ACHEMINEMENT. — ACQUITTÉ. M
Vous me jouez, mon frère, assez accortemeni. (La SuUe du Ment,, iv, 2.)
Cet adverbe complétait utilement une série de mots encore en usage. On ne voit pas ce qui empôchei^it de reprendre des emplois comme ceux de Corneille , comme aussi ceux qui suivent :
Chantant accoriement mille chansons d'amour. {L Enfer de la mère Card.)
Les envieux ei les médisants cherchent des prétextes à leurs calomnies, et
sachant bien que leur crime est accompagné de bassesse, ils se déguisent accor-
tement, et tâchent de lui donner quelque couleur de justice. (Sénaolt, Traité de
rusage de* passions, 2« p., 5« Ir., 2» dise.)
ACHEMINEMENT, en terme d'art dramatique, pour signilier ce qui prépare à :
L'ordre de leur .naissance incertain, Rodogune prisonnière, quoiqu'elle ne vtnt jamais en Syrie, la haine de Cléopàtre pour elle, la proposition sanglante qu'elle fait à ses fils, celle que cette princesse est obligée de leur faire pour se garantir, l'inclination qu'elle a pour Antiochus, et la jalouse fureur de cette mère, qui se résout plutôt à perdre ses fils qu'à se voir sujette de sa rivale, ne sont que des embellissements de l'invenlion, et des acheminements vraisemblables à l'effet dénaturé que me présentoit l'histoire. (Préf. de Rodog,) — J'ai cru que, pourvu que nous conservassions les effets de Thistoire, tontes les circonstances , ou. comme je viens de les nommer, les acheminemems étoient en notre pouvoir. [Ibid.) — n n'y doit avoir qu'une action complète, qui laisse l'esprit de l'auditeur dans le calme, mais elle ne peut le devenir que par plusieurs autres imparfaites, qui lui servent A* acheminements, et tiennent cet auditeur dans une agréable snApension. [Trois, Disc)
ACFIEVER, employé d'une manière absolue, pour dire achever contre quelqu'un le crime commencé en la personne d'un autre :
Heureux, si sa fureur qui me prive de toi,
Se fait bientôt connottre en achevant sur moi. [Rodoy.y v, 4.)
Cette expression paraît manquer de clarté.
— ACHEVER ot'ELQij'l'N, pour signifier achever de \b reiidre passionnément amoureux :
Et la faveur du ciel vous a bien conservée,
Si ces derniers discours ne vous ont achevée. [La Suite du Ment,, ii, 3.)
ACONIT, pour poison^ en général.
Une seconde fois le triple chien Cerbère
Vomira Vaconit en voyant la lumière. [Mél,, iv, 9.)
ACQUITTÉ DE, qui a rempli. Acquitté d'une charge :
Non, seigneur, acquittés de la charge commise.
Vos veneurs ont conduit Pymante, et moi Dorise, ».
El je viens seulement prendre un ordre nouveau. [ClU,, v, r)
24 ADMTRER. — ADRESSE.
ADMIRER, s'étonner de :
l admire celte antipathie Qui vous l'a fait haïr avant que de le voir. [Atjfs.i i, I .)
Signification autrefois très-usuelle :
— ADMIRER, en parlant d'une chose odieuse :
L'un s'émeut de pitié, l'autre est saisi d'horreur.
L'autre d'un si grand zélé admire la fureur. {Hor., m, 3.)
Tandis qu'AchiHas même, épouvanté d'horreur.
De ces quatre enragés admire ta fureur, {Pomp,, ii, 2.)
ADORER, fig. et par extension, dans le sens de vénérer, révérer :
Aujourd'hui quelques-uns adorent celte régie, beaucoup la mc'prisent. {Clit., préface.)
J'en estime l'humeur, J'en aime te visage.
Mais, plus que tous les deux, y adore son message. {La Suite du Ment. , i, 3.)
Soupirer à ses pieds, pleurer à ses genoux,
Trembler devant sa haine, adorer son courroux. [Androm,, v, 1.)
yadoreccX orgueil, il est égal au mien,
Madame, et nos fiertés se ressemblent si bien,
Que.... {Attila, m, A.)
Cet emploi par extension était très-familier au dix-septième siècle :
Je n'empêche pas que ceux qui adorent toutes les pensées des anciens ne sauvent ce philosophe à la faveur de l'allégorie, ou de quelque autre figure. (Boss. , Fragm. sur div. mal. de contr,^ \" fragm.) — Nous adorons dans chaque partie de cetie Écriture une profondeur de sagesse, une étendue de lumière, une suite de vérit^és si bien soutenue, que.... ( Id., ibid.^ 5« fiagm.) — Si l'on n'a rien de plus précis pour expliquer les prophéties, il vaudroit mieux en adorer l'obscurité sainte, et respecter l'avenir que Dieu a mis en sa puissance. ( Id., Variât., xiii, 35.) — J'eslime, autant que personne, les anciens et leurs ouvrages, mais je ne les adore pas, et je ne suis point persuadé qu'on ne fasse plus rien qui en approche. (Perr., Purall. des auc. et des mod , 1'' dial.) ~ Donnivet, dont l'esprit trop vain ne savait |)as discerner la vérité d'avec les flatteries de ceux qui adoroicni sasupiémo faveui. (Mkz., Ilist. de Fr., I. vi.)
ADRESSE, marque qui sert à diriger, moyen qui aide à parvenir à un terme :
Ni ton savoir profond, ni l'ingrate sagesse
D'aucun autre savant Ne te peut vers le ciel faire une sûre adresse. {Imit., i, 7, édit. 1051.
On a dit dans le même sens :
l\ a tenu un chemin si peu battu dans la carrière de la véritable gloire, que je n'y trouve ni trace, ni adresse pour me guider. (Mascar., (irais, fun. de Tarenne t ii.)