BROUILLER
Je crains que vous n'ayez brouillé sa fantaisie ^ Et qa'il n'ait pris de vous un peu de jalousie, Vous voyant si couvent chez Constance.
(MoNTPL., La Femme juge et parliez i, 3.)
— BROUILLER LA CERVELLE , commc brouiUcr Tesprit ou la fantaisie; locution familière que Corneille emploie plusieurs fois dans ses comédies :
Mille soties frayeurs lui brouillent la cervelle. [Mél., i, 1.)
Vois-lu, je ne sais quoi me brouille la cervelle. {La PI. roy., m, 8.)
On a dit à peu près de même :
A votre fille, à vous il le rendoit suspect. Tandis qu'avec douceur contre vous et contre elle De mille faux soupçons il brouillait sa cervelle.
(J.-B. Uouss., U Flatt., v, 7 )
— SE BROUILLER, sc troublcr :
Cliton la vit pâmer, et se brouilla de sorte
Que, la voyant si pile, il la crut être morte. {Ittél.. v, 2.)
— SE BROUILLER L*ESPRiT, sc troublcr Tesprit :
Que nous aurions de paix et qu'elle seroil forte,
Si nous n'avions le cœur qu'à ce qui nous importe»
Et si nous n'aimions point à tious brouiller Cesprit
Ni de ce que l'on fait, ni de ce que l'on dit! (fmi7., i, 11.)
Non, non ; faisons toujours ce que le ciel prescrit.
Et d'aucun autre soin ne nous brouillons risprit. (Mol., Tart., iv, 1.)
— BROUILLER LA POPULACE , excitcr dcs troubles parmi la
populace :
Et ces discours en l'air que l'orgueil vous inspire,
Veulent persuader ce que vous n'osez dire,
Brouiller la populace^ et lui faire après vous
En un fourbe impudent respecter voirc époux. {Penh., m, 4.)
— SE BROUILLER AVEC SES BONS DESTINS, employé daus le style noble, comme on dit familièrement, se brouillei' avec quelqu'un :
Ne cherchons point, madame, à faire des mutins,
Et ne nous brouillons point avec nos bons destins. (Sert., iv, 2.)
— BROUILLER, daus le sens de griffonner, écrire, composer à la hâte :
Ma sœur, un mot d'avis sur un méchant sonnet,
Que je viens de brouiller dedans mon cabinet. [Mél., i:, 4 )
On a dit avec la même signification, avant Corneille :
Mais moi, qui suis coustumier, Brouiller mes vers à la mode