‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 32 sur 342 · MISE. — MISERE · texte numérisé non relu

MISE. — MISERE

MISE. DE MISE, en parlant de choses littéraires, digne d'être présenté et accueilli :

H est impossible qu'on s'imagine qu'à des personnes de votre rang , et à des esprits de l'excellence do vdtre, on présente rien qui ne soit de mise, puisqu'il est toat vrai que vous avez un tel dégoût des mauvaises choses... {Clit., dédie, à M*' le duc de Longuev.)— Ces entreprises contre des proches ont toujours quelque chose de si criminel et de si contraire à la nature, qu'elles ne sont pas croyables, à motus que d'être appuyées sur l'une ou sur l'autre, et jamais elles n'ont cette vraisemblance sans laquelle ce qu'on invente ne peut être de mise, {Deux. Disc)

La locirtion être de mise se variait quelquefois heureusement, comme dans cette phrase :

Ceux qui ont dit que la neige est noire ont laissé des successeurs qui, s'ils ne disent la même importineoee, en diront d'autres qui ne seront pas de meilleure Hitii.(lUu., àBaiite.)

— Corneille dit encoM être de mauvaise mise, pour signifier n'être pas digne d'être présenté» n'être pas acceptaî)le :

Que tout y soitbiea ijiisté.

Que rien n'y penche d'an eôté, ^ Bien n'y soit de mauvaise mife,

Rien n'y sente la barbe grise. (Po^. tfiv., Bagatelle.)

TflMi, cette raison est de mauvaise mise, {La PI. Roy., i:, 8.)

Notre grand comique a dit :

Ton excuse n'est point une excuse de mise. {Ampldtr., ii. 3.)

— SE FAIRE DE MISE, avcc un uom de personne, se faire recevoir, se faire admettre :

Il y vient de tous lieux des gens de toute sorte,

Et dans toute la France il est fort peu d'endroits

Dont il n*ait le rebut aussi bien que le choix.

Gomme on s'y connott mal, chacun s'y fait de mise. (Le Ment.^ i, 1.)

On trouve, dans un sens analogue, être regardé comme de mise :

L'air de la cour est quelque chose qui ne se conserve que là, et on a beau être bien fait et avoir de l'esprit, si on n'a pas ce je ne sais quoi qui ne s'acquiert que par l'usage, et encore par un continuel usage, on ne réussira point à y être regardé comme de mse. (L'al)bé Arnauld, Mim., i, 1643.)

Toutes ces significations viennent de mise signifiant cours, en

parlant de monnaie :

Koos appelions monnoye, non celle qui est loyalle seulement, mais la fausse aossi, qui a mise. (Montaiohb, Ess., ii, 18.)

MISÈRE, employé comme malheur^ infortune :

As-tu bien vu sa haine, et vois-tu ma misère? [Pol., v, 1.)

En le voyant régner où régnoient les deux frères,

Jages à qui je puis imputer nos misbres, {Perth., i, 1.)

50 MODB. — MOINDRE.

Ciel, qui voi» ma mUàre et qui fais les heureux.

Prends pitié d'un devoir qui m'est si rigoureux. (La Veuve^ iv, 9.)

— POUR TA MISÈRE, pouT toD malheur :

Que je te plains, ma fille : hélas I pour ta mitàret

Les destins ennemis ont fait naître ce frère. (£• Feictw, ui, 7.)

MODE. UN ESPRIT A MA MODE, lin esprit 8(8inblable au mien :

Tous* avez, Dieu me sauve, un esprit à mat

Vous trouves comme moi la grandeur incommoda. (jLliiU eoM., ii, 4.)

MOI. A MOI, pour me, datif :

Qu'il entre. A quel dessein vient-il parler à moi? {Hérad.^ ii, 4.)

« Parlera mot, » observe Voltaire, ne se dit point; il faut cme parler. » On peut dire en reproche, « parlez à mot; ouhliei-vous que vout parlez à mai? >

Corneille a encore dit dans une de ses fragédies :

Ta, bienheureux amant, cajoler ta maîtresse,

A cet objet si cher tu dois tons tes discours,

Parler encore à moi, c'est trahir tes amours. (MétL, v, 7.)

n est peut-être regrettable qu'on ait absolument proscrit estte forme qui est douce, et commode dans certains cas, sortonl en poésie. A tort ou à raison, on en rencontre quelques exemples, même en plein dix-huitième siècle :

Donnez-lui donc la main, ajouta-t-il en parlant à mai. (Gmémllon filB, L$tt. de la marq. de If***, xxxv.)

MOINDRE, adj. moindre que, comme moins que :

Ils étoient plus que rois, ils sont moindres qu'esclaves. {Sert., m. 3.)

Corneille modifie d'une manière très-particulière et trèsheureuse la locution au moindre bruit y en ajoutant premier à moindre :

J'épargnois à mes yeux un funeste spectacle,

Où mes bras impuissants n'avoient pu mettre obstacle,

Et tenois ma main prête à servir ma douleur^

Au moindre et premier bruit qu'eût fait votre malheur. {Àndrom., iv, 3.)

— MOINDRE, employé substantiv. :

Et si la moindre tache en demeure à mon nom,

Si le moindre du peuple en conserve un soupçon,

Suis-je digne de vous, et de telles alarmes

Touchent-elles trop peu pour mériter mes larmes? (Nicam,, iv, 1.)

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