TRAINANT
Trahir à s'employait dans diverses locutions au propre et au figuré, pour signifier livrer à... par trahison, ou simplement livrer à..., tradere :
beaux ennemis de mon cœur,
Yeux, )es boute-feux de nos âmes.
Que vous estes pleins de rigueur.
Vous n'aimez que meurtres et fiâmes ;
Vos traits de ma mort glorieux
Blessoyent bien de plus douce sorte,
Quand l'espoir, riant à mes yeux,
De mon cœur vous trahii la porte, (Pu. Des Portes, Cléoniee, XLiii.)
Ces vers sont maniérés et d'un goût détestable, mais la locution trahir la porte mérite d'être remarquée.
— TRAHIR A, sacrifier à :
Et, mettant différence entre ces deux coupables.
J'ai trahi la justice à l'amour paternel. (Po/., m, 3.)
— SE TRAHIR A, sc livrcT à :
Souffrir qu'il se trahisse aux rigueurs de mon sort ! {HéracL, iv» 1.)
« Cette expression , dit le commentateur, n'est grammaticale en aucune langue, et n'est pas intelligible ; il veut dire qu'il subisse la mort qui m'était destinée. »
L'expression est fort singulière; cependant Voltaire n'aurait pas dit qu'elle n'est grammaticale en aucune langue, s'il s'était rappelé que trahir est formé de tradere^ livrer.
TRAINANT, adj., lent, qui dure longtemps, trop longtemps :
Que ne peut ma haine avec un plein loisir Animer les bourreaux qu'elle pourroit choisir, Repattre mes douleurs d'une mort dure et lente, Vous la rendre à la fois et cruelle et trainanie! {Théod.j v, 6.)
Ma iraînanie langueur. {Imit., m, 23.)
Un auteur de ce siècle a dit dans un sens analogue :
Trois jours de combat et de victoire, un effort soudain et immense, parurent nous avoir arrachés comme par enchantement à cette sombre et trahianie série de malheurs qui se déroulait devant nous. (Carrel, Le National» 25 nov. 1830.j
— TRAÎNANT, lauguissaut, engourdi, endormi :
Que foible est leur charité !
Que leur dévotion est traînante et débile ! [Imit., iv, 10.)
Vous avez feint d'aimer et permis l'espérance ;
Mais cet amour traînant n'avoit que l'apparence. {Soph , m, -2.)