‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 172 sur 342 · REDUIRE · texte numérisé non relu

REDUIRE

— Corneille dit eDcore, avec une nuance différente, mais daos un sens analogue au fond :

Hélas I 81 ces honneurs dont vous comble la raiaft

hiduUem mon espoir en une attente vaine,

Si les nouveaux desseins que Yoas en concevei

Vous ont fait oublier ce que vous me devez. (|>. Sanebe, ii, 4.)

Réduire en, réduire dans, s'emploie en plusieurs acceptions qui ont de l'analogie arec celle que blâme Voltaire, et sont très-françaises, quoique omises par les dictionnaires. Ainsi, dans le sens de ramener à un certain état, à une certaine situation :

Cette femme affligée d'une longue infirmité, qui Vavoitréduite dont une extrême langueur... (Bodro., Serm. pour le zxiii' dim, de la Pem,^ Désir et dégoût de la sainte comm.) — La flotte danoise éioU réduite dam la dernière misère. (Ybitot, Révol. de Suède.) — La ville éioU réduite dans une grande misère à cause de h disette des vivres. (Fénelon, Les Yies des anciens pMlos,, Bias.) — Ma santS est toujours languissante, mon tempérament a toujours été assez délicat, l'âge et lei chagrins ne le fortifient pas ; c'est beaucoup que je ne sois pas réduite dans un lit, où, par la situation où je suis, je souffrirois beaucoup. (H** db Maintbicok, Isff., au duc de Noailles.)

Dans un sens analogue, réduire son ennemi dans les anciennes bornes, l'y ramener, l'y rejeter :

Il étoit bien résolu de ne point quitter l'Asie, qu'il n* eùl réduit son ennemi par la force des armes, ou par un traité, dans les anciennes bornes de ses £tats. (Yii- TOT, Révol. rom,, 1. x.)

Dans le même sens :

A l'égard des plébéiens qui, far leur débauche ou leur paresse, éloient tombés daos l'indigence, ils les réduisoient dans une classe inférieure. (Ybrtot, Révobu. rom.f 1. VI.) — Par la peur d'^re rayé de* sa classe, et réduit dans la dernière, ou du moins dans une des centuries moins honorables que la sienoe. (Id., ibid.)

— SE RÉDUIRE A, dcsccndre jusqu'à, se contentar de :

On s'étonne de voir qu'un homme tel qu'Othon,

Othon. dont les hauts faits soutiennent le grand nom.

Daigne d'un Vinius se réduire à la fille. {Othou, i, 1.)

— SE LAISSER RÉDUIRE. A l'hymen d'un SUJET, conscutir à l'humiliation d'épouser un sujet :

La reine d'Arménie Est due à l'héritier du roi de Bithynie, Et ne rendra jamais un cœur assez abjet Pour se laisser réduire à f hymen d'un sujet, {Ificom», i, 1.)

— BÉpuiT, part, passé, réduit entre, borné à l'enceiiite de :

Je vis voire royaume entre ces murs réduit, (Ijpi^g., u, 8.)

RÉFÉRER. — RBFUra. 269

— UN CCEUR RÉDUIT, UD CŒur humblement soumis :

Vivre en commanaaté sans querelle et sans brait» Porter jusqu'au trépas un cceur vraiment réduit.

C'est se rendre digne d'envie. {huit., i, 17.)

RÉFÉRER, rapporter, faire hommage :

L'une aime les honnenrs où le monde l'appelle.

Les reçoit avec joie, et court même au-devant :

L'autre m'en fai4 toujours un hommage fidèle,

Et sur ceux qu'on lui rend son zélé s'élevant

Me les rérere tous sans en vouloir pour elle. {imit», m, 54.)

On a dit dans ce môme sens, nullement particulier à Corneille :

Vous voulez bien que, suivant les sages maximes que vous m'avez données dans ma jeunesse, je ne me glorifie pas de la prospérité de mes armes et que je la réfire à Dieu. {Œuv, de Louii XIV t t. m, p. 414.)

Et dans un sens analogue, en parlant des afflictions :

Ainsi vous comprenez comment vous pouvez les référer à Dieu, en y reconnoissant la volonté de Dieu, et vous y appliquant par ce motif et en cette vue. (BoDRDALODB, ItutrucL sur la prud. du salut^ xiii.)

RBFLATTER, flatter à son tour':

Je flattois son image, elle me reflattoU^

Je lui Caisois des vœux, elle les acceptait. (C/ii., v, 4.)

