‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 15 sur 342 · LUI. — LUISANT · texte numérisé non relu

LUI. — LUISANT

LUI, se rapportant à un nom de chose :

Qai vous aima sans sceptre, et se fit votre appui,

Quand vous le recouvrez est bien digne de lui, (0. Sanche, 1. 1.)

C'est et d'elle et de lui (du trône] tenir bien peu de compte...

Que faire une révolte et si pleine et si prompte. [Rodog., m, 5.)

Quelque heureux que soient vos penchants, vous n'y entrerez jamais bien avant, tandis que vous ne ferez que vous prôter à euje,ei[es suivie. (Mass., Dise, sur les œuvr, de miser, y ii.)

— A LUI, A ELLE, pouF M, datif:

Un acteur occupant une fois le thé&tre, aucun n'y doit entrer qui n'ait sujet de parler à lui, [Trois, Dise.) — Simon et Chrêmes qui demeurent sur le théâtre ne disent que chacun un vers, qui ne sauroit donner tout au plus à Pamphile que le loisir de demander où est Criton, et non pas de parler à lui, et Ini dire les raisons qui... {Ibid.) ~ Rodogune vient trouver Laonice qu'elle devroit mander pour parler à elle. (Ibid,)

On a dit de même au dix-septième siècle, avant et après Corneille :

Tout à coup elle se leva, et sans parler d/uy partit pleine de dépit que quelqu'un l'osast aymer. (D'Urf^, Asirée, i, 3.) — Quand je la voyois, je prenois bien plaisir de parler à elle, (Id., ibid., i, 8.) — Venez avec moi, je vous ferai parler à elle, (Mol., George Dandin, ii, 6.) — H se détermina à ne se point faire connoltre à Zaïde , et à suivre sa barque jusques au port. Il espéra d'y trouver quelque moyen de parler à elle en particulier. (M"** db La Fatbtte, Zaidê,i.)

Et encore au dix-huitième siècle :

Je demandai qu'on me fit parler à /«t. (Prévost, Mém. tfun koéme de quai., l. u.)

Cette forme avait cela d'avantageux qu'elle permettait de distinguer les genres.

LUIRE, fig., comme briller :

Je vous crois, mais souvent Timour brûle sans luire,

Dans un profond secret il aime à se conduire. {Théod., ii, 4.)

LUISANT, adj., comme brillant :

Du ciel qui vient d'ouvrir ses luisantes barrières, D*où quelque déité vient, ce semble, ici-bas.

Terminer elle-même entre vous ces débats. {Androm,, i, 3.J

11 porte sur le front un luisant caractère

Qui parle malgré lui de tout ce qu'il veut taire. {D. Sanche, iv, 3.)

' Je sais qu'assez souvent ce sont de faux luisanu. (Imit., m, 92.

Jan, petit Jan, vien voir ce tant beau monde,

Ce ciel d'azur, ces estoilles luisantes,

Ce soleil d'or, cette grant terre ronde.

Cette ample mer, ces rivières bruyantes.

(Gh. Fontaine^ Chant sur la naissance de son acond fils.)

U LUIOERE. — MAGNAMME.

Pkv ib temps, la ciknt- An ««Itil : es: i^ViC, Xaîf 1B la rrronakiea phs 'k wif vl j^cr.

ÏP. KAmn:, r^u. dr it rie «de la wf, xoi.)

LUMIERE, fig. ATon K ui lumieu. an» de riDleUigaQce*

U !ul 4e Upradnof. U iatf ^ Ja tiwlit.-

11 iitf 4e la vîfWHT adrûie adtoM qwfiere. Oi^m. n. 4.)

— LiMiÊaE. édurcîsfiemcBt :

Je BU poûii fkit \k l'iwt qmi tobs pifs*: je Tû Ki(«e àe P&ns aïK use lettre fai ■! » «H^rift k amb de »» aatevr: il Fadresse à «a de ■» amis qui t.qs en leurra d'jnber ^^iu de têBÊÊi&t. Um. mpêà§f,)

Sîgnific^dioDs ordinaires au dùt-«eptièiDe siède.

— LCMiEiuE, vie :

... Li. Pai^ae k se m A lai coape la parole.

Sa fmm'ri t iéteifit, et SM iae s'ear^Ae. .Jteëtf., Tt^i)

MACHER A TiDE, se repaître de chimères, avec le nom de chose, eqcpérofief , pour sojel :

Celle lêfere aaiMce irritant les désirs ,

Fait qoe l'illuion d'antres meilleurs plaisirs

Vient la nail chalooiller ton espérance avide.

