ROIDIR. — ROMPRE
— CCBUR DE ROCHER, comme on dit ccBurde roche :
Parler de rhyméoée à ce cœur de rocher^
C'est rnniqne moyen de n'en plus approcher. {Mil., i, 1.)
J'aurois touché plutôt un cœur tout de rocher. {Tkéod,, m, 8.)
Qui east veu cette belle et jeune bergère toute eschevelée, et à moitié vestiM, fondre en larmes, sur le visage de Tbamire, lorsque peu à peu il alloit défaillant entre ses bras, et n'eust esté touché de pitié, eust eu sans doute une dme on un cœur de rocher. (D'Urpb, tAstrée, ii, 11.)
Ne vous fiez jamais à ces cœurs de rocher^ Qu'il semble que l'amour n'oseroil approcher.
(M"* DE YiLLED., Le Favori, iv, 5.)
— AVOIR LE COBUR FAIT d'uN ROCHER I
Théante, ou permets-moi de n'en plus approcher, On songe que mon cœur n'est pas fait d'un rocher; Tant de charmes enfin me rendroient infidèle. {La Suiv., i, S.)
ROIDIR, fig. ROIDIR SA PUISSANCE, la déployer avec sévérité :
Sous ombre qu'il prenoit un peu trop de licence,
Contre ses libertés Je roj/iis ma puissance. {Ulltus, eom,, i, 1.)
ROMPRE, V. a. , pour faire rompre :
Hélas! je ne craignois que tes beautés de Grèce,
Et je vois qu'une Scythe a rompu ta promesse. [La Tois. dCor^ m, 3.)
— ROMPRE quelqu'un, comme Vinterrompre :
Tu n'es pas supportable De me rompre si tôt. {Méi, ii, 4.)
— ROMPRE, empêcher d'avoir lieu, prévenir :
Seigneur, votre retour, loin de rompre ses coups ^
Vous expose vous-même, et m'expose après vous. {Nieom,, i, 1.)
« Ou ne rompt pas plus des coups que des spectacles, » dit Voltaire.
On verra tout à l'heure l'emploi de rompre des spectacles.
Et pour rompre le coup que mon cœur n'ose attendre. {Bodog., i, 2.)
€ J'ai déjà remarqué, dit encore le commentateur, qu'on ne ■ompt point un coup; on le pare, on le détourne, on l'affaiblit, ^n le repousse; de plus, on prononce ces mots comme « rompre ^ cou; » il faut éviter cette équivoque. Si l'expression c rompre ^^^ coup » est prise des jeux, comme, par exemple, du jeu de *é«, où l'on dit, « rompre le coup, quand on arrête les dés de son adversaire, cette figure alors est indigne du style noble. »
On est étonné que Voltaire soit en doute sur rorigine de Fexpression rompre un coup : elle est prise du jeu de paume. Du reste, la manière dont Corneille la place la rend suffisamment noble. De même dans les vers suivants que le critique n*a pas relevés :
Rien ne rompra le coup à quoi je me résous :
Je me veux exempter de ce honteux commerce
Où la déloyauté si pleinement s'exerce. {La PL Aoy.» t,7.)
Cher époux, en mes bras on te l'a donc ravie. (la vie),
Et de mon cœur jaloux les secrets mouvements
N'ont pu rompre ce coup par leurs pressentiments! (L'Illtu. cow., ▼, 7.)
S'il faut ruser ici, j'en sais autant que vous,
Et vous serez bien fin si je ne romps vos coups. (Suite du Ment,, it, 2.)
Rompez ses premiers coups, laissez pleurer Pauline. (Pot., i, 1.)
Cet ami si fidèle N'a pu rompre le coup qui t'immole à Marcelle! {Tkéod,, r, 9.)
Pour bien rompre le coup d'un malheur si pressant, Peut-être que son art n'est pas assez puissant. {La Ibtt. tTor, v, 1.}
Nous en romprons le coup avant qu'elle grossisse (l'erreur). (Sert., ïf, 3.) Mais je puis dire aussi que le rang que je tiens M'a fait assez d'amis pour opposer aux siens. Et que si dés l'abord ils ne les font pas taire, Ils rompront te grand coup qui seul nous peut déplaire. {Tue et Rér., it, 9.)
Veut-on voir un emploi familier et comique de cette locution? Qu'on écoute La Fontaine :
J'étois en train de rire.
Foin de la messagère et de son compliment!
Un beau coup m'est rompu par elle assurément. (VEunuque, it,9.)
On a dit exactement comme Corneille, dans le style sérieux :
Mes ennemys, non contents et saoullés,
(Roy très chrestien, seul support des foullés,)
De m'avoir jà tourmenté quinze moys.
Se sont remys à leurs premiers abboys
Pour me remettre en ma peine première,
Si ta doulceur et bonté singulière
Ne rompt le coup de leur caulte entreprise,
Que je te veulx déclairer sans faintise,
Affin que juge en ma cause tu sois.
Et puisses veoir si en rien te decois.
