MÉDAILLE. — MÊLER
Et colorent ces injustices Dont voas avez raison de vous méconienur, {Agés,, m, 1.)
On trouve beaucoup d'exemples semblables; ainsi :
Dès l'entrée de cette gaerre, les soudards commencèrent à se méconiemer de itU, poor... (ÂMYOT, Vies, LacuUus.)
MÉDAILLE DE DAMNÉ, vraie image, vrai portrait de damné :
Ahl visible démon, vieux spectre décharné,
Vrai suppôt de Satan, médaille de damné.
Tu m'oses donc bannir, et même avec menaces,
Moi, de qui tous les rois briguent les bonnes grâces! {LUI, eom., m, 4.)
MEILLEUR. LES meilleurs du métier, les plus habiles dans le métier :
Et c'étoit unn blanque à de bons bénéfices :
Mais elle est épuisée, et les vers à présent Aux meilleurs du métier n'apportent que du vent. {Exe. à Àrisu.)
— TON MEILLEUR, pour signifier ce qu'il y a de plus avantageux pour toi, le meilleur parti que tu puisses prendre :
Ne m'importune plus, Philandre, je t'en prie,
Me rapaiser jamais passe ton industrie.
Ton meilleur, je t'assure, est de n'y plus penser. ^MéL, t, 3.)
Passez vos an là outre, vosire meillor n'i voi.
(J. BoDEL, La Chans. des Sax,, LXXi. éd. F. -M.) Si vous jugés estre vosire meilleur de venir à Paris , je m'en remettray à vous. {Lett. mUs. de Henri IV, t. iv, p. 396.)
MÉLANCOLIQUE, un coeur mélancolique :
Vaine compassion des douleurs d'Angélique, . Qui penses triompher d'un cœur mélancolique, [La PI. roy., iv, 5.)
MÊLER. CETTE LIQUEUR MÊLE DU SANG DE.. AVEC, pour signifier contient du sang de, mêlé avec. :
Celte liqueur épaisse Mêle du sang de l'hydre avec celui de Nesse. [Méd., iv, 3.)
— MÊLER PARTOUT SON MOT, comme OU dit vulgairement fourrer partout son mot :
Il se rend familier avec tous mes amis,
Mêle partout son mot. [Suite du Ment,, m, 1.)
— MÊLER LA PRÉSENCE DE QUELQU'UN QUELQUE PART, aveC UD
nom de chose pour sujet, faire qu'il se trouve, qu'il intervienne quelque part :
Tant son mauvais destin semble prendre de soins
A mêler sa présence où l'on la veut le moins. (Suite du Ment,, iv, 1.)
Cet emploi est très-particulier.
— MÊLER, mettre, employer :
M. Naodé, qui étoit sans doute trés-savant, mais qui mé/oi< plus de doctrine qa* d'agrément dans ses ouvrages. {Leit. au P. Boulard, 10 juin 1656.)
— SE MÊLER A, ^trc mêlé à :
C'est un terme honteux que celui de prière ;
Tu me l'as épargné, tu m'as fait grâce entière.
Ainsi l'honneur te mêle au bien que je reçois; {Remercim. au Rai.)
Qui donne comme toi, donne plus d'une fois.
— SE MÊLER A, SE MÊLER DANS , prendre part à, se joindre à :
11 croit que ce climat, en dépit de la guerre,
Ayant sauvé le ciel, sauvora bien la terre,
Et, dans son désespoir à la iin se mêlam^
Pourra prêter l'épaule au monde chancelant. [Pomp.^ i, 1.)
Quoi! vous mêler aux vœux d'une troupe infidèle?
Oubliez-vous déjà que vous êtes chrétien? (PoL, ii, 6.)
— MÊLÉ, sans rég. sans outrages mêlés :
Madame, il est ici votre mattre et le mien.
11 faut en sa présence un peu de modestie,
Et si je vous oblige à quelque repartie,
La faire sans aigreur, sans outrages méUs^
Et ne point oublier devant qui vous parlez. [SerL^ v,6.)
On ne peut guère voir là qu'une négligence.
— MÊLÉ, pour dire qiri a les cheveux mêlés :
On en peut voir en moi la taille, et quelques traits,
Chauve sur le devant, mêlé sur le derrière,
Le port majestueux et la démarche fière. (ÛEd., iv, 4.)
MÊME, dans le sens de ipse, précédant son subst. :
Si de tes trahisons la jalouse impuissance
Sut donner un faux crime à la même innocence.