Mal satisfaite après de tant Mdc^<r à vide, ^MéL, a. i, se. dern., l'* éd.)

MACULE, tache, au seus moral :

ie sanraî eonserrer d'nne ime résolne

A ï'épota sans WÊoemU one épûose impoUne. ^Theod., m, S.)

A l'époque de Corneille, ce mot était réservé au langage de la théologie et de la dévotion, et ne s'employait que dans certaines locutions consacrées, comme Y Agneau sans macuie. Banni du style élevé, il était tombé dans le domaine du style comique. Scarron a dit :

Ainsi lorsque de sa maison Oreste eal vengé la wtûemU, Sut sa méra nn peu canicule. fir^le rrareifi, it.)

MAGNANIME, horreur .magnamme, horreur telle que doit la concevoir une grande âme :

i'aime miena, Flavîan, l'aimer qne Timmoler,

MAGNIFIER. — MAIN. io

£t De puis démentir cette horreur magnanime

Quen recevant le jour je conçus pour le crime. (IYm et Bir., ii, 1 .)

MAGNIFIER, exalter :

Aprii un li haut privilège Dont il platt au Seigneur de me gratifier, Je me dois tout entière k le magnifier. (Trad. du CmU de la Vierge.)

Remplissez de tant d'allégresse

Quiconque en vous s'est confié ;

Qu'il ait lieu de dire sans cesse :

Le Seigneur soit wuignifié, (Trad. du Ps. lxix.)

Ce verbe figure encore dans la dernière édition de TAcadémie avec la qualification de vieux. Il Tétait devenu dès le temps de Corneille ; témoin cette remarque de Vaugelas :

c Magnifier, Ce mot est excellent, et a une grande emphase pour exprimer une losange extraordinaire. M. CoëfTeteau en use souvent après Amyot et tous les anciens. £ncore tout de nouveau, un de nt)splus célèbres escrivains ne fait point do diAculté de s'en servir. Mais^ avec tout cela, il faut avouer qu'il vieillit, et qu'à moins que d'esire employé dans un grand ouvrage, il auroit de la peine à passer. ^ [Rem» czzui.)

Témoin aussi cette observation du P. Cbifflet :

« Magnifier est un mot des bons auteurs, et qu'il ne faut pas laisser perdre uy vieillir. > {Nouv. et par/, gramm. franc, , éd. 1706, p. 100.)

On trouve, avant comme après Corneille, d'heureux emplois de magnifier. Peut-être pourraient-ils encourager des écrivains de goût à s'en servir à l'occasion :

On magnifiait les anges outre mesure , en leur attribuant ce que la parole de Dieu ne porte point. (Calv., bmit. chrét. , i , 14.) — Là où les empereurs magnifièrent auparavant et Rome et l'Italie... (Paso., Rech., m, 4.) — S'il les exalte , ce n'est point tant eux qu'il exalte, que ses dous qu'il exalte en eux, qu'il couronne en eux, qu'il magnifie et qu'il canonise en eux. (Bouro. , Panég. de S, Franc, de Pttuk, II.)

De même avec le pronom personnel :

11 ae louoit et ma^^my^oif trop luy-mesme. (Amyot, Viesy Cicero.) — Charles-le- Cbanve voulut..., pour se magnifier en qualité d'empereur, faire tenir un concile fénéral. (Pasq., Rech., ui, 12.) — Elle rapporta uniquement à Dieu la gloire de ee qu'il avoit opéré en elle. Elle le magnifia; mais elle ne se magnifia point ellemême. (Mic, Coniin, des Ess.j Pens. sur les myst.)

BIAIN. LA MAIN A l'épée, pour répée à la main :

Votre rivai vous cherche, et, la main à fépée,

Tient demander raison de sa place usurpée. (.1/^/., v, 6.)

On trouve de même :

U repoQfte Hnsulte, et d'un air peu commun

Met la «oiR à Npée, et fait fuir Timportun. (T. Corn.» Ces, d^Àval., i, .)

On a dit d'une manière analogue :

La fureur me saisit, je mets la main aux armes. (Malh.. Stances,

Alcandre plaint la captivité de ta maîtresse.)

— FAIRE VENIR QUELQU'UN AUX MAINS, Ic forcer d'en venir aux mains, de se battre :

J'ai fait venir aux mains celui qu'on me préfère. {La Gai. du Pal., v, 4.)

— LA MAIN, pour signifier la personne :

Je vous le dis cncor, redoutez ma vengeance,

Pour peu que vous soyez de son intelligence.

On ne pardonne point en matière d'État.

Plus on chérit la main, plus on hait l'attentat. {Othon, v, 1.)

