‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 4 sur 342 · LANGAGE. — LANGUIDE · texte numérisé non relu

LANGAGE. — LANGUIDE

— De même à Tactif :

Ils n'ont pas voala voir les défauts de sa conduite et ont laisti enlever leurs suffrages au plaisir que leur a donné sa représentation. (Exam, du Cid.) — Je me sais résolu de commencer les lettres que je vous enverrai sans préparation, et de laisser conduire ma plume au hazard, comme mes pas dans mes promenades. (Ragan, Lett., XI, à Chapel.) — Laissez conduire les détails à la supérieure. (M** DE Maintbn., Lett, sur téduc. Avis sur les class., llOb,) ^ Laissons discuter teê questions à l'homme juste qui n'a point failli. (J.-J. Ronss., Contr. soc, ii,5.) — Les chrétiens, invincibles sous le fer et dans les flammes, se sont laissé amollir aux délices de la paix. (Chatradbr., Les Mart,, m.)

Voltaire lui-même a très-heureusement oublié sa fausse théorie, lorsqu'il a dit :

Ah I si le ciel enfin vous parle et vous éclaire.

S'il vous donne en secret un remords salutaire,

Ne le repoussez pas ; laissez-vous pénétrer

A la secrète voix qui vous daigne inspirer. {Oreste, i. 3.)

Laissez toucher à mes tremblantes mains... (Ibid,, m, 4.j

LANGAGE, sans plus de langage, comme sans plus de paroles :

Donc sans plus de langage.

Tu veux bien m'en donner quelques baisers pour gage ?

{SuiU du Ment,, v, 1.)

— EN langage commun, daiis le langage de la plupart du monde :

Oui, dans Paris, en langage commun Dorante et le menteur à présent ce n'est qu'un. [Suiu du Ment., i, 8.)

— LANGAGE, fig. LE LANGAGE DES YEUX :

El lorsqu'on se retranche au langage des yeux.

Je suis muette à la répliquQ. {Agés., iv, 4.)

LANGUEUR, avec le pluriel :

Je ne vous dirai point avec quelles langueurs

D'un si cruel exil j'ai souffert les longueurs. {Jïu et Bér,, u, 5.)

LANGUIDE, languissant :

Ne laisse pas mon âme impuissante et languide

Dans la stérilité que le crime prodoiL {Imit., iii. 3.;

Et toute notre ardeur abattue et tanguitU

Tourneroit en arrière au lien de s'avancer. (Ilrid., c. 18.)

A travers tant de soins caisanU Passer comme sans soin, non ainsi qa'un stupide

Que son esprit morne et lamguide

Assoupit sous les plus pesants. [Ibid,, c. 26.)

Si ton zèle ma contraire, impoissant ou languitU, De moment en moment te laisse plus aride, Redouble ta prière et tes gémissements.

Pour arracher de lui de meilleurs sentiments. {Ibid., iv, 12.)

LAS. — LATINISME. 5

On a (lit de même avant et après Corneille :

11 faut désormais s'asseurer d'une prompte et entière guarison du mal qui a tant affligé nostre pauvre royaume, puisqu'il a pieu à Dieu, par sa bonté infinye, après en avoir manifesté la cause, de faire embrasser aux principales et plus ton» guides parties d'icelay le vray et unique remède, provenant de Testablissement de nostre auctorité. {Uu, miss, de Henri IV^I avr. 1594, t. iv, p. 136.)

D'une voix et languide et mourante. (T. Corn., Let lUust, eimem, ^ly, 1.)

Ce mot est indiqué, sans exemples, dans le Glossaire manuscrit de Sainte-Palaye. Il est omis ou imparfaitement présenté par les dictionnaires modernes.

LAS. LA FORTUNE LASSE, pour désigner la fortune qui était comme fatiguée de favoriser Pompée :

Ce déplorable chef du parti le meilleur.

Que sa fortune tasse abandonne au malheur.