REFUIR, dans le même sens, mais avec un degré d*éaergie de plus que fuir :

C'est de sa pleine grâce un sacré mo«veB#iit

Qui sur la chair fragile agit si puissamment, '

Que tout homme lui cède et se fait violence,

Que tout ce qu'il abhorre, et que ce qu'il refitU,

Sitôt que cette grâce entre dans la balance.

Devient tout ce qu'il aime et tout ce qu'il poursuit. {Imii., ii, 12.)

Vois arriver sans trouble et supporter sans bruit

Tout ce qu'obstinément la volonté re/uif. [Ibid.^ ii, 40.)

Et Ton s*avance mal, quand on refait ma table

Pour des empêchements que chaque jour produit. Ibid.y iv, 10.

C'est ainsi que la terre au retour du printemps

Des grâces du soleil se défend quelque temps,

De ses premiers rayons refuit les avantages,

Et pour les repousser élève cent nuages. {Sur letvicL du rot, en 1667.)

Corneille a employé aussi ce verbe absolument :

Mais il y faut venir : c'est en vain qu'on recule,

C'est en vain qu'on refuU, tôt ou tard on s'y brùle ;

Pour libertin qu'on soit, on s'y trouve attrapé. (MéL, i, 1

Il est. curieux de remarquer que Corneille a emprunté Ye\

260 REFUITE. — REFUS.

pression de refuir à flntemelle consolation, cette première traduction en français, ou ce texte original de rimitation de Jésus- Christ, Qu'on remarque la frappante ressemblance du passage de Corneille : C'est de sa pleine grâce, etc., avec celui-ci de Gerson, Tauteur probable de flntemelle consolation :

Et ceey n'est pas la force et vertu de l'homme, mais la grâce de Diea, qui Iny donne si grant force qu'il puisse en la chair et fresle corps faire si grans merveilles que ce que naturellement il refuyt et a horreur, pnr force et ferveur d'espérit il ayme, et si ardamment entreprent. {Inlemelle consolacion, i, I5t.)

Refuir se rencontre encore dans d'autres auteurs :

Mon ame de sa complexion refuii la menterie. (Montaigne, £<i., ii, 17.)

REFUITE, fig., fuite, échappatoire:

Oui, sur votre visage, et non en vos paroles.

Mais cessez de chercher ces refuitei frivoles. (MH,, i» 1)

Cette expression s'emploie par allusion aux ruses d'une bète qu'on chasse. On a dit dans le même sens :

Nous sortîmes donc en cachette, Créiqui et moi, qui me mena derrière le fMbourg Saint-Germain, et puis alla quérir le marquis ; mais il fit tant de refwàn que Cramall, qui parloit à Créqui de sa part, car il ne lui voulut jamais parier lui-même, l'entretint d'excuses jusqu'au soir. (Bassomp., JtfiAn., l** part.) — La chicane, maîtresse des cavillations, et féconde en refuiiei, vent être forcée dans ses retranchements. (Saint-Simon, Mém„ t. vi, ch.31.) —Je demeurai donc ferme dans mes compliments et mes refaites, (Id., ibid,^ t. m, ch. 27.) -• Madame U duchesse du Maine ne prit pas le change. Accoutumée à ses refuùes, elle le suivit jusqu'à ce qu'elle l'eût atteint. (M** db Staal, Mém.,X. m.)

On a dit anciennement dans un sens analogue, dans celui de moyen pour se garantir de, pour fuir :

S'est moult bien gorrez a nature De refuites por la froidure, S'a de rapine et d'avarice Chape forrée de malice.

{FabL fiM., n* 7218, ^ 224, v*. col. 2. Cité par Sainte-Paiaye.)

REFUS, objet du refus :

Je pense mieux valoir que le refus d'une autre. {La GaL du Pal,, m, 5.)

Ërixe, ma captive, Ërixe, cette reine

Qui des Gétuliens naquit la souveraine,

Eut aussi bien que moi des yeux pour ses vertus,

Et trouva de la gloire à choisir mon refus, (Sopkon.t i, 2.)

Est-ce vous offenser que m'off^ir vos refus,

Et vous doit-il un cœur dont vous ne voulez plus? {TUtM Bér., m, 2.)

Elle a trop d'un amant, et si sa flamme heureuse ^fp^

Me renvoycitceiiii dont elle ne veut plus, «j|^ ^

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