‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 313 sur 342 · ÉTEINDRE. — ÉTUDIER. M · texte numérisé non relu

ÉTEINDRE. — ÉTUDIER. M

ceux qui ont du mérite est recherchée de tout le monde , mais il me semble qu'on ne diroit pas fort bien, dans la signification passive, son estime diminue de jour en jour, pour dire l'estime quon avoit pour lui. Estime est un mot qui approche de considération; on dit fort bien : tous les honnêtes gens ont beaucoup d'estime et de considération pour lui, mais comme on ne saurait dire, sa considération diminue, pour dire la considération quon avoit pour lui, je ne crois pas que Ton puisse dire, son estime diminue, dans le même sens qu'on a dit, sa réputation diminue. » [Not. sur les Remarques de Vaugelas, DXLI.)

ÉTEINDRE, fig. :

Il éteindra ma vie, avant que mon amour, (Œd,, i, 3.)

Ce latinisme se trouve dans un contemporain de notre poète :

Puissay-je plustost voir tout le inonde au trespas

Que d'esuindre ta vie et perdre tant d'appas I (St-Amant, Moyse sauvé, xii.)

Le vieux tragique qui prépara les voies à Corneille a dit :

Tu vivrois, Hippolyte, et la mort violente

^'esuindroit aujourd'hui ta jeunesse innocente. (Rob. Garnibr, HippoL)

A propos de la locution éteindra ma vie, esteindroit ta jeunesse, nous rappellerons qu'on a dit éteindre un homme , pour signifier le tuer :

Salemons et Hoiaus de Nante En font morir plus de LX Rois Gaifiers et rois Arestains

En ont assés mors et estains. (Ph. Mouskbs, Ms,, p. 184.)

Et y eut bien deux cens personnes mortes eiesteimes. (Juv. des Urs , Hist, de Charles F/, 1406.)

ÉTUDIER, neutr., avec à, suivi d'un infinitif, comme s'étu^ dier à.

On a dit avant Corneille :

Il jugea adonc que c'estoit peu de chose, et presque rien du tout, que de s'exerciter à bien dire, qui n'estudie à avoir la bonne prononciation et belle action quand et quand. (Amtot, Vies, Démosth.)

On trouve plus anciennement, avec ellipse de la préposition à:

Estudions donc ces anneaulx porter avec nous, si que nous puissions la rie des bienheureux posséder. (Le Violier des Uist. rom., c. x, Moralisation )

430 FEINDRE.fiP- FOL.

FEINDRE (se) comme feindre, par imitation de la proposition infinitive des Latins.

Ajouter cet exemple du quatorzième siècle :

Il ie faingny estre malade. {Le Livre du Chevalier de La Tour, ch. lu.)

FOL, subst. ou adj. masc, employé devant un mot commençant par une consonne :

Folf je présume ainsi rappeler Tinhumaine,

Qui ne veut pas avoir 4e raisons à sa haine? {La Gai. du PaL, u, 8.)

Autrefois, et jusque vers la fin du dix-huitième siècle, /o<, plus harmonieux que fou y s*employait aussi bien devant une consonne que devant une voyelle :

C'est le fol qui a commencé la danse. (Bbroaldb ob Vbryillb, Le Jfoyoi Je parvenir, ch. 45.) — M. Rousseau a été amoureux fol de madame de La Live. (Bachaum. , Mém, secr,, 17 janv. 1769, t. i, p. 22, note.) — Rien de plus/o/ qve cette pièce. (Id., i^id., 3 juill. 1763, t. i, p. 242.) — C'est un projet /o/ d'éducitien. (Id., ibid., 13 oct. 1764, t. ii,p. 103.)

On disait aussi au pluriel masculin fols, devant une voyelle ou devant une consonne :

Je suis bien marry que ces messieurs de la court du Parlement ayent eocoie faict les/o/5. {Lett. miss, de Henri IV, i. iv, p. 764, à mon compère le connectable de France, 16 mai 1597.) — Craignez-vous de passer pour/o/ parmi des Jeis? (Maucroix, Nouv. Œuv., Sat. d'Hor., ii. 3.) — Nous accordons aux fols amateon du siècle que ce qu'ils aiment est considérable. (Boss., Pan. de 5. Bern., i.) - Ce que l'on peut regarder comme des fols malheureux s'ils perdent, et comme drs fols heureux s'ils gagnent. (D'Agoess., Mém. sur le comm. des actions, iv* art) — Je ne crois pas que personne méprise le public, mais chacun a la jactance de le dire, et cependant, sages ou fols en dépendent plus qu'ils ne le croient eoimêmes.. (M^** de Créqui, Leti. inid. à Senac de Meilhan^Q sept. 1788.) — Depaii que je passe ma vie avec des fols, et que la tête me fend, je ne sais capable d<* rien, ni étonnée de rien. (Id., ibîd., U mai 1789.)

