MOLLEMENT. — MOLLESSE
€ L* usage, dit Voltaire, a permis qu'en quelques occasions on puisse appeler sa femme sa moitié. »
Mânes du grand Pompée, écoatez ta moitié,
€ Ce mot-là fait un effet admirable. C'est la moitié du grand Pompée qui parle; mais il est ridicule de dire, d'une fille à marier, cette moitié. »
Lé commentateur fait paraître cette expression plus mauvaise qu'elle n'est par sa manière de la présenter. D'après Corneille, Pulchérie, à qui s'appliquent les mots cette moitié, est considérée comme si elle était déjà épousée.
MOLLEMENT, doucement :
Qa'au reste, les veneurs, allant sur leurs brisées,
Ne forcent pas le cerf s'il est aux reposées,
Qu'ils prennent connoissance et pressent mottement.
Sans le donner aux chiens qu'à mon commandement. (C/tf., ii, 4.)
MOLLESSE, fig., en parlant de la prononciation des mots dans lesquels entre / mouillé :
Je dis qui ont deux // en latin, parce que les mots de fille eX famille en viennent, et se prononcent avec cette mollesse des autres qui ont l't devant les deux //, et n'en viennent pas. (Préf. de : Le Thédi, de P. Corn., édit. de 1682.]— Toutes les fois qu'il n'y a point d'i avant les deux //, la prononciation ne prend point cette mollesse. {Ibid.) — Quelques modernes, pour ôter toute l'ambiguïté de cette prononciation, ont écrit les mots qui se prononcent sans la mollesse de Vh avec «ne / simple, en cette manière, tranquilet imbécile^ disiile. (Ilnd.)
— MOLLESSE, avec le pluriel :
Des plaisirs criminels les damnables mollesses, (Imii., i, 1, éd. 1651.)
On a dit de même après Corneille :
Ce faste, ces mollesses , ces soupçons, ces cruautés, ces colères , ces emportements furieux contre tes amis. (Fbn., Dial, des moris^ i, 24.) On y voit naturellement Que deux imprudentes princesses Qui passoient tous les jours dans de vaines mollesses» Et tombèrent indignement Dans un affreux égarement.
Reçurent, pour le prix de leurs lâcbes foiblesses.
Un prompt et juste châtiment. (Perrault, Contes, L*adr. princesse.)
On trouve de même, ou d'une manière analogue, de nos jours:
Heureux pourtant, et favorisé jusqu'à la fin, puisqu'il lui fut donné (àBemis), par ses derniers sacrifices , de pouvoir racheter et expier en quelque sorte les mollesses de ses débuts. (Sts-Bbuvb, Causer., II avril 18530 — Quels soulagements me procurent ces mollesses dont tous channei vos l&ches ennuis? (^. Ybuill. ,
LEselave yindex,)~-k\ûen, en haine des mollesteê et des afféteries italiennes, s'était proposé un idéal dramatique vraiment trop abstrait, qu'on peut admirer à un certain point de vue, mais qui, à la longue, produit pour résultat ce qu*Qn doit le plus éviter en l'art, l'ennui. (Th. Gaotibr, Moniteur^ 14 avril 1857.)
MON, particule ^rmative :
J'enverrai tout à bas, puis après on verra.
Ardez, vraiment c*est mont on vous l'endurera!
Tous êtes un bel homme, et je dois fort vous craindre.
On a donné de ce mot bien des explications dont plusieurs sont insoutenables. Ainsi, on lit dans Henri Estienne, Gramm. gallic.^ au chap. des adverbes, p. 77 : « Unum est (adverbium), quod in responsione affirmât, videlicet, c'est man^ pro c'est moult j tanquam quis diceret latine, est multum. Utimur eo pro his verbis, il est ainsi que tu dis» » Nicot écrit montj et c'est mont y et il le dérive pareillement de multum. Ce lexicographe donne aussi fiton, et l'explique ainsi : « Mon solemus dicere^ quod a grsecofièv, pro quidem et certe positum est; cujus exemplum est hujusmodi.... Cest mùn^ c'est ainsi. » On lit dans le Dictionnaire de Furetière : c Dans c*est mon, il faut sous-entendre avis qu'on a retranché pour abréger; mais il se dit d'ordinaire ironiquement. » € Cest mon, Sit modo; comme si l'on écrivait soit mon^ prononçant soit par sait, » dit La Monnoie dans son édition des Nouvelles de Despériers,
Toutes ces interprétations ne valent pas celles de Ménage et de plusieurs anciens hellénistes comme Périon, Trippault, Lancelot, qui dérivent mon du grec f*wv dans le sens de certes. C'est l'opiuion généralement adoptée aujourd'hui, et nous nous y rangeons.