Devient un grand exemple, et laisse à la mémoire

Des changements du sort une éclatante histoire. {Pomp., i, 1.)

LATIN. RÉDUIRE QUELQU*UN AU BOUT DE SON LATIN, le mettre à bout d'expédients :

Lear mécompte pourtant, quel qu'il soit, me console,

Et, bien qu'il me réduise au bout de mon latin.

Un peu plus en repos j'en attendrai la fin. {La Suiv,, iv, 4.)

LATINISME

Aucun de nos grands auteurs, peutr-étre, n*oifre en aussi grand nombre que Corneille des phrases purement latines. La liste de ses latinités entraînerait un grand article. Il suffira, pour en donner une idée, de présenter quelques-unes des principales» sans commentaires superflus.

Corneille imite très-souvent Tablatif absolu, comme dans ces vers :

Voilà son écuyer dont la p&leur exprime

Moins de traits de la mort que d'horreurs de son crime,

Et ces deux reconnus, je douterois en vain

De celai qae la fuite a sauvé de ma main. {Clii,, i, 9.)

Tout beau, j'aurois regret, ta sauté hasardée.

Si tam'allois quitter sitdtqae possédée. {Ibid., v, 3, 1^* éd. jusq. 1644 incl.)

Et Philiste demain, cette nouvelle sue.

Sera de belle hameor, ou je stiis fort décae. (La Veuve, m, 10.)

Alors, ta flamme en vain pour Philiste allumée,

Tu lai voudras du mal de t'avoir trop aimée. {Ibid., iv, 1.)

La moitié d'une nait passée en ma puissance

A d'étranges soupçons porte la médisance ;

Cela su, présumez eomme on pourra cauier. (la PU Aoy., v, 1, éd. 1654.)

LATINISME

Ainsi tons lei aelain d*ane troupe comique.

Leur poème réeiii, partagent lenr pratique.

L'un me, et l'autre meurt, l'autre tous fait pitié.

Ainsi Vavare soif d'un brigand assouvie.

Il s'impute à pitié de nous laisser la vie.

L'ingratitude en l'âme, et l'impudence au front, Une Scythe en ton lit te fut lors un affront, Et moi, que tes désirs avoient tant souhaitée. Le dragon assoupi, la toison emportée, Ton tyran massacré, ton père rajeuni.

Je devins un objet digne d'être banni.

Tes desseins achevés, j'ai mérité ta haine, 11 t'a fallu sortir d'une honteuse chaîne.

Qu'ils le combattent, sire, et, le combat fini. J'épouse le vainqueur'si Rodrigue est puni.

Les divertissements t'y sembleront si doux.

Ton âme eu un moment en sera si charmée, Que, tous ses déplaisirs dissipés enfumée, Ou gagnera sur toi fort aisément ce point.

D'oublier un objet que tu ne connois point.

A force de présents il se croit acquitter.

Mais le redoublement ne fait que rebuter.

Si le premier oblige un homme de mérite, Le second l'importune, et le reste l'irrite, Et passé le besoin, quoi qu'il lui puisse offrir. C'est un accablement qu'on ne sauroit souffrir.

Sa puissance établie, il a soin de sa gloire.

Je ne sais si sa flamme est pour moi foible ou forte, Mais la reconnaissance morte, L'amour doit courir grand hasard.

{Vlllus. corn., V, 4.) [Méd., 111, 3.)

{Ibid.) {U Cid., IV, 5.)

{Pol., 1, 9.)

{Suite du Ment, , (Pomp,,

n, 3.) IV, 1.)

(Agés., 1, 1.)

U fait souvent aussi du participe présent un participe absolu :

De quoi se mêle Rome, et d'où prend le sénat.

Vous vivanty vous régnant, ce droit sur votre Etat? {Nicom., ii, 3.)

Ce n'est pas ici seulement un latinisme, c'est encore un reste de la syntaxe de notre vieille langue, comme dans ces deux phrases prises au hasard entre mille :

Voiant toi, fit .1. sairemant. (Hbrbbrs, Dohpathos, v. 9052.)

