‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 136 sur 342 · PROSTERNER · texte numérisé non relu

PROSTERNER

Bacan lai respondit que M. de Malherbe avoit usé de ce mot prospère en ces vers :

que nos fortunes prospères....

M. de Malherbe, qui estoit présent, lui dit assez brusquement : c Eh bien, mort Dieu ! si Je fais un p.., en voulez-vous faire on autre ? j^fRACAN, YietU Malh.)

Racan, plus tard, ne s*est pas llidt scrupule d*employcr encore prospère exactement comme Malherbe :

La fortune prospère Veut déjà me tourner le dos. [Piaum., xxx.)

Du reste, ce scrupule sur l'emploi de prospère dans le sens de finvorable, heureii^x, est étonnant; car cette signification est anoienne dans la langue et s'est maintenue sans interruption :

Un ywàXproiptre. (Lariy., le FidèU, i, 7.) — Je veux retenir cesie consolation de ne luy avoir jamais manqué de loyauté, tant en prospère comme en adverse fortune. (Id., ibid.)

Voici, bien avant Malherbe et Racan, l'expression de fortune prospère, et nous allons encore la rencontrer dans une tragédie du cardinal de Richelieu. '

Cestoit à la vérité une façon de traicter peu sortable pour donner prospère adleminement aux affaires. (Du Villars, Mém,, \u 1551.) Quant à moy, j'espère aujourdliuy Voir la fin de tout nostre ennuy :

Car ce mal-ci, comme j'espère,

Vous sera heureux et prospère. (Godard, Les Desguit., \\ 4.)

Dieu, le bon Dieu soit loué.

Qui m'a aujourd'huy envoyé

Une rencontre si prospère! (Id., ibid,, v, 5.)

Est-ce donc Âzamor? 6 fortune prospère!

11 servira lui-même à l'éclaircissement. (Richblibu, Miramey v, 4.)

Que Tancréde est heureux ! que ce jour m'est prospère!

(Voltaire, Tancréde^ m, 1.)

PROSTERNER, act., faire prosterner, jeter, mettre à terre :

Qu'une douleur sensible, un véritable ennui.

Un profond repentir le prosterne à ma face. {Imit., iv, 7.)

Exauce cette indice et vile créature,

Que prosterne à tes pieds un humble repentir. {Ibid., vf, 9.)

Oui, tandis que le roi va lui-même en personne

Jusqu'aux pieds de César prottemer sa couronne,

Cléopàtre s'enferme en son appartement.

Et, sans s'en émouvoir, attend son compliment. {Pomp., m, 1.)

Voltaire n*a pas senti la beauté de cette hardiesse. Il dit ennuyeusement :

« On ne prosterne point une couronne ; on se prosterne. On dépose une couronne ; on la dépose aux pieds, et non jusqu'aux pieds. >

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