(E. DoLBT, Èpistre à Françoie I*, Second Enfer.; Après cette prise de Saint-Jean il vouloit bien passer plus outre et suivre messieurs les princes et amiral jusques en Gascogne et Languedoc, mais la reyœ rompit ce coup, et Monsieur, luy donnant à entendre que son armée n'en poufott plus et s'en aljoit toute perdue si elle ne se reposoit... (Bbant., Les Gramis CapU. franc., Charles IX.)— Le pape suscitoit sous main les Anglois, les Suifset et las Médicis pour rompre ce coup, (Mézer., Aàr. de CHist. de France, 1516.) — Le cs^ dinal de Tournon rompit habilement un si dangereux coup. (Id., iM.,aiio. 15S4.)
— Je De scai même par qui il avoit découvert que le eomte et moi nous nous étions promis de nous épouser; mais enfin, pour en rompre le coup, il ne le vit pas plûtost arrivé, qu'il mit en tète à madame sa mère de le marier avec une cousine qu'il avoit. (M"> de YiLtaoïBU» Vie de H. -Sylvie de MoLy 3* p.)
— Corneille dit par extension, et dans le même sens d'empêcher d'avoir lieu, de prévenir :
Que le roi par son ordre eût livré ce grand homme.
S'il n'eût par le poison lui-même évité Rome,
Et rompu par sa mort les spectacles pompeux
Où l'effiroi de son nom le destinoit chez eux. {Nieom., i, 1. )
Voltaire, dans son Commentaire, observe que « rompre des spectacles » n'est pas français. Puis il ajoute :
« Par une singularité commune à toutes les langues, on interrompt des spectacles, quoiqu'on ne les rompe pas. On corrompt le goût, on ne le rompt pas. Souvent le composé est en usage quand le simple n'est pas admis. Il y en a mille exemples. »
Il y a ici inintelligence et confusion. Rompre des spectacles est employé dans la phrase de Corneille comme l'on dit rompre un voyage, rompre un mariage, pour signifier empêcher qu'un voyage, qu'un mariage n'ait lieu, ne pas donner suite au projet qui en était formé. Il parait parfaitement dans l'analogie de dire, surtout en poésie, rompre des spectacles; on pourrait très-bien dire de même, ce nous semble, rompre une fête. En outre, le rapprochement que fait ici Voltaire entre le simple rompre et le composé interrompre est tout à fait hors de propos et ne conclut rien. Rompre une chose, comme l'emploie Corneille, et comme on l'emploie dans plusieurs locutions usuelles , c'est en empêcher l'exécution avant même qu'elle soit commencée; l'interrompre, c'est en arrêter, en suspendre la continuation.
— Corneille a dit encore, et a pu dire parfaitement :
Si vous m'aimez encor, vous saurez dés ce soir
Bompre les noirs effets d'un juste désespoir. [La PL Roy., m, 6.)
niaiNB. L'impétueuse ardeur d'un courage sensible
A vos ressentiments figure tout possible ;
Mais il faut craindre un roi fort de tant de sujets. «ioÉB. Mon père, qui Tétoit, rompit-il mes projets? [Méd., i, 5.)
Je ne voulus jamais lui donner d'espéranet
Qu'il ne m'eût de mon père assuré la vengeance ,
Je la lui fis jurer; il chercha des amis :
Le ciel rompt le succès que je m'étois promis. (Cifimr, v, 2.)
Ainsi du genre humain l'ennemi vous abuse.
Ce qu'il ne peut de force, il l'entreprend de ruse.
Jaloux des bons desseins qu'il tâche d'ébranler, Quand il ne les peat rompre^ il pousse à reculer. D'obstacle sur obstacle il va troubler le vôtre. Aujourd'hui par des pleurs, chaque jour par quelqu'autre, Et ce soQge rempli de noires vj^ions N'est que le coup d'essai de &ts illusions.
Il met tout en usage, et prière et menace, Il attaque toujours^ et jamais ne se lasse.
Il croit pouvoir enfin ce qu'encore il n'a pu,
Et que ce qu'on diffère en à demi rompu. {PoL, i, 1.
Tu me fais souvenir qu'elle a suivi ce traître, Et que ce désespoir qu'elle fera parottre De mes commandements pourra troubler l'effet : Va donc, cours y mettre ordre et voir ce qu'elle fait ; . Romps ce que ses douleurs y donneroient d'obstacle. {ilrid., v,^«^
Je vais d'un juste juge adoucir la colère,
Rompre le triste effet d'un arrêt trop sévère. (TAéotf., m, ^-^
Ce prompt retour me perd, et rompt votre entreprise. {Nieom,, i, ^'^ Mais un traître, pressé par d'autres intérêts,
A rompu tout l'effet de mes désirs secrets. (Ffrik., v, ^ ''
Le ciel en a donné des arrêts immuables; -^
Rien n'en rompra l'effet, et Rome aura pour roi
Ce grand Théodoric qui doit sortir de moi. (Au., V, T ''
Un amant dédaigné souvent croit beaucoup faire Quand il rompt le bonheur de ce qu'on lui préfère. {Swr.f ii, E- "'
Le trop sévère et trop timide commentateur blâme encore I^ ^ associations de mots, rompre le succès^ rompre des desseins :
€ On ne rompt point un succès, dit-il, encore moins un succès qu'on s'est pro^^ mis : on rompt une union , on détruit des espérances, on fait avorter des des-""^^ feins, on prévient des projets. Le ciel ne m'a pas accordé, m'ête, me ravit l- ^ succès que je m'étais promis. » {Rem, sur Cinn,) — « Les rompre^ demi-rompu rompez. Ce mot rompre^ si souvent répété, est d'autant plus vicieux, qu'on ne d\ ni rompre un dessein, ni rompre un coup. » {Rem. sur Pot.)
