‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 65 sur 342 · OTER DE SCRUPULE · texte numérisé non relu

OTER DE SCRUPULE

J'avois en jusqu'ici ce respect pour ta gloire

Qu'en te nommant tyran j'avois peine à me croire,

Je me tenois suspecte, et sentois que mon feu

Faisoit de ce reproche un secret désaveu.

Mais tu lèves le masque, et m'àtes de scrupule ,

Je ne puis plus garder ce respect ridicule,

Et je vois clairement, le masque étant levé.

Que jamais on n'a vu tyran plus achevé. [Penh., iv, 2.)

— OTER DE, diminuer, affaiblir :

Je les laisse en latin, de peur que ma traduction n'ôte trop de leur grâce et de leur force. (Pomp.j au lect.)

OU,adv. de lieu, employé d*unemanièreellipt., devant un infin.:

Oui, mais il faut retraite après où me sauver.

Et je n'ai point d'ami si peu jaloux de gloire

Que d'être partisan d'une action si noire. {La Veuve, ii, 6. )

Contre ceux qu'on pressoit de vous faire périr,

Je n'avois que les airs par où vous secourir. {La Tois. d'or, iii, 6.)

— OU QUE, elliptique, pour signifier en quelque lieu que , ubicumque :

Où que soit Rosidor, il le suivra de prés,

Et je saurai changer les myrtes en cyprès. {CtU ,iv, 6.)

Fais qu'à force de cris poussés jusqu'en la nue

Ton mal soit plus connu que la cause inconnue,

Fais que chacun le sache et que par tes clameurs

Clarice, où qu'elle soit, apprenne que tu meurs. (La Veuve, iv, J.)

Qu'on le trouve où qu'il soit; qu'une grêle de bois

Assemble sur lui seul le châtiment des trois. [La Gai. du Pal.^ i^ 9.)

Nous le rencontrerons, n'en soyez point en peine ;

Où que soit sa retraite, il n'est pas toujours nuit ;

Et ce qu'un jour nous cache, un autre le produit. {La PI. Roy. y v, 4.)

On trouve de très-anciens exemples de cette forme abrégée :

Louis de Chalon... éleva plusieurs gens-d'armes bourgongnons et autres, oâgu'il en peut finer, àgrans roust, frais, et missions. (Oliv. de La Marcbb, Mém., i,:21.) — Et tous les jours, où qu'ils soycnt, chantent les heures du jour, et la grande messe solempnelle. (Id., Estai de la maison de Charles le Hardy j De la chapelle.)

Mais elle était déjà condamnée par les grammairiens du dixseptième siècle :

< Où que, pour en quelque lieu que. Cette façon de parler, dit Ménage, se trouve en plusieurs auteurs tant anciens que modernes. > {Observ. sur la langue frtsnç. jl'* p., cil ] ♦

Cet écrivain, assez souvent un peu puriste, dit encore :

c Nonobstant toutes ces autorités, je tiens cette façon de parler vicieuse, et je ne voudrois pas m'en servir; je conseilleaux autres de ne s'en point servir.^ {Ibid.}

90 oy.

Malgré cette décision, de bons écrivains, comme Jean-Jacques et Bufifon, n'ont point fait scrupule d'employer où que pour en quelque lieu que; et certes ce n'est pas une locution à rejeter de la langue.

— ou, pour quand^ comme Yubi des Latins :

Vous n'ôtes point encore au point où je vous veox,

Et toute amitié meurt où naissent de vrais feux. {La Suiv., i, 5.)

Le choix est inutile où les maux sont extrêmes. {Théod,, m, l.j

Il est honteux de feindre où l'on peut toutes choses. {Perth.^ m, 4.)

Antigone est parfaite, Isméne est admirable,

Dircé, si vous voulez, n'a rien de comparable.

Elles sont l'une et l'autre un chef-d'œuvre des cieux ;

Mais où le cœur est pris, on cherche en vain les yeux. [OlCd,, i, 2.)

Viriate, il est vrai, pourra s'en émouvoir;

Mais que sert la colère où manque le pouvoir? (Serf., i, 2.)

Cette signification se rencontre assez souvent chez de bons écrivains :

Il étoit homme de parole où un grand intérêt ne i'obligeoit pas au contraire. (Retz, Mém.)

Tu parles de supplice où je dois récompense. (T. Corn., Stil.. ii, 5.)

Mais songez, si l'amour me la rendoit moins chère,

Que je pourrois parler où je cherche à me taire. (Id., Maxim., iv, 3.)

Le sang contre l'amom* s'explique vainement ;

Et ce n'est rien qu'un père, où l'on sauve un amant. (Id., ibid., iv, 4.)

