., Hist.(tUyp.,u.)

On ne dit plus guère aujourd'hui ayeeçbmt, qoe s'intéresser dans une affaire, s'intéresser dans une guerre.

— ÊTRE INTÉRESSÉ EN, commc être intéressé à :

Mais ma gloire en leur perte est trop intéressée. {Pomp., iv, 9.)

INTÉRÊT. PRENDRE INTÉRÊT EN, commc prendre intérêt à, en parlant de personne ou de chose :

Je chéris tellement celles de votre sorte.

Et prends tant d'intérêt en ce qui leur importe.

Qu'aux pièces qu'on leur fait je ne puis consentir,

Ni même en rien savoir, sans les en avertir. {MéL, iv,'9.)

Leurs vers sont leurs combats, leur mort suit leurs paroles.

Et sans prendre intérêt en pas un de leurs rôles,

Le traître et le trahi» le mort et le vivant.

Se trouvent à la fin amis comme devant. [Llllus, com., y, 5.)

. Ce reste ù'iniérêi que je prends en sa vie Donne trop d'aigreur, prince, à votre jalousie. (La ToU. d'or, y, 1.)

Que vous daignez en moi prendre quelque iniérêi, (D. Sanc,, m, 1.)

Et 8*il ose en mon choix prendre quelque iniérêtt Meà^iiril en état d'en croire son arrêt? {TUe et Dér., iv, 5.)

Si j'ose en ce héros prendre quelque inlérii. Son sort est plus douteux que votre incertitude. {Sur,^ y, 1.)

On a dit longtemps prendre intérêt en, pour prendre intérêt à:

Je prens désormais assez d'inieresi en luy, pour estre fort ayse de ce qu'il est bon Juge de ces choses-là. (Voit., Leu,, cxcxii.) — Si tôt qu'il fut en état de sortir, il Tonlut aller rendre son premier hommage à -sa maîtresse, et la remercier de Vimérét qu'elle avoii pris en sa personne. (M" de Villed., Àlcid., 1" p., 1. 3.) — Elle n'eut pas le temps de lui on dire davantage, à cause de l'arrivée de madame, qui, commençant à prendre inlérii en Bussy, observoit jusqu a ses n^uindrés ac- ^ons. (Id., Amours desgr. homm.y Bussy, 1.)— Madame est la seule personne du monde en qui mon cœur prend iniérét. (Id., Journ, amour,, b^ p., 5« j.)

Et encore au dix-huitième siècle :

Tout ce que j'aurais dit n'aurait servi qu'à aigrir sa colère, et à lui découvrir Vintérêi que je prenais en vous. (Romagnesi et Procope, Les Fées^ m, 7.) — Je ▼oudrais, monsieur, entendre un peu plus clairement quel, est ce grand intérêt que vous dites prendre en moi. (J.-J. Rouss., Lelt,, à M. Dussaulx, 16 fév. 1771.)

— De même, prendre intérêt dans :

Et ce que dans sa perle elle prend d*intérêt

Ne sauroit sans désordre en attendre l'arrêt. [Sur,, iv, ii.)

On trouve de nombreux exemples de prendre intérêt dans , comme de prendre intérêt en :

Le roy se voyant chassé de ses Estats pria le pape Innocent lY de prendre inié-

rea dans son affaire, lui promettant de rendre son royaume tributaire de quatre

mil livres d'or marc starlin, si par ses excommunications ou autres voyes il chas-

soit les François d'Angleterre. (Rohan, Intérêts des Princes, 1666, p. 13.]

Ce n'est que damt ses jours que je prends intérêt.

Et vous ponves des miens user comme il vous plaît. (Quin., Astr,, y, 2,)

Il me seroit aisé de vous faire connottre que je ne prends aucun intérêt dans Elvire de Courdoue. (M»* de Villed., Journ, amour., b* p., l'«j.) —Il peut être Trai que vous me soupçonniez de prendre quelque intérêt dans le portrait de mademoiselle de Saint-Vallier? (Id., ibid., V }.) — D'où vient que vous prenez tant d'intérêt dans sa personne? (Bouas., Ne pas croire ce qu'on voit, ii.)