Votant toz^ videntibus omnibus.

Là Tesposa li quens Utr eui veem De son cors e d'anel de blanc argent.

Lor euz veent, eorum oculis videntibus.

{Oér. de Rossill. , p. 390.)

Le grand tragique affectionne davantage encore remploi du participe passif remplaçant un substantif avec de, Crassus mort ,

LATINISME. 1

pour dire la mort de Crassus, les Romains défaits, pour dire la défaite des Romains, etc. :

Après la mort du comte, et les Maures défaits,

Faudroit-il à ma gloire encor d'autres effets? {Cidj v, 1.)

De nos parents perdus le vif ressentiment

Nous apprit nos devoirs en un même moment. (Cift., v, 3.)

Le seul Flaminius, trop piqué de l'affront

Que son père défait lui laisse sur le front. {Nicom.^ i, 5.)

Pour gagner mon amour il faut servir ma haine.

A ce prix est le sceptre, à ce prix une reine.

Et Grimoald puni rendra digne de moi

Quiconque ose m'aimer, ou se veut faire roi. {Perth., u, 1.)

Moi-môme au fond du cœur, de même horreur frappé,

Je veux fuir le remords de son trône occupé. {GEd., v, 1.)

\ peine d'Artabase eus-je signé la paix,

Que j'appris Crassus mort^ et les Romains défaits. (Sur.^ m, 1.)

Il est bon de se reposer après la bataille gagnée, (LeU. au P. Boulard, 10 juin 1656.)

Il emploie encore le participe passif de plusieurs autres manières également imitées du latin :

Que vous m'étourdissez 1 N^' est-ce point assez dit que votre âme est éprise?

Que vous allez mourir si vous n'avez Florise? (La Suit;., ii, 1.)

As-lu cru que le ciel consentît à ma perte, Jusqu'à souffrir encor ta lâcheté couverte ? {La PI. Roy,, ii, 3.)

C'est-à-dire jusqu'à souffrir que ta lâcheté restât couverte, cachée.

iprèf votre beauté sans raison négligée,

n me puoit bien moins qu'il ne vous a vengée. [tbid,, v, 1.)

Il est parti soudain après votre amour sue, (VIllus, com,, iv, 2.)

Malgré l'aversion d'entre nos deux familles

De mon tyran Pélie elle gagne les filles;

Et leur feint de ma part tant d'outrages reçus.

Que ces faibles esprits sont aisément déçus. {Méd,, i, 1.)

Qui plaint du sexe en vous les respects violés, {Théod,^ m, 3.)

Flavie est aux abois ; Théodore échappée

D'un mortel désespoir jusqu'au cœur l'a frappée. {Théod., v, 1.)

Le combat contre lui ne te sera permis

Qu'après deux fiers taureaux par ta valeur soumis. [La Tois, dor, i, 4.)

Quoi! vous vous offensez dCHypsipile quittée'.

D'Hypsipile pour vous à vos yeux maltraitée! {Ibid., iv, 3.)

Mais, quand j'aurai vengé Rome des maux soufferts.

Je saurai le braver jusque dans les enfers. {Citi., ii, 3.)

A propos de ces derniers vers, Voltaire fait une remarque trèsjdste:

« L'esprit de notre langue, dit-il, ne permet guère ces participes; nous ne pdù-

voof dire de» maux ioujferu, comme on dit det maux passés. Soufferts suppose par quelqu'un ; les maux qu'elle a soufferu : il serait à souhaiter que cet exemple de Corneille e6t fait une régie; la langue y gagnerait une marche plus rapide. >

Quelquefois Fou rencontre aussi chez Corneille la proposition . infinitivc purement latine , comme dans ce vers où Voltaire a vu à tort un solécisme :

Je ne me croyais pas être ici pour l'entendre.

On dirait très-bien mot à mot en latin : Non me credebam hic adesie ut hoc audirem.