Le désordre est à craindre où l'époux ne peut plaire.

(Id,. Cétar dAvaloi, ni, 1.)

Je compte sur vous en cette occasion, et j'y compterais même quand vous m'aimeriez moins : car je connais votre âme, je sais qu'elle n'a pas besoin du zèle de l'amour où parle celui de l'humanité. (J.-J.Rouss., Nouv, Hét., i, 64.)

Où s'employait encore d'une manière analogue pour signifier tandis que :

Combien y auroit-il d'hommes hebetez et grossiers, si depuis le plus tendre de leur jeunesse on ne les jettoit dans les escoUes, où la pluspart, le plus souvent, après avoir bien employé du temps, sont aussi sçavans que quand ils y ont entré ; où, au contraire, si on eroployoit après les femmes la centiesme partie du soin et de la cure qu'on prend après les hommes, on verroit des merveilles. 'Caq. de V Accouchée^ 6* journ.)

Mais mon cœur trop loyal ne peut être blâmé, Si ce n'est seulement pour t'avoir trop aimé. S'il eût eu moins d'amour pour une âme infidèle. Je serois innocente oà je suis criminelle.

(MoNTFLEURY, La Mort d'Asdrubal, il, 3.)

ou. 94

— ou , dans lequel, dans laquelle, en qui :

Je rends gr&ces au Dieu qae ta m'as fait conuottre

De cette occasion quHl a si tôt fait nattre.

Où déjà sa bonté, prôte à me eooronner,

Dai^e éprouver la foi qu'il vient de me donner. (Po/., ii, 6.)

Le déplorable état où je vous abandonne

Est bien digne des pleurs que mon amour vour donne. ilbid,^ iv, 3.}

Aucun effroi n'y règne où j'ose m'arréter. (/6i(/., m, I.)

L'ingénieuse tissure des fictions avec la vérité, où consiste le plus beau secret <le la poésie, produit d'ordinaire deux sortes d'effets, selon la diversité des esprits -qui la voient. {Abr. du mart. de 5. Polyeuete,)

L'attente où j'ai vécu n'a point été trompée. {Le Meni., i, I.)

Ab ! que vous me gênez Par cette retenue où vous vous obstinez ! {Hérael,, m, 5.)

Car je vous l'avouerai dans l'état dépiomble

Où m'abtme du sort la haine impitoyable.

Où tous mes alliés me refusent leurs bras.

Mon plus cuisant chagrin est de ne vous voir pas. [Perth,, iv, 5.)

Je n'invite point à cette lecture ceux qui ne cherchent dans la poésie que ia pompe des vers : ce n'est ici qu'une traduction fidèle où j'ai tâché de conserver le caractère et la simplicité de l'auteur. [Pré/, de Vlmit,, édit. de 1670.) — C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaye d'opprimer la vérité. (Pasc, Ltu, provinCf xii.) — Pendant votre séjour de Paris, je vous conseille de vous faire instruire de la philosophie de Descartes : mesdemoiselles de Bussy l'apprendront plus vite qu'aucun jeu. Pour moi, je la trouve délicieuse, nonseulement parce qu'elle détrompe d'un million d'erreurs où est tout le monde, mais encore parce qu'elle apprend à raisonner juste. (Le C^ os Coulaivobs, Leu. à Buesy-Rabutin, S7 août 1673.) — David fit une faute considérable où le jeta son bon naturel. (Boss., Po/tf., ix, 3.)

Les Lorrains enrichis de mes champs désolés Revendent dans leur camp les biens qu'ils m'ont volés ; £t leur perfide prince, où votre espoir se fonde, Qui se trompe lui-même en trompant tout le monde, Ce juif errant que Dieu ne peut voir sans courroux, S'en rêva sans combattre et se moque de vous.

(MoNTFL., Êlég. de la France aux Frond.)

Cléandre, s'étant rendu chez Eudoxe pour commencer les entretiens touchant lia matière proposée, le trouva dans son cabinet encore occupé à feuilleter divers Ihrres pour et contre les jésuites , où il avait fait plusieurs remarques, et qu'il ' avait assemblés sur sa table. (P. Daniel, Entret. de Cléandre et dC Eudoxe.) Dieux des cieux, pardonnez cette joie, Qui se mêle un moment aux pleurs où je me noie.

(Volt., VOrph. de la CAtne, Ji, 3.)

L'engagement où tu vis ne peut rester longtemps caché dans une petite ville .comme celle-ci. (J.-J. Rouss., La Nouv. HiL, \, 56.)

'0 peuple magnanime, imite en tout les cieux,

Pardonne, et souviens -toi des complots homicides

Où la Ligue autrefois entraîna tes aïeux. (Fontanis.)

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