Le sens d* empêcher d'avoir lieu, de prévenir^ une fois admis pour le mot rompre , toute la critique de Voltaire tombe, et iÉ^ faut déclarer excellents tous les emplois suivants, semblable^^^ ou analogues à ceux de Corneille :
Je suis retourné vers ceste dame , mais la mauvaise et envieuse fortune m'c rompu tous mes plaisirs, par ce que le mary est survenu et a gasté tout no mistère. (Larivky, Facét. nuicts de Straporole, 4* nuit, fable iv.) •— Âussy bien Iny rompiiAX tous ses desseings en cela. (Brant., Grands Capit. tstrang^^ i, 1.) — Puis qu'il n'y a nul autre remède, patientez comme je fais, et peut-«stre que le ciel fera réussir toute chose plus à nostre contentement, qu'il ne nous est permis à cette heure de le désirer; de mon costé je rompray le malheur tant qu'il me sera possible. (D'Urpb. VAstrée, i, 10.) — Cette considération, on, si vous voulex, nn peu de jalousie, car je n'en étois pas exempte, me firent entreprendre de rompre cette partie. (M"* hk Villedibu, Vie de H,-Sylvie de htolihre^ iv.) — Bien que le comte fit des efforts inconcevables pour se contraindre, et qu'il répondit au roi comme s'il n'avoit eu aucune émotion : Que sa femme seroit fort honorée de sa
visite ; il est certain toutefois qu'il mit tout en usage pour rompre cette partie. [Id., Âtm. gat., i.) — Ce dessein ne put être si eaclié que Tliélémis n'en eût con- Qoissance; il le rompit, en lui représentant le péril on il s'exposoit. {là,^ Amours dcf grande kommet, Âlcib.) — Quand Assuérus, surpris par les artifices d'Aman, ronlot exterminer tout le peuple juif. Dieu rompit ce dessein impie. (Boss., Fùàt., VI, 3.)
Rompre les desseins de quelqu'un est encore d'un usage habituel, comme rompre les mesures.
Pour rompre les malheurs dont le péril vous presse
Il est beau que Persée épouse la princesse,
L'Etat à cet hymen se doit intéresser. (Th. Cokh., Pers, et Démétr.^ m, 3.)
Mais, comme je vois trop que rien n'est plus capable
D'arracher l'innocent aux fureurs du coupable.
Il faut rompre un péril qui, jusqu'ici douteux,
Pourroit se rendre, enfin, funeste à tous les deux. (Id., ibid,, v, 4.)
Mais pour leur sûreté je ne saurois moins faire
Que garder un pouvoir qui rompe sa colère. (Théod., iv, 8.)
B^Mir vous en secret mon cœur toujours propice
Stlipi de leur courroux à rompre l'injustice.
Quelques maux qui sur vous semblent prés d'éclater,
Vous me connoissez trop pour en rien redouter. (Id., Mamm., ii, 4.)
J'ai vu l'impératrice, et cru que ses avis
Pour rompre l'attentat dévoient être suivis. (Id., ibid.t iv, 4.)
Dans la pensée que le marquis n'aura aucune répugnance à m'épouser, je ne
puis souffrir qu'il pense à une antre. Rompez ce malheur, je vous en prie. Il y va
de ce que je puis avoir de plus cher, puisqu'il y va de tout mon repos. (Visi et
Ta. Corn., La Devineresse, ii, 1 .)
Dans tous ces exemples, c'est toujours le même sens d'empêcher, de prévenir.
Signalons encore la phrase suivante comme analogue, quoique plus particulière :
Tout ce qu'il put mettre en œuvre n'alla pourtant qu'à rompre un refus, (Saint- Siaoïf, Mém,, 1. 1, c. 3.)
On a dit aussi rompre que^ pour signifier empêcher que :
Rompit ses hommes, que ilz ne occissent Saul.
{Uint. de David, Trésor des neuf preux, p. 36, col. 2.)
Le% gardes se mirent entre deux pour rompre que nulle poursuitte ne se fist. Ouv. OB La Maechb, ilf^m., i, 14.)
— ROMPRE se trouve également chez Corneille dans l'acception de faire cesser, mettre fin à :
Je t'ai voulu sur l'heure apprendre cet amour.
Pour te tirer de peine, et rompre ta colère. {La Pi, Roy., v, 6.)
Devant ce que je dois au secours de ses armes,
Rompre son mauvais sort, c'est épargner nos laimes. {La Tois, d^or, il%9.)