Recherche maintenant par un plus juste effet
Une fausse innocence à cacher ton forfait. [Clii., ii, 6.)
Ton salutaire avis est la même prudence. {La Veuve, m, 1.)
Ahl l'innocence même, et la mime candeur! (JIféd., ii, 1.)
Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu ,
La vaillance et l'honneur de son temps? le sais-to? [Le Ctd, ii,2.)
Oui, vous avez raison, belle et sage Clarice;
Ce que vous m'ordonnez e^t la même justice. (le Ment., ii, 1.)
De mille objets d'horreur mon esprit combattu
Auroit tout soupçonné de la mime vertu. {Thiod., m, 3.)
Derechef jugez mieux de la même vertu. (/M'd., iv, 5.
M. Génin, dans son Lexique de Molière ^ après avoir cité des exemples du grand comique qu'il est inutile de reproduire ici, observe que cette construction est propre à l'italien et à Fespapiol. Il aurait pu ajouter qu'elle était très-fréquente dans notre ancienne langue :
Elle est à vous, douce maistresse ,
Geste belle et dorée tresse
Qui feroit honte au mesmes or. (Oliv. de Magny, Od,, à s'amye.) A la voir, il me semble qu'elle soit la propre continence, ains la mesme dévotion. (Lariv., Le Morfondu^ i, 5.)~Hippolyte est riche, vertueux, jeune, jaiilard, d'amoureuse taille, d'honneste maintien, et la mesm^ bonté. (Id., LetEcol.t 1, 3.) ^ Jamais proverbe ne fiit plus véritable que cesluy : car il nous a esté donné de la main de celuy qui, en l'un de ses principaux tistres, se glorifioit d*estre la mesme vérité. (Pasq., Rech., viii, 28.} — &foy qui suis, s'il faut le dire ainsi, la metme franchise et liberté. (D'Urfé, Astrée^ ii, 5.)
Les exemples en sont encore nombreux dans la seconde partie du dix-septième siècle :
D'un sentiment jaloux votre cœur combattu
A fait outrage en elle à la même vertu. (T. Corn., Maxim. ^ v, 5.)
— LE MÊME, répété d'une manière explétive :
Et le même intérêt qui vous fit consentir,
Malgré tout votre amour, à me laisser partir,
Le même me dérobe ici votre couronne. {La Tois. d'or, m, 3.)
Le même qui pour vous courant à son supplice,
Contre un ingrat trop cher a demandé justice.
Le même vient encor dissiper votre peur. {laid,, se. vu.)
Avec les mêmes armes qu'employa le soldat pour combattre son désespoir, avec
les mêmes il attaque sa pudicité. (St-Evreh., La Matr, ttÈph,) — La même vivacité
qu'on a à lui donner sa parole, la même fait qu'on la rétracte. (L'abbé Boilkad,
Pensées choisies.)
— LE MÊME, pour la même chose :
A peine une heure ou deux elles (ses troupes) ont pris haleine. Qu'il les range en bataille au milieu de la plaine, L'ennemi fait le même, et l'on voit des deux parts Nos sillons hérissés de piques et de dards. {Soph^, i, 1.)
Que je l'aurai promis à la face des dieux.
Vous deviendrez cher à mes yeux,
Et j'espère de vous le même. {Agés,, i, 2.)
C'est quasi le même de converser avec ceux des auties siècles que de voyager.
(Dksc, Dise, de la Méih., i.) — L'on doit dire le même de certaines grandeurs
qui consistent plus dans un rang que dans une autorité réelle. (Nie, Eu,, t. ii«
De la Grand,, i, 3.)
— A MÊME, au milieu de, en parlant de choses morales :
Qui te donne le front de surprendre mes pleurs?
Cherches-tu de la joie à même mes douleurs? {La PL Roy,, lu, &•)
MEME. i\
— EN LIEU MÊME, dit d'une manière très-particulière, et, ce
semble, uniquement par la nécessité de la rime, pour en même
lieu :
l\ aime quand je quitte, il quitte alors que j'aime,
Et, sans être rivaux, nous aimons en lieu même. (La PL Roy., v, 3.)
— MÊME, dans le sens de ipse, non accordé après un subst. pluriel :
Ainsi, par Us lois même en mon pouvoir remise,
Je me donne au monarque à qui je fus promise. (Sophon,f m, 6.)
