‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 113 sur 342 · PORTRAIRE. — PORTRAIT · texte numérisé non relu

PORTRAIRE. — PORTRAIT

— La ville de Londres êe portait sans peine à faire des avances d'argeni. (Pblliss., Hiêt. de Louis XIV, ni.)

— SE PORTER, pour indiquer la manière dont vont les affaires de quelqu^un :

Ainsi de tous côtés primé par un rival,

Set affaires sans moi se porteraient fort mai. (La Veuve, u, 4.)

J'ay grand regret de ne vous avoir depesché pour Rome dès que je vous en pariay ; car mes affaires s'en /eussent mieulx portées, (Leu, miss* de Benri IV, t. iv, p. e07. à M. de Luxembourg, 24 juin 1596.)

PORTRAIRE, fig., peindre, tracer Timage, le portrait de :

Sou£fre-moi toutefois de t&cher à partraire

D'un roi tout merveilleux l'incomparable frère. (Us Vict. du roi en 1667.)

Sans te gêner l'idée après leur caractère,

Pour les bien exprimer; tu n'auras qu'à partraire* {La Pois, à Sa Peint.)

L'on diroit que les fleurs empruntent du soleil

Le gracieux émail de cet arc sans pareil,

Et qu'elles ont dessein d'en être les figures.

Et de partraire au vif toutes ses bigarrures,

Tant la vivacité des divers coloris

Forme naïvement les beautés de l'iris. {Poés, div.. Le Presb. d'Hénouv.)

— Part, passé, portrait :

Mais je reviens à vous, en qui je vois portraUs

De ses perfections les pins aimables traits. {La Faive, v, 7.)

L'emploi de ce participe passé, qui a tout à fait vieilli, était aussi heureux que celui de Tinfinitif :

Les rois ont, entre les grands et inestimables trésors que le ciel répand largement sur eux, les ^ives images du savoir pourtraicies du seul crayon de leur divinité dans l'&me. (Montaigne, Essais,)

PORTRAIT, subst., employé en parlant d*étres vivants en tant qu'images de leur père :

Souffre que mes enfants accompagnent ma fuite ; Que je t'admire encore en cbacun de leurs traits. Que je t'aime et te baise en ces petits portraits, {Méd., m, 3.)

— PORTRAIT, fig., représentation fidèle r

Le poème dramatique est une imitation, ou pour en mieux parler, un portrait des actions des hommes, et il est hors de doute que les portraits sont d'autant plus excellents qu'ils ressemblent mieux à l'original. {Trois, dise.)

— PORTRAIT, image, idée :

Souvenirs importuns d'une amante laissée.

Qui venez malgré moi remettre en ma pensétf

456 PORTÔAIT.

Un portrait qae j'en veux tellement effacer,

Qae le sommeil ait peine à me le retracer,

Hâtez-vons de sortir sans plus troubler ma joie. (Méi.f iii, 1.)

Laissez, mon cavalier, laissez aller Théante,

Il porte assez au cœur le portrait d'Amarante,

Je n'appréhende point qu'on l'en puisse effacer,

C'est au vôtre à présent que je le veux tracer. (La Suiv., i, 5.)

11 forme des desseins beaucoup plus relevés.

Et de plus beaux portraits en son cœur sont gravés. (laid., i. 8.)

Le traître n'eut jamais porté son cœur ailleurs ;

Puisqu'il m'étoit donné, je m'en fusse saisie.

Et, sans prendre conseil que de ma jalousie,

Puisqu'un autre portrait en efface le mien.

Cent coups auroient chassé ce voleur de mon bien. {La PL Hoy., ii, 3.)

Isabelle, toi seule, en réveillant ma flamme,

Dissipe ces terreurs et rassure mon âme,

Et sitôt que je pense à tes divins attraits,

Je vois évanouir ces infâmes portraiu. (VIUiu. eom., iv, 7.)

Thomas Corneille, imitant encore la langue de son illustre frère, a dit :

Dans les maux que pour moi chaque moment redouble

Pouvez-vous m'envier la douceur de ce trouble,

Et voir avec regret qu'outré de mille ennuis

Je règne en votre cœur autant que je le puis?

Puisqu'on va me l'ôter, laissez-y-moi, de grâce,

Jusqu'à ce dur moment occuper quelque place.

Ce portrait que l'amour y peut avoir tracé

En sera, s'il le faut, assez tôt effacé. (PyrrAact, i, S.)

On a dit de même, ou d'une manière analogue :

Quand je la vey, quand mon ame esperduë

En devint folle, et d'un si poignant trait

Le fier destin l'engrava dans mon &me,

Que, vif ne mort, jamais d'une autre dame

Empreint au cueur je n'aurai le portrait, (Bons., Amourt, i, 3.)

Amour coula ses beautez en mes veines.

Qu'autres plaisirs je ne sens que mes peines,

Ny autre bien qu'adorer son portrait. (Là,, ibid,^ i, 4. var. de Téd. posth.)

En te suivant je volerois aux cieux ;

Mais ce portrait qui nage dans mes yeux

Fraude tousjours ma joye entre-rompue. (Id., ibid., i, xxix.)

Toujours au cœur nous revient ce portrait.

Et mangré nous toujours nous accompaigne. (Id., ibid.^ i, cm.)

Devant les yeux nnict et jour me revient

Le saint pourtnùt de l'angelique face. (Id., iàiiL)

Alors que dans ton sein mon portrait fut tracé,

Le portrait de Tibère en fuUil effacé ? (Cyrano, Mort d*Agripp,, ii, 3.) JlaYoii beau deffendre à ma mémoire de m'entretenir de vous, beau commander à ma fantaisie de ne me représenter point vostre pouriroii. (Tbxoph., Epistre ^Aciéan à Dimu, ou le Ckatêêwr amottreux»)

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