Le grand poëte dit encore de même :

Doriie se feint êire un jeune gentilhomme. {Prif. de Clit.) Inutile d'observer que remploi de la proposition infinitive était des plus fréquents dans Tancienne syntaxe :

Qui persuade aux peuples la religieuse créance suffire seule et sans les mœurs à contenter la divine justice. (Montaignb, Ess,, m, 12.)

Corneille affectionne aussi la forme optative , comme dans ce vers :

En fussions-nous tous trois à jamais ignorants, {Œd.^ v, 5.)

11 se sert du pronom relatif d*une manière toute latine :

Comte, c'est un effort à dissiper la gloire

Des noms les plus fameux dont se pare l'histoire,

El que le grand Auguste ayant osé tenter

N'osa prendre du cœur jusqu'à l'exécuter. {Penh., u, 5.)

Il emploie plus que comme le magis quant ut des Latins , dans le sens de trop pour :

Vois-tu, par tous moyens je te veux soulager;

Mais j'ai bien plus d'esprit que de m'en affliger. {La PL Roy , i, 2.)

Je vous juge plus sage, et plus aimer votre aise,

Que d'y tarder ainsi sans que rien vous y plaise. (la Gai. du Pal., ii, 1.)

L*exaoto correction demanderait : Je vous juge trop sage, et je crois que vous aimez trop votre aise pour... Du reste, c'est encore un latinisme comme dans la phrase précédente : Te sapiefitiorem puto quam ut. Plus aimer^ après plus sage, qui parait un peu singulier et moins heureux, est également imité du latin.

On le voit assez par les exemples que nous avons réunis, les latinismes de Corneille ne sont pas les latinismes lourds et gênés du seizième siècle. Ils sont toujours clairs, vifs, ils facilitent et varient la versification en enrichissant la langue.

LE, pronom relatif, accordé, bien qu'il ne se rapporte pas à un aubatautif, mais li un adjectif ou ù un verbe.

Voltaire a signalé cet emploi comme une faute chez Corneille :

Vous êtes satisfaite, et je ne la suis pas. (Pomp.^ v, 2.)

« On sait aujourd'hui, dit-il, qu'il faut/e ne le suis pas; ce le est neutre. Êtes vous satisfaites? nous le sommes, et non pas nous les sommes. »

Et encore :

Vous eo êtes instruits, et je ne la suis pas. (D. Sanc, i, 3.)

« Observez qu'il faut, « et je ne le suis pas. » S'il y avait là plusieurs reines, elle dirait, « nous ne le sommes pas, )> et non, « nous ne les sommes pas. ï^ Ce le est neutre. »

C'est seulement dans la seconde partie du dix-huitième siècle qu*on a établi invariablement la règle que toutes les fois que le remplace un adjectif, masculin ou féminin, singulier ou pluriel, ou bien une proposition résumée par ellipse, il est neutre et invariable.

Tout le dix-septième siècle a parlé comme Corneille :

Les chaloupes mettoient nos soldats à terre auprès du marabou, où la descente avoit paru la plus aisée, et l'ôtoit en effet. (Pelliss., HUt,de Louis XIV, 1. ii, 1664.) —Je ne veux point qu'elle soit malade, encore moins qu'elle se la fasse. (Boss., Ua., à M"* du Mans, 17 janv. 1893.)— ^'^ P^rlé ce matin à madame de Maintenon, et lui ai même donné une lettre que je lui avois écrite sur ce sujet, la mieux tournée que j'ai pu. (Racine, à Hoi/., 30 mai 1693.) — La lettre que vous m'avez écrite est parfaite, soit pour le caractère, soit pour l'orthographe ; le style est simple et net ; il n'y a rien d'inutile, et on ne peut en être plus contente que je la suis. (M** DE Mainten., Leit. sur téduc. Aux dem. de la classe bleue, 1700.) — 11 n'est pas môme question de parler beaucoup en ces sortes d'occasions, où il ne ê'agit que d'être repentante de ses péchés, comme je ne doute point que vous ne la soyez. (H** Du Noter. Œuv, mêl., p. 117.)— La pauvre idiote se crut condamnée, quoi qu'elle ne la fût pas. (Id., ibid.) — Je ne puis vous l'avoir dépeinte anssi prudente, aussi juste, et anssi capable de porter la couronne, qu'elle la parut à ce commencement de sa nouvelle dignité. (M"* de Yilled., Alcid., i, 1.) — Je vois bien que j'ai encore quelque temps à souffrir de votre éloignement. Au moins, croyez bien que c'est celui de tous mes maux auquel je suis la plus sensible. (M*« DE CouRC, Leu., xix.) — Je n'ai jamais été affligée an point où je la suis. (Id.» iàid., xiv.)