Aujourd'hui, fol ne s'emploie plus qu'au singulier, et imiquement devant un mot commençant par une voyelle où une h non aspirée.

FORCÈNEMBUT. — FUNESTE. 434

FORCÈNEMENT, fureur forcenée.

Ajouter :

On a dit antérieurement, avec le pluriel, dans le sens de folies, d'extravagances forcenées :

Aux resveries des malades,

Aux songes vains, extravagans,

knji foreenemens des Menades. (Larivby, Les Tromperies, i,3.)

FORCER (se) de, se faire la violence de :

Ah! si vottf vous forcez d'abandonner ces lieux.

Ne m'assassinez point de vos cruels adieux. {Tite et Bér.^ v, 4.)

' FOURNIR DE , comme servir de , ou comme fournir activement.

Nous avons établi combien cette locution employée par Corneille était d'un usage fréquent jusqu'à une époque trës-avancéé^ du dix-septième siècle. Cependant Ménage l'a relevée comméf une faute dans Malherbe, à propos de ces vers :

Soit qu'Amour le gardât en son heureux destin,

Ou que votre œil luisant lui fournît de lumière. (Od., ▼.)

« Lui fournît de lumière^ dit le critique, est mal parlé. On ne dit pas, il lui fournit d'argent^ mais il lui fournit de l'argent. Ainsi devait-il dire, lui fournit de la lumière. La faute est sans excuse. »

Ménage , comme Vaugelas, censure souvent ainsi des manières de parler généralement usitées par les bons écrivains du temps. Nous sommes loin de défendre celle-ci, mais nous constatons qu'elle était consacrée par l'usage.

• FUNESTE, funèbre.

On a dit, dans le môme sens que Corneille :

Cache ton corps souhs un habit funeste.

Ton lit,margot, a perdu ses chalans. (Matnard, Sonnet.)

432 6ARANNE. -»^ARDE.

GARANNE, s. f., pour garenne :

C'est où Flore et Pomone entretiennent Diane Qiai se vient délasser dedans cette garanne,

(Poés, div., Le Presbyt. d*HénoiiT.)

Cette orthographe semble indiquer Vancienne prononciation du mot. Il s* est écrit aussi garaine. Anciennement on disait encore garende :

Le cerf ne se mouvoit, tant se tenoit fier en sa garende. {Perceforest, vol. 6, f 107. V, col. 1.)

Toutes ces formes viennent de garer ^ ou garantir. Une garenne est un lieu de garde, de réserve pour les animaux, un lieu où ils sont garantis de danger.

GARDE, dans le sens de sentinelle, faire garde , faire sentinelle. — METTRE GARDE, poscr dcs gardcs.

Ces locutions, où l'article est supprimé, étaient autrefois fort usuelles, en prose comme en vers :

La plaspart du temps leurs boutiques sont fermées, estant obligés d'avoir les armes sur le dos et faire garde aux portes. {La Requeste à Nos Seign. du Pari., eu.. 19 juin 1652, Var. hisi. ei lin., t. vu.) — S'il y avoit du bled au marché, il falloit y melire garde, à ce que le peuple ne s'entretuast pour en avoir. (M art. du Bel- LAT, Mém., 1. viu, f* 276. V*, éd. 1572.)— Les généraux, touchés de leurs larmes et de leurs plaintes, font retirer les soldats, et se contentent de laisser garde aux travaux. (D'Ablanc, Comment, de César, ii, 1.)

— n'avoir garde de, avec un nom de chose pour sujet.

Ajouter :

Un contemporain de Corneille a dit de même, dans le sens d*ôtre loin de :

Strasbourg est une ville à peu prés comme Orléans, mais qui n*a garde d'avoir la propreté de nos villes. (Pblliss., Leit. hisi.^ A sept. 1673.)

On pourrait citer aussi des exemples du dix-huitième et du dix-neuvième siècle, où n'avoir garde de a pour sujet un nom de

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