— DONNER LA MAIN, pour signifier épouser. — donner la main, par opposition au cœur :

Od prend soudain au mot les hommes de sa sorte, Et sans rien hasarder, à la moindre longueur,

On leur donne la main dés qu'ils offrent le cœur. {Mél.f ii, 4.)

Que c'est un sort cruel d'aimer par politique, Et que ses intérêts sont d'étranges malheurs.

S'ils font donner la main quand le cœur est ailleurs ! {Sert., i, 3.)

Adieu, donnez la main, mais gardez-moi le cœur. (Oth,, i, 4.)

— De même, dans des alliances différentes :

Et c'est faire un hommage et ridicule et vain,

De présenter le cœur et retirer la main, (La ToU. dor, m, 3.)

Vous êtes maître ici, commandez, disposez.

Et recevez enfin ma main si vous l'osez. (Sert,, v, 4.)

Seigneur, faites-moi grâce, épousez Sulpitie, Ou Camille, ou Sabine, et non pas Domitie.

Choisissez-en quelqu'une enfin dont le bonheur Ne m'ôte que la main, et me laisse le cœur.

TiTB. Domitie aisément souffriroit ce partage.

Ma main satisferoit l'orgueil de son courage, Et pour le cœur, à peine il vous sait en ces lieux. Qu'il revient tout entier faire hommage à vos yeux. (Tite et Bir,, ui. 5.) La main n'est pas le cœur. (Sur,, i, 3.)

— PRÊTER LA MAIN A QUELQU'UN, pour dire Tépouscr, au moins apparemment :

Prêtez-moi votre main, je vous donne l'empire. (Pulcli,, v, 3.)

Suivant Ménage, Corneille a emprunté des Espagnols et osé le premier en français cette expression, de même que celle de donner la mainj pour épouser. Le savant philologue s'en explique

ainsi, en combattant le P. Bouhours qui, dans ses Itemarques nouvelles sur la langue française, désapprouvait ces locutions :

« Les Espagnols disent darte las manoSt pour dire, se promettre mariage, se marier, s'épouser, parce que, dans la cérémonie des épousailles, les personnes qui se marient se donnent la main en signe de foi conjugale. M. Corneille a introduit dans nos poèmes dramatiques cette façon de parler, afin de diversifier, comme je lui ai ouï dire, les mots de mariage., de marier et à'ipousery qui se rencontrent souvent dans ces sortes de poëmes, et qui ne sont pas fort nobles. Comme M. Corneille est le prince des poètes dramatiques, il a été suivi en cela par tous nos autres poètes dramatiques : et il serait difficile de trouver une pièce de théâtre nouvelle où cette façon de parler ne fût pas employée. Le P. Bouhours, an lieu de louer M. Corneille de cette hardiesse, qui a réussi^ l'en a blâmé. Et comme il n'a point remarqué que cette phrase fût espagnole, ce qui était sans doute â remarquer Je conclus de là qu'il ne sait point l'espagnol. Voici les termes du P. Bouhours :

« Quelque mérite et quelque réputation qu*ayeni ces poètes, je ne puis m' empêcher et dire que donner la main en ce sens-là n'est pas une phrase bien française. Donner la main à une damo, e*est lui aider à marcher, ou à motuer en carrasse. Ainsi toutes Us amilhèêe9 ^ roulent sur le cœur et sur la main me paraissent fausses. Mais comme ces poites ëê.eoni persuadés que la main signifiait le mariage , ils ne se contentent pas de dire donner la main , ils disent prêter la main , en vouUmt parler dun mariage apparent :

Prêtez-moi votre mata, je vous donoe Tempire.

t On dit à un homme uhnt le secours nous est nécessaire pour nous venger par la plume ou par Fépée, prêtez-moi votre main , prêtez-moi votre bras ; mais sans cela je ne sais ce que signifie en notre langue prêtez-moi votre main : ei j'aimerais autant dire, prêtez-moi votre pied. »

Ménage ajoute un peu plus loin :

« Pour revenir à notre phrase de donner la main, en la signification de se promettre mariage, puisqu'elle est reçue parmi nous dans les pièces de théâtre, il est sans doute que M. Corneille a pu dire, comme il l'a dit dans sa Pulchérie, prêles-moi votre main, pour dire, faites semblant de m*épouser. Et j'ai ouï dire plus d'une fois à M. Corneille que ce vers :

Prêtez-moi TOtre main, je tous donne Pempire, était un des plus beaux qu'il eût jamais faits. Notre docteur, qui dit qu'il aimerait autant dire prêtez-moi votre pied , n'est pas en vérité un graid docteur. » {Observ, sur la langue franc,, 2* p., c. xlvi.)