vALMiBB.Mais vous seriez toujours demeurée insensible. JLDBGON. Je l'avoue, et sans doute encor même aujourd'hui,

S'il n'avoit rien aimé, je la serois pour lui. (T. Cork., Théod,, ii, 1.)

Contentez-vous d'aimer les personnes qui en sont aussi reconnaissantes que je la fuis. (Madaub, duch. d'Orl., dans les Mém. de D. de Cosnac.)

M"* de Sévigné, on le sait, aurait trouvé ridicule d'employer le dans des cas pareils : elle se serait crue transformée en homme.

On trouve encore au dix-huitième siècle des exemples de cet emploi du féminin, tels que les suivants :

J'ai UD fils qui est un fort honnête homme, dont j'ai toujours été très-contente, et dont je ne la suis pas aujourd'hui. (Mariv., La Vie de Marianne, iv.\

Aux exemples cités de Corneille on en pourrait ajouter plusieurs autres, comme :

Il faut de deux raisons que l'une vous retienne: Ou vous aimez Placide, ou vous êtes chrétienne. THÊOD. Oui, je la suis, madame, et le tiens à plus d'heur

Qu'une autre ne tiendroit toute votre grandeur. [Thiod., ii, 4.)

Il faut aussi rapporter aux faits précédents cette phrase plus singulière :

Je plains cette abusée « et c'est moi qui la suis

Peut-être, et qui me livre à d*étemels ennuis. [Oth., m, 1.)

— De même, les pour le :

Infidèles témoins d'un feu mal allumé,

Soyei-les de ma honte. (La Gai. du Pal., m, 10.)

Cela nous doit suffire pour... avoir de la défiance des choses mêmes dont nous croyons être les plus assurés. (Nie. Ess. de Mor., t. viii, lett. lxiii.)

— LE, LA, explétif, ou remplaçant gue^ lequel:

Ce qu'il faut entendre un peu plus généralement que les termes ne semblent porter, et détendre à la réconciliation de toute sorte de mauvaise intelligence. (Prem. Dite.)

Corneille, lorsque sa langue semble le plus particulière, est toujours dans la tradition antique et constante. Les exemples assez nombreux qui suivent montreront dans toutes ses variétés un fidit non encore observé, que nous sachions :

Btnoitt est l'homme, sire, que vous avez apprins et endoctriné, et /'avez enseigné en vostre loy affin que vous Iny soyez doulx et débonnaire es maulvais jours. (£7iil0ni.eoiiio/.,ii,3.) — Ce duc Jehan augmenta, par acquest de ses deniers, la maison de Bonrgongne de la comté de Charolois : laquelle il achepta , et la paya an eomte d'Armignac, qui la possedoit par héritage. (Ouv. de LaMarchb, Mém,, introd., c. m.) — Ayant affaire à un homme hardy et adventureux, que jamais il ne pouvoit attirer à bataille rangée, ny rattraper en pleine campaigne. (Amtot, fieSf Sertorius.) — Et feirent sçavoir de leurs nouvelles à ceulx de dedans la ville par des lettres qu'ils attachoyent à des flesches, et les tiroyent par dessus les mnrailles. (Id., ibid.j Cimon.)~Il réfute entièrement le discours do ceulx qui maintiennent que ce feut une pointe de rocher, que la violence d'un tourbillon de vent arracha de la cime de quelque montaigne, et le porta par l'air tant que... (Id., jM., Lysandre.]~Nous trouvons qu'en ces nouvelles terres, presque toutes les choses que nous estimons icy tant, et les tenons nous avoir esté premièrement révélées et envoyées du ciel, estoient en créance et observance commune plusieurs miUe ans auparavant qn'en eussions ouy les premières nouvelles. (Charron,

