‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 51 sur 342 · NOURRITURE · texte numérisé non relu

NOURRITURE

« Ce terme nourriture ^ observe justement Voltaire, mérite d*étre en usage; il est très-supérieur à éducation, qui, étant trop long, et composé de syllabes sourdes, ne doit pas entrer dans un vers »

Corneille a dit encore :

Surtout il est instruit en l'art de bien régner :

C'est à vous de le croire et de le témoigner.

Si vous faites état de cette nourriiure, ^

Donnez ordre qu'il régne... (/Vicom., ii, 3.) ^3l

Cette signification , de même que celle que nous présenterons plus loin, est rapportée par la dernière édition de TAcadémie; mais elle est maintenant à peu près inusitée. Les exemples suivants montrercmtt avec ceux de Corneille, conmie elle est d'un emploi heureux, et combien eÛe est ancienne :

• Moult H de bone norreture

1 Et é% boa sens fa par nature. (Hbrbbrs, Dolopathos, v. 1367.)

Nature sormonte et trespasse

Tout ce ke norreture amassr. (Id., Ibid., v. 1373.)

Àlcippe ayant esté nourry par son père avec la simplicité de berger, eut toujours un esprit si éloigné de sa nourriture, que toute autre chose luy plaisoit plus que ce qui sentoit le village. (D'Urpé, CAstrée^ i, 2.) ^ Sa fille n'a démenti (dit ironiquement) ni la nourriture, ni les bons exemples que son père lui a donnés. (Pateu, Plaid., x.) — Si ma disgrâce leur a fait perdre des avantages du côté de la fortune, elle leur en a donné du côté de la bonne nourriture et de l'esprit. (BussT, Leu., à M** de Sévigné, 28 janv. 1672.)— Dans les nourritures ordinaires où l'on ne regarde qu'au physique, pourvu que l'enfant vive et qu'il ne dépérisse point, le reste n'importe guère ; mais ici, où l'éducation commence avec la vie, en naissant l'enfant est déjà disciple, non du gouverneur, mais de la nature. (J.-J. Rouss., Emile, vu.)

— NOURRITURE, cclui qu'ou a nourri, élève, enfant :

Et, quel que soit ce fils que Rome vous envoie.

Seigneur, je lui rendrois son présent avec joie.

S'il est si bien instruit en l'art de commander.

C'est un rare trésor qu'elle devroit garder,

Et conserver chez soi sa chère nourriture,

Ou pour le consulat, ou pour la dictature. (iVicoMi, ii, 3.)

Cette signification, également tombée en désuétude, était aussi trè&4ieureuse, comme le prouveront les exemples suivants :

Bien ay fait noble noriture,

Touz jour tenir je le vuuldroie. [Le Geu des trois roys.)

Je doibs bien estre au cueur marrie

D'avoir nourry tel nourriture, [Moralité de charité.)

Dans son jardin Vénus se reposoit

Avec Amour, sa douce nourriture. (Haurigb Sgèvb, Délie.)

Cléontine, qui jugea ce party avantageux pour sa nourriture, me remercia de la

voloDté que j'avois pour Celidée. (D'Urfs, VAsirée, ii, l.)^Araxez, se voyant si

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