— IL EST EN MA MAIN DE, suivi d*un infinitif, il est en mon pouvoir de :

Car vous aimez la gloire, et vous savez qu'un roi Ne vous en peut jamais assurer tant que moi : // est plus en ma main qu'en celle d'un monarque De vous faire égaler l'amante de Pétrarque ; Et mieux que tous les rois je puis faire douter De sa Laure, ou de vous, qui le doit emporter.

(OEuv. div. Sur le départ de M"" la marq. de B. A. T*.)

— A MAIN FORTE, la forcc en main, par la force, par la violence :

Mais on ouvre la porte.

C'est Doraste qui sort, et nous suit à main Jorte. {Ext PI, Roy., iv, 6.)

Avec trente soldats elle a saisi la porte,

Et tirant de ce lieu Théodore à main forte.,* (Thiod.y iv, 4.)

Le voici qa'Amintas vous amène à main forte. (Ilnd., vr, 5.)

Harcelle a fait armer Lycante et sa cohorte,

Mais sur elle et sur eux il va fondre à main forte. (Ilnd,^ v, 7.)

Le duc ayant appris quelles intelligences

Déroboient un tel fouibe à vos justes vengeances,

L'attendoit à main forte, et lui fermant le pas... [Perth., v, 4.)

On a dit exactement de même :

Gardez d'entrer par les murs, à main forte,

(Gring., Les folles Entrepr., bibl. elzév., p. 65.)

Soùs feinte de vouloir estre protecteur et garde des biens de ladicte Marie , sa parente et filleule, sous umbre d'amitié, et à main forte^ il prit en sa main tous lespaïs de Bourgongne. (Ouv. de La Marche, Mém., introd., ch. vi.)

Tout le peuple assemblé nous poursuite main /or/«. (Rac, Jndrom., v,5.)

Ou, si pour l'entraîner l'argent manque d'attraits,

Bientôt l'ambition et toute son escorte

Dans le sein du repos vient le prendre à main forte.

L'envoie en furieux, au milieu des hasards,

Se faire estropier sur les pas des Césars. (Boil., Sat., viii.)

Et d'autres sont bientôt arrivés sur ses pas.

Qui sur l'heure formant une nombreuse escorte.

Conduisent aux tribuns Manlius à main forte. (La Fossb, Jtfoyt/., v, 7.) U a trouvé à propos de signaler la puissance de son bras dans la conversion de Paul. Il s'est apparu à lui; il l'a renversé par terre; en un mot, il a conquis cette &me à main forte et à bras étendu. (Bayle, Comment, philos. , m, 9.)

On trouve d'une manière analogue à forte main :

Ne édifiez la haulte tour Babel

Pour assaillir le cïelàforte main, (Gring., Folles Entrepr., p. 30.)

n y en a qui par leurs fiers oultraiges

YeuUent avoir d'autruy les heritaiges,

Contre raison y vont à forte main, (Id., ibid., p. 24.)

De môme, par main forte :

Dites de quel côté vous prendrez à plaisir Que j'aille par main forte un empire choisir.

(J. DE ScHBL., Tyr et Sidon, 2* journ., v, 5.)

On trouve aussi avec main forte, employé au sens moral, pour signifier violemment, de haute lutte :

Tu ravis d'Apollon la lyre avec main foru.

{Sonnet de très-ill. princesse Anne de Rohan, A Prométhée sur son larcin, en tête des Trag. de d'Aub.)

Du reste, main forte s*est dit pour violence en général :

Le premier fut qui par guerre et main foru

A mis èoubz pied mon renom d'invincible. (J. Marot, Le Voy, de Gênes.)

Or je vay donc user d'une main forte

Pour vous avoir. (Rons., Amours, u, 65, Amourette.)

Pour autant que tous me cognoissent.

De crier et heurter ne cessent,

Usans quasi d'une mainjoru

Pour rompre et enfoncer ma porte,

Depuis quinze jours seulement

Qu'ils ont peu entendre le vent

De dame Agnès, qui est chez moy. (Grbvin, Les Esbahis, ni, 1.)

— EN MAIN. Heureuse alliance de mots, avoir la fourbe bien IN MAIN, fourber avec une extrême facilité :

C'est hien aimer la fourbe^ et l'avoir bien en maint

Que de prendre plaisir à fourber sans dessein. (Le Ment,, m, 8.)

— Dans un sens analogue :

Ayant si bien en main le festin et la guerre,

Yos gens en moins de rien courroient toute la terre. {Le Ment., i, 6.)

C'est-à-dire : parlant si aisément et avec tant d'à-propos de.