La Sag,, ii, 3. ) — Il en faut dire autant de Francns, que le Manethon du même Annius nous supose pour fils d'Hector de Troye, et Tamene en Gaule pour y être gendre et successeur du roy Rcmus. (Mézbr., HUt. de Fr. av, Clov., i, 1 ) — Les Florentins luy détenoicnt Montfeltre, et quelques autres terres que Léon X avoit prises sur luy, et Us leur avoit engagées. (Id., Abr. de VHist. de Fr., an 1527.) — Ce qui répugne à notre raison s'accorde nécessairement à une raison plus haute que nous devons adorer, et non tenter vainement de la comprendre. (Bossv Serm, pour te vendr. de la trois, sem. de car,, i.j — Saint Paul parloit obscurément de ces choses, ou par respect pour les puissances établies de Dieu, ou pour ne point exciter la persécution que les fidèles doivent attendre en silence, et non to provoquer par aucun discours. {Id.jFrag. sur div. mat, de eontrov., 5* fragO

— C'est cette bonne intention qu'il faut renouveler souvent pendant le jour, et continuellement prier Dieu de la fortifier. (Id., Méd,, Serm. de N.-S. sur la montagne, XXIX.) C'est ce qu'on ne sauroit assez vous rappeler, ni vous le mettre trop duis le cœur. (Id., Lett., à M" D'Alb. de Luyn., 5 nov. 1694.) — Ce fond étoit le domaine de la couronne, lequel il vouloit entièrement dégager, et Taccrottre par quantité de nouveaux droits. (Pérbf., Hisi, de Henri /V,3«p., 1608.)— C'est ainsi qu'ils en ont usé contre le curé de Liliourne en Guyenne, qu'ils firent accuser de jansénisme par des récollets, et le citèrent devant des commissaires qu'ils lui firent donner par les gens du conseil de M. l'archevêque de Bordeaux. (Le Maist., Leti. itun avoc. au Parl.^ etc.) ~ Le second fut David de la tribu de Juda que Dieu trouva selon son cœur, et le fit sacrer avec de l'huile sainte par le prophète Sa- Auel. (Fliury, Catéeh, hist., V* p., xvi.) — Comme l'hymne de S. Athénogène, ancien théologien du même siècle, qu'il chanta avec joie étant près d'entrer dans le feu, et la laissa par écrit à ses disciples. (Id., Mœurs des chrit., xxii.) —Défaut naturel au sexe, qu'on doit combattre de bonne heure, et non fentretenii et /'augmenter en s'y livrant. (Roll., Traité des £tud„ 1. 1, c. 2, art. 2. $4.)

De même en plein dix-huitième siècle, mais par une reprochable infraction aux lois de Tusage et de la logique :

C'est un homme qu'il faudrait enlever de chez lui, et le prendre par force pour lui faire fairece qu'il veut. (J.-J. RoiJ8s.,£«f/.,àH"* d'Ëpinay, à l'Ermitage, 1756.)

— Ce fut un de ces plaisirs de l'âme que les persécuteurs ne sauraient connaître ni tes ôter aux opprimés. (Id., Confess,^ xii.)