Nous allons maintenant présenter les principales formes sous lesquelles on rencontre la particule nion.
c'est mon :
Il en avoit la guerre :
Eschecq à l'huys, c'est fait, c'est mon, (Coquillart, Playdoyer,)
C'est fait. — Cett mon, (Us Secreiz et Loix de Mariage , composez par le Secrél. des Dames, Jean d'Ivry.) Or c*esi mon, par mon serment. (Farce de la Bésurr, de /. Landore») Estr-ce point Juda ou Symon?
Non est, cy est; c'est il, c'est mon,
(Cl. Mar., 3* Epist. du Coq à FÀsne.) Perrette, il est beau garçon, c'est dommage dequoy il est ainsi fol.— Mananda, diioit lagarse^ c*est mon madame, il est net comme une perle. (Dbspbribrs» iViinr.; Lzn, éd. La M.)
LuQUAiN. Monâtrez un petit. Vertu de moyl c'est ane vieille lame!
Nicolas. Oy, par sainct Jean ! et les vieilles sont les meilleures. Mais fay tout bellement, qae ta ne la rompes.
LuQUAiN. N'ayez peur. C'est mon, vrayment, elle est bonne. (Larit., Le$ fieo/., V, 3.)
OLIVIER. Mais le voici. ^
MADDOLB. Ma foy, c'est mon! (God., Us Desguis,, m, 1.)
Je croy pour tout certain que c'est quelque démon Qui vient pour nous tenter.
Ui çiçvl* mon amy, c'est mon.
(Troterel, Les Corriv.f prol.)
Un medeoin vantoit i Nicoclea son art estre de grande auctorité. Yrayement
c'eUwHm, dit Nicocles, qui peut impunément tuer tant de gens. (Montaionb. Em.,
1 1, 87.) — Mais il se repentira par après de s'y être amusé. C'est mon; mais il s'y
Mn to^joun am«sé. (Id«, IMrf., xii, 9.)
Nous montons, et montant, d'un c'est mon, et d'un vbire
Doucement en riant j'appointois nos procès. (RÉONiia, Soi», xi.)
Cesiuy, les saluant : Vous arrivez bien tosti
Cesi mon, ce disent-ils, c'est pour soigner au rost.
[Dise, de deux marchants frijpiers et de deux tailleurs, 1614, in-8*.} M** Crisard. Ab I monsieur, vous ne deviez pas avoir cette opinion-là de votre fille : il n'y en eut jamais une si bien née. Pbrrettb. C'est mon. Ma foi , vous vousy connoissez! (St-Evrem., Les Opéras, i, 3.) — Yraiemept, c'est mon (dit Collantine), vous me renvoyez là à de belles gens. (Furetibre, Le Rom. bourg,, ii.) — Tu es bien cbanceux : tu as perdu ton procès? Ce Manceau lui dit pour toute réponse : Yraiement, c'est mon, v'ià bien de quoi ! N'en aurai-je pas un antre tout ptreil quand je voudrai? (Id., ibid.)
Ardez, voire, c'est-mon, (Régnier, Sat.j zi.)
Corneille, en écrivant le vers plus haut cité, a dû se souvenir de celui-ci.
Le vieux dictionnaire anglais -français de Cotgrave indique la forme c'est mont, dans le sens de c*est à savoir.
Mon s* employait de môme avec différents temps et différentes personnes du verbe être.
Tu es venu de l'ost des Tartarins? Sire, fit-il, suis mon, (Joinv., c. lix.) l'homme. Et vous voylà bien empescbye.
LA FEMME. Et je suis mon, sainct Coquilbault. {Farce dtuh Chauldronnier,)
JBNiN. Si suis-je Jenin par le nez
Et Landore par le menton.
LE cvwi. C'est luy sans autre.
JBNiN. Se suis mon,
[Farce de la Résurr. de Jenin Landore.) LE PARDONNEUR. Sang bieu, il estoit de nos gens. LA TAVERNiBRB. Ha, c'csiott mon; j'en suis bien ayse. {Farce d'un Pardotmtur,)
<;a mon, abrégé de ce a mon, se trouve dans de vieux textes, de môme que la forme négative ce n'a mon :
Saint Jehan! ça mon! dit-il. {Cent Nouv, du roi Louis XI, xzxiii.) «• ^•'
Hé! je peoM que voire ça mon vrament
Qai ne sauroit ce que vous sçavez dire. [Corn, de Ckans*, m, 2.)
Ça Mon, vraiement! il a fort à gagner à fréquenter vos nobles, et vous avei bien opéré avec ce beau monsieur le comte, dont vous vous êtes embéguiné! (Mol., ù Bourg, geniilhomme, m, 3.)
On écrivait aussi samon :
JBAjfiiB. On fait courir par la ville
D'assez mauvais bruit de toy.
siLTiB. Yraymen, samon, il y a bien de quoy. {Corn, de GAont., il, \,\
Mais samon est exactement la même chose que çamon^ et iieai à une confusion d'orthographe très-fréquente daas Tancienne langue, où Ton rencontre à chaque instant s employé pour eiA réciproquement.