Cette dérogation à la syntaxe paraît très-forte. Un grand poëte de notre époque en oflFre de fréquents exemples :
Et pour consacrer ses lois même,
S'élevant à la loi suprême,
Chercha le juge et trouva Dieu. (Lahârt., Jocel., ix« époq.)
C'est exactement le môme cas , avec les mêmes mots , que dans Corneille. Le grand lyrique du dix-neuvième siècle dit encore d'une manière analogue :
La vie, en remontant à sa source suprême,
La vie avait quitté jusqu'aux éléments même, (Id., Hai-mon.^ iv, 7.}
On trouve aussi, en vers, même non accordé après eux, elles :
Eux-même ils détruiront cet effroyable ouvrage,
Instrument de leur honte et de leur esclavage. (Volt., Alzire, ii, 6.)
Soui&er partout la haine, et remplir les cités
Du vain bruit des complots qu'eux-même ont inventés.
( MiCHAUD, Prinumps d'un Proscriiy m.}
Et* l'âme se fond en prière
Et s'entretient avec les cieux.
Et les larmes de la paupière
Sèchent à'elles-même à nos yeux. (Lamart., Harm.^ i, 9.)
Des mèches de cheveux qui ruisselaient de pleurs, Détachés de sa tête et collant sur sa joue, Le mouvement d'un sein que le sanglot secoue, Et le son de deux voix brisé, tout trahissait Deux cœurs brisés eux-même^ et des pleurs qu'on versait.
(Id., JoceL, l'^époq.)
Les rangs pressés s'ouvraient d'eux-même et faisaient place.
Et puis se refermaient soudain sur une trace. (Id., ibid,, vin* époq.)
vils marchands d'eux-même! immonde abaissement!
(Y. Hugo, La Légende des siècles, xu, 3.)
Surtout après eux, elles, même non accordé est tout à fait injustifiable au point de vue de la grammaire, mais est peut-être tolérable en vers.
— MÊMES, adv., pour même ;
Ici dispensez-moi du récit des blasphèmes
Qu'ils ont vomis tous deux contre Jupiter mêmes, [Pot., m, 2.)
On a vu des Césars,. et mêmes des plus braves,
Qui sortoient d'artisans, de bandoliers, d'esclaves. (Attila, iv, 3.)
Mêmes dans les choses de peu. (/mir., m, 39.)
De grands poètes du dix-septième siècle ont dit pareillement :
Le chagrin me parott une incommode chose ;
Je n'en prends point pour moi sans bonne et juste cause ;
Et mêmes à mes yeux cent sujets d'en avoir
S'offrent le plus souvent que je ne veux pas voir. (Mol., Le Dép. am., i, 1.)
Que si mêmes un jour le lecteur gracieux
Amorcé par mon nom, sur vous tourne les yeux,
Pour m'en récompenser, mes vers, avt^c usure,
De votre auteur alors faites-lui la peinture. (Boil., £pfi., x.)
Ce n* est pas ici, comme on Ta souvent pensé, une licence poétique. Ménage a solidement établi, dans son Dictionnaire étymologique^ que c'était l'orthographe constante de mêmey adverbe, en prose comme en vers; on y lit ce qui suit :
« Quand mesme est adverbe, on veut qu'il vienne de maxime ^ et c'est pourquoi il se devroit écrire sans « à la fin... Mais nonobstant cette raison d'étymologie, nous disons mesmesj pour mesme, non-seulement en vers, mais en prose. Marot, dans son Episire à M"* d'Alençon, écrite du champ d'Attigny, a dit de mesmes; ce qui est remarquable :
Avec le cœur de mesmes.
Pour conquérir sceptres et diadesmel.
Ce qu'il a imité de Villon, qui a dit dans sa dernière ballade : c Je conoois quand tout est de mesmes, •
Immédiatement avant ce passage. Ménage avait déjà fait cette remarque :
« Marot a dit mesmes en la signification de medesimo, au lieu de mesme. Prenez-Tous-en à tous mesmes aussi, Qui bien Touliez qu'ils fissent tous ainsi.
C'est dans l'Epistre qu'il perdit à la condannade. Ce qu'il a sans doute imité de ces vers de la dernière ballade de Villon : Je connois colorés et blesroes ; Je connois mort qui tout consomme ; Je connois tout, fors que rooi-mf^m^^.
Vous trouverez aussi moi-me«iiie« dans Alain Chartier, en son livre des Quatre-
Nous pourrions ajouter d'innombrables exemples à ceux qu'a rapportés Ménage. Nous nous contenterons de quelques-uns : Où mesmes tes vertus y luiront évidantes