Lui^ régime indirect, jouait souvent le même r61e :

On eût pu lui donner le nom de bonne aussi bien que celui de grande, si ellt n'eût pas traité si inhumainement, comme eUe fit, sa cousine germaine Marie Stuart, reine d'Ecosse, qu'elle tint dix-huit ans prisonnière, et puis lui fit couper la tète. (PÉRiiF., UisL de Henri IV, 3* p., 1603.) —Par quels organes mettra-telle en ceavre la matière à qui elle doit donner tant de force, et lui inspirer nonseidement le mouvement et la vie, mais une imitation de la raison? (Ddoobt, GB«v. des six jours, vi.)

Nous indiquerons comme faits analogues les exemples suiraiits :

Uastivement passa la terre, Dont il osta jadiz la guère Qui à toz ses ancessors fu,

E il meïsmes cuens en fu. [Vie du pape Grégoire U Grand.)

Ils se figuroientune infinité de dieux, à qui ils donnoient différents noms selon

les pays, et en contoient mille fables ridicules. (Flkury, Petit Catéeh. hist,, viii.)

— C'est un autre ennemi qu'il faut combattre, et en porter tout le poids et la violence. (PoLARD, Traité de la colonne, v.)

Dans ces phrases, en tient la place de dont y comme, dans d'autres, h tient la place de que, lequel, laquelle, et /mi, la place de à qui, auquel y à laquelle y etc.

— LE, pronom, se rapportant à un substantifquerarticle n'accompagne pas :

Qaand je me faii junice, il faut qu'on se la fasse. (Cira.)

\\ me fera justice encor' qu'il soit bon père,

Ou Rome, à son refus, se la saura bien faire. (Nicom,, m, 3.)

Mais, seigneur, étant seuls, je parle avec franchiêe.

Bannissant les témoins vous me favez permise. {Sert., m. 1.)

La rigueur de la grammaire ne permet pas aujourd'hui de rapporter ainsi un pronom à un substantif sans article. La même vétille pourrait être relevée dans Corneille à propos du pronom en, de sien^ lui, elle, eux :

Faius grâce, seigneur'; ou souffrez que fenfasscn

Et montre à tous par là que j'ai repris ma place. [Pomp., iv, 3.)

Allez lui rendre hommage^ et j'attendrai le sien* {Ibid.y ii, 3.)

Seigneur, si y ai raison, qu'importe à qui je sois?

Perd-elle de son prix pour emprunter ma voix? {Nicom.f i, 3.)

Cette règle impérieuse, et quelquefois gênante de la grammaire française, est souvent négligée par de bons auteurs, comme elle Fa été par Corneille :

Elle leur défend encore plus fortement que les lois civiles de se j aire justice à eux-mêmes ; et c'est par son esprit que les rois chrétiens ne se la font pas dans les crimes même de lèse majesté au premier chef. (Pascal, Provinc, xiv.) — U ne suffit pas d'avoir raison; c'est la gâter, c'e'st la déshonorer que de la soutenir d'une manière brusque et hautaine. (FiNELON.) — C'est une question de morale, kupsêlle se mêle peu de la conduite des souverains. (Voltaire.) — Il m'a paru que vous m'écoutiez avec atuniion tandis que je lisais. — Est-ce qu'on peut la refaser au ridicule? (Diderot.)

J.-J. Rousseau est peut-être de tous nos écrivains celui qui offre le plus d'exemples de la violation de cette règle, comme dans les phrases suivantes, dont plusieurs sont tout à fait choquantes :

Je ne leur dois que justice en parlant d'eux, et je la leur rends. {Les Confess,) — Talbre. ciel I et je ne meurs pas de Aon/e/— M arton. Eh! monsieur, vous êtes peutêtre le seul de votre ordre qui la connaissez. [Narcisse, se. 17.) — Ce n'est pas assez de finir par rendre justice, quand on commence par en manquer. [Lett., à M. Liard, 19 avril 1766.) — J'avais le plus grand besoin d'un protecteur qui ne dédaignât pas ma confiance, et où pourrais-je mieux le chercher que parmi cette illustre noblesse à laquelle je me plaisais à rendre honneur , avant de penser qu'un jour j'aurais besoin d'elle pour m'aider à défendre U mien? (Ibid.)

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