‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 16 sur 342 · MAITRESSE · texte numérisé non relu

MAITRESSE

— LE GRAND MÂiTBK, pour désigner Dieu :

Qn'il falloit porter ma reeonooissance plus loin et appliquer toute Tardeur du géoie à quelque nouvel essai de ses forces qui n'eût point d'autre but que le service de ce grand maître et l'utilité du prochain. {!miL, Êp. an pape Alexand. YII.)

— LE GRAND MAITRE, Cil parlant du souverain :

Madame, en quelque rang que vous ayez pu nattre,

C'est beaucoup que d'avoir l'oreille du grand maitre. {Oth.y ii, 2.)

Le grand maitre a parlé; voudrez-vous Ten dédire,

Vous qu'on voit après lui le premier de l'empire? {ibid.t ii, 3.)

MAITRESSE, employé dans le style noble :

Si vos Romains ainsi choisissent des matiretsest

A vos derniers tribuns il faudra des princesses. (Sert»^ ii, 2 J

Voltaire trouve que ces vers, qui font partie de la déclaration d'amour la plus fière et la plus héroïque peut-être qu'une princesse ait jamais faite au théâtre, « sentent un peu trop le dialogue ^ la comédie; » et il avance que « le mot de maîtresse n'a jamais employé par Racine dans ses bonnes pièces. » Cependant dans la première scène de Mithridate^ on lit :

Ta sais coMbieB 4e fois ses jalouses tendresses Ont pris soia 4'assiirer la mort de ses maUreuet,

Dans cette même tragédie, à la cinquième scène du quatrième acte, Mithridate dit aussi :

J'ai beioia<r«s vengeur et non d'une maltreêu.

«^ ^ Dans Bajazet (a. i, s. 3], on trouve :

Parmi tant de beautés qui briguent leur tendresse, ^* Hs daignent quelquefois choisir une maUreue,

Et dans Britannicus [a. m, se. 4] :

Elle aura le pouvoir d'épouse et de maîtresse»

Vingt autres exemples pourraient être rapportés pour prouver que ce mot n'a pas été proscrit par Racine.

Corneille n'a pas fait scrupiile d'employer plusieurs fois de cette sorte le mot maîtresse; ainsi dans Polyeucte :

M'en croirez-vous, seigneur? ne la revoyez point;

Portez en lieu plus haut l'honneur de vos caresses.

Vous trouverez à Rome assez d'autres maitressett

Et dans ce haut degré de puissance et d'honneur,

Les plus grands y tiendront votre amour à bonheur. (a. ii, se. 1.)

Dans la première moitié du dix-huitième siècle , le mot maî-

as MAL.

tresse, même en prose, s'appliquait encore sans inconvenancç à une demoiselle honnête qu*on recherchait en mariage :

Je me garderai bien de lui dire que vous croyez faire votre cour à votre tiwfiresse en ia quittant , et lui faire voir par là que vous êtes capable d'aimer. iD'ÂGtTBSSEAU, Leti. inéd,, à M. L. Racine, 9 mars 1722.)

— FAIRE MAITRESSE, prendre une maîtresse :

... Et déjà vous avez fait maitresse?

DORANTS Si je n'en avois fait, j'aurois bien peu d'adresse,

Moi qui depuis un mois suis ici de retour. [Le Mem.^ \, 5.)

Si l'on me dédaigne, je laisse La cruelle avec son dédain, Sans que j'attende au lendemain , De /air« nouvelle mafiresse. (J)*\J^Fi, A$trée, i, l,)

— MAITRESSE, adj., avec un nom de chose, capitale, fondamentale :

Cet heureux poëme n'a si extraordinairement réussi que parce qu'on y voit les deux nuOtretses conditions (permettez-moi cette épithéte) que demande ce grand maître aux excellentes tragédies. {Le Ctd, avertissem.)

On trouve dans le même sens :

Telles gens veulent estre jugez en gros , par la maUreêse fin de nos actions. (Montaigne, £««., ii, 36.) — La maUresse pensée (d'un rondeau de Chapelle sur les Métamorphoies de Benserade) parott empruntée du Roman bourgeois de Furetière. {Ménagianaf u, 375.) — Ces deux maitresseê parties (le cœur et le cerveau) influent dans tout le corps. (Boss. , Connaits, de Dieu, c. ii.) — Soit que l'âme ait le cerveau entier immédiatement sous sa puissance , soit qu'elle y ait quelque matireete pièce par où elle continue les autres parties , comme un pilote conduit tout le vaisseau par le gouvernail, il est certain que le cerveau est son siège principal, et que c'est de là qu'elle préside à tous les mouvements do' corps. (Id., ibid,, c. m.) — La capacité principale et la qualité maHreste du président éUit pour les négociations. (Stb-Beuve , Causer., 15 mai 1854.)

MAL, adv. espoir mal conçu :

Quel espoir mal conçu te rapproche de moi ?

Aurois-je de l'amour pour qui n'a point de foi? {La PL Roy,, \, 7.)

— Corneille se sert très-souvent de mal devant un adjectif :

Cette réflexion, mal propre pour un père,

Consoleroit peut-être une douleur légère. {VIUus. eom., v, 5.)

Mais nous devons aux dieux demain un sacrifice,

Et nous aurions le ciel à nos vœux mal propice,

Si nos prêtres, avant que de sacrifier,

Ne trouvoient les moyens de le purifier. {Hor,, y, 3.)

Et nous parlons peut-être avec trop d'imprudence

Dans un lieu si mal propre à notre confidence. [Cin,, ii, 3.)

D'un bonheur si mal sûr \q ne suis point jaloux. {Tiie et Rér., i, 3.)

Et U vertu timide «tt mal propre à régner. {Perih., iv, 3.)

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