JOLI. — JOUG
JOLI, se rapportant à un nom de chose, aimable, gai, spirituel :
Je meure, ton hamenr me semble si joUe,
Que tu me vas résoudre à faire une folie. [SuUe du Ment., i, 2.)
Tu le disois tantôt, chacun a sa folie.
Les uns Font importune, et la tienne est jolie. {Ibid., vr, l»]
Cet adjectif eut, dans les temps anciens de la langue, et garda au dix-septième siècle des nuances variées de signification qui s'éloignent assez de l'usage actuel, comme il apparaîtra suffisamment par les exemples suivants :
Sire, ne vous desplaise, se Dieu me puist sauver,
Pas ne lai fait por mal mais je ne puis durer
Tant ai le cuer joli, si vous seul demander
Dont veniez orains moult vous si tost aler. {Le Dit de ménage.)
Ne nulz homs n'a plus grant désir
D'estre jolis, gais, envoisiés,
Cantans, jouans, rians et liés
Com cilz qui aime... {Li Roum. dou chasiel. de Couci, v. 88ftl.)
Une des choses qui me touchent le plus est une conversation jolie et spiritaeUe« exempte de toutes sortes de médisances et de railleries piquantes. [Portr, de M^^* de La Trém. par elle-même.)— Une conversation jo/ie et spirituelle me touche extrêmement, pourvu que toute raillerie piquante en soit bannie, et qu'elle n'intéresse point ma réputation. [Portr. de laprinc. de Tarente.)-^e n'élois pas plus grand que cela, que je me signalois déjà par cent tours d'adresse jolis. (Mol., le* Fourb. de Scap., i, 2.) — Nér. Tel serait sage dans une condition médiocre, qpii devient insensé quand il est le maître du monde. Cal. Cette folie seroit bien jolie si elle n'avoit rien à craindre : mais les conjurations, les troubles, les remords, les embarras d'un grand empire gâtent le métier. (Fén., Dial. des morts, i, xLvi. Néron et Calig.)
Ce n'est pas ici le lieu d'indiquer toutes les significations curieuses du moi joli j qui se mettait atout, comme l'observe Bouhours [Doutes, p. 19), et dont le sens le plus remarquable est celui de distingué en toutes manières, appliqué à toutes sortes de personnes, qu'on trouve en particulier chez Bussy-Rabutin , chez M"« de Sévigné, chez Lesage, et jusque chez l'abbé Prévost, et dont Boursault a présenté tant de singuliers exemples dans sa piquante et instructive comédie des Mots à la mode (se. xv), et dans celle d'Ésope à la cour (iv, 3). Cette signification, nous apprend M. le comte Jorubert dans son savant Glossaire du centre de la France (2« supplément) , s'est conservée jusqu'à ce jour dans la Suisse française, spécialement à Lausanne.
JOUG. METTRE AU JOUG, commc mettre sous le joug:
Il falloit mettre au joug deux taureaux furieux. {Méd., ii, 2.)