‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 5 sur 342 · LÉGALITÉ. — LEURRER · texte numérisé non relu

LÉGALITÉ. — LEURRER

LÉGALITÉ, loyauté, probité, droiture:

Rome l'eût laissé vivre, et sa léyalUé

N'eût point forcé les lois de l'hospitalité. {Nécom., i, 5.)

« Légalité, dit Voltaire, n'a jamais signifié justice, équité, magnanimité ; il signifie authenticité d'une loi revêtue d'une forme ordinaire. »

Le célèbre commentateur hasarde encore ici une assertion qui contredit la pratique ancienne et longtemps conservée de la langue.

On trouve de nombreux exemples de légalité dans le sens de

loyauté, probité, droiture, qui est celui dans lequel Corneille l'a

employé; et aussi dans le sens de fidélité', de soumission aux

lois, aux principes de la morale :

Tant estoit le peuple athénien amateur de justice, et tant il avoit de confiance en la légalité et preudhommie d'Aristides. (Amyot, Vies, Aristide.) — Je ne veux devoir ma seureté ny à la bonté et bénignité des grands, qui s'agréent de ma légaliié et liberté, ny à la facilité des mœurs de mes prédécesseurs et miennes.

(MONTAIGIIB, Est., 111, 9.)

Le mot légalité se trouve encore avec cette acception dans le Dictionnaire de Richelet et dans celui de Y Académie, édition de 4748; il n'a été retratiché de ce dernier dictionnaire que dans l'édition de 4762.

Comme on disait légalité pour loyauté , on disait aussi légal pour loyal :

M Naudé était un homme fort sage et fort prudent, fort réglé, qui semblait vivre dans une certaine équité naturelle; il était fort bon ami, fort égal . et fort UgaL {LEsprUdeGuy Patin, Amst., 1713, p. 284.)

LÉGÈRETÉ. SUR la légèreté de, sur le fondement léger de :

8tsr ta légèreté d'une croyance si peu raisonnable, il renonce à une affection dont il était assuré, et qui était prête d'avoir son effet. (£a;aiii. de Mil,)

— LÉGÈRETÉ, avec le plur., dans le sens de sentiments volages :

Tu tournes tes regards du côté d'Angélique :

Est-elle donc l'objet de tes légèretés? . (La PI. Aoy., u,7.)

Penses-tu que je sois, après ton changement,

Ou sans ressouvenir, ou sans ressentiment?

S'il te souvient encor de ton brutal caprice,

Dis-moi, que viens-tu faire au lieu de ton supplice?

Garde un exil si cher à tes légèretés. {Jbid., va, 6.)

LEURRER. SE leurrer de, suivi d*un infinitif, se flatter complaisamment de :

U ne u leurre point (f animer de beaux chants.

Et veut pour se produire avoir la clef des champs. (Excuses à AHsu.)

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