— je tiens le coup DANS MA MAIN, pour signifier je tiens la chose faite, je ne doute pas du succès de Tentreprise :

Adieu. Je Uens le coup, autant vaut, dans ma main, [La Veuve, n, 6.)

— LE SUCCÈS EST ENCORE EN MA MAIN, dépend cucorc dc moi :

Tandis que le succès est encore en ma main.

Si mon soupçon est vrai, je lui ferai connoltre

Que Je ne suis pas homme à seconder un traître. {La Veuve, iv, 6.)

On trouve d'une manière analogue avoir en sa main :

Une àme craintive , qui, commençant à s'éloigner de la loi de Dieu , n'a pas encore perdu la vue de ses jugements , se laisse emporter aux premiers péchés , eq>érant de s'en retirer quand elle voudra; et très-assurée, à ce qu'elle pense, d'avoir toujours en sa main sa conversion, elle croit en attendant qu'elle peut donner quelque chose à son humeur. (Boss., Prem, Serm, pour le jeudi de la Pass,)

Habituellement on dit en main, sans Tadjectif possessif.

— ÊTRE EN LA MAIN DE QUELQU'UN DE (uu infin.], être au pouvoir de quelqu'un de :

Quelle faveur du ciel voulez-vous que j'espère,

S't7 n*est pas en sa main de m'arréter au jour.

Sans faire soulever et l'honneur et l'amour? (CEd., m, 1.)

Mais t7 eu en ta main de le rendre impuissant. {Imit,, iv, 10.)

— CELA NE VIENT PAS DE MA MAIN, Cela ne vieut pas de moi :

Vous sortirez hientét, et peut-être demain.

Mais un si prompt secours ne vient pas de ma main,

Les amis de Philiste en ont trouvé la voie. {Suite du Ment., ni, 1.)

•9 MAISON. — xMAITRE.

— Avec un sens analogue, employé dans le style noble :

Elle aime don Rodrigue, et le lient de ma matti, 'Et par moi don Rodrigue a vaincu son dédain. {Le Cidy i, 2.)

— UN ÉPOUX DE LEUR MAIN, un époux qui est leur créature :

Choisissez de vous-même, et je ferme les yeux.

Que vos seules bontés de tout mon sort ordonnent,

Je me donne en aveugle à qui qu'elles me donnent.

Mais quand vous consultez Lacus et Martian,

Un époux de leur main me parott un tyran. [Oth.j m, 3.)

— A LA MAIN. Corneille dit, d'une manière très-particulière, y MON TRÉPAS A LA MAIN, pour Signifier, tenant ma mort dans ses ' mains : ^

M'enlever mes enfants, c'est m'arracher le cœur;

Et Jupiter tout prêt à m'écraser du foudre,

ilfon irépat à la motit, ne poarroit m'y résoudre. {Midie^ m, 3.)

-^ n dit encore, sa vengeance a la main, pour signifier tenant st vengeance dans ses mains : di

Sa vengeance à la main^ elle n'a qu'à résoudre,

Un mot du haut des cieux fait descendre le foudre. {Ibid,, m, 1.)

MAISON. ÊTRE DANS LA MAISON DU ROI, être en prison :

Je vous trouve, monsieur, dans la maison du roi!

Quel charme, quel désordre, ou quelle raillerie

Des prisons de Lyon fait votre hôtellerie? (Suiu du Mem., i» 1.)

— ÊTRE DE MAISON, être d'unc bonne famille :

Vous êtes, à vrai dire, un peu bien dégoûté; ^.«

Clarice est de maison, et n'est pas sans beauté. (Le Ment», m, 5*)f^,

A la fin du siècle, l'abus de cette locution la fit ranger parmi '^ les manières de parler affectées :

Gonuoissez-vous leurs biens, leurs emplois, leurs familles? M** JOSSB. Leurs familles? Eh fi! Perdez-vous la raison? Les vondrois-je souffrir s'ils n'itoieni de maùcn? Qui vous fait présumer en moi tant de foiblesse? Famille est bourgeoisie, et maison est noblesse. Je vous les garantis nobles ; c'est un grand point.

(BouHSAULT, Us Mou à la mode, m.)

MAITRE A, suivi d'un infinitif, qui excelle à :

Vous seriez un grand maître à faire des romans. {Le Ment., i, 5.)

Le P. Petau est un homme docte et en réputation de grand antiquaire , et qui

donne son témoignage après avoir exAminé les raisons et conna l'auteur du Ger-

simsme , l'abbé Caiétan , pour un fourbe et maître à faire des suppositions en

faveur dd son ordre. {Leu. au P. Bouiard, 33 avr. 1053.)

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