De même qu'on disait prendre intérêt en, au lieu Apprendre intérêt à, on disait aussi autrefois :

PENSER EN , pour penser à, comme s'intéresser en, pour s'intéresser à :

Et soubz l'espoir qu'en voz grâces seray,

Penser en vons jamais ne cesseray Jusques au jour que vous verray en face.

(R. DE Coller., Épist., iz, à cert. dames.]

.Lors commença à penser en la beauUé de la dame. (J. D'Arras, Mélus., p. 18.) — Ah, ma tréschiere dame, je ne pense en nul cas deshoneste. (Id., t6ùf., p. 19.)

Au moins un jour pense en ma loyauté;

Ingrate alors (peut-estre) te diras. (Cl. Maeot, Ckans., xxii.)

Qui la nuit sans dormir sera,

Mais en ses amours pensera. (Id., Àdieu^ aux dames de la cour Ab^.)

Car il n'est jour qu'en vous autres ne pense,

(Id.« Epistre pour un geniilhom, de la cour.)

Tousjonrs il me ramentevoit

Qu'il pensoU en moy jours et nuitz. (£• Débai de deux dn—t.)

Dieu ne me soit jamais aydant, si je pensay de ma vie en ce, de qnoj wu mt blasmez et accusez. (Hbrberat des Essarts, Amadis des Gaules^ ii, 17, stfï, r.) —La royne, qui venoit à considérer les belles manières de faire et la boiiM'^lim de Constantin , en devint si fort amoureuse , que jour et nuict elle ne jMmft jamais qu'^ luy. (Lariv., FacéL nuicts de Strap,, it, 1.)— [Je pense en la peint où lors estoit Charles. (Lariv., Le Morfondu, i, 2.)

Je n'ay point d'yeux que pour voir ma rebelle,

Ny de désirs que pour la désirer.

Ny de soupirs que pour la soupirer,

Ny de pensers que pour penser en elle. (Gnr db Tours, Seim.)

Dis-lui toujours que je pense en elle.

En sa douceur, en sa beauté plus belle Que ce printemps, ces roses et ces lys.

;(J. DE La Taille, Sonn,^ Doax Botsignol, etc.]

Je me sens toute possédée de vous et m'oublie moy-mesme pour ne penser qu'en vous. (Fr. d'Amb., Les Neapol.y ii, 8.)

Bref, il ne pense en autre chose. (Bellbau, La Reconnue, u, 3.)

Un autre va conter ce qu'il avoit ouy respondre à une fille, qui ne pensoit pas en mal, à un eschoiier qui... (Bouch., Serées, m.) — Moy, respondis-je, vous estes une mocqueuse de dire que je fasse du mal à une personne en qui mesme je ne pense pas. (D'Urf^, Astrée j i, 6.) — Il n'y a rien qui soulage plus celuy qni aime bien que de penser en la personne aimée. (Id., iM., i, 11.)

Quelle présomption de croire que les dieux,

Qui là-haut sont ravis en la gloire des cieux,

Daignent penser en nous, qui ne sommes que terre! (Racan, Berg,, v, 3.)

Je vivr^y trop content an cachot le plus sombre.

Si parfois seulement je vois passer votre ombre.

Si je suis par un mot certain de votre foi,

Et si je puis penser que vous pensez en moi. (Righbubd, Mh-., m, 5.J

ACASTB. Il avoit le cœur grand, mais encor plus d'audace.

MiRAME. Contre ses ennemis ce défaut a sa gr&ce.

ACASTE. Et contre ses amis, puisqu'il pensoit en vous.

MIRAME. Ce grand cœur se sentoit, lorsqu'il pensoit en nous. (Id., ibid., i¥, 2.)

Je l'assuray qu'on penseroit en luy, pour le placer en quelque lieu, (Id., £€ff., an card. de La Valette, 16 ocl. 1636.)— Le seul moyen [que j'aye pour me garenlir de vous, est de ne point penser en vous. (Voit., Lew. aiiioifr.,xxxiv.}

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