‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 7 sur 342 · LIBERTINAGE · texte numérisé non relu

LIBERTINAGE

plas libertin que lui. Une honndte femme dira de même, jusqu'à s'en faire honneur, je suis née libertine. Libertin et libertine, en ces endroits, ont un bon sens et une signification délicate. >» (Bochours, Doutes, p. 270.)

Toa^ le monde cependant , à cette époque déjà, ne convenait pas de ce bon sens et de cette signification délicate ; et Ménage, avec Tamabilité qui lui- est coutumiëre quand il parle du disert jésuite, s'inscrivait en faux contre cette décision en ces termes :

«Je veux croire que les honnêtes femmes que voit le P. Bouhours parlent de la iorte, mais pour celles que j'ai hantées, je ne leur ai jamais ouï dire qu'elles fut» tent libertines. • {Observ. sur la langue franc. , 2* p., c 59.)

Quelques exemples, se rapportant à des noms de personne ou de chose, achèveront de bien faire comprendre comment le mot libertin s'employait dans les significations ci -dessus indiquées :

Vous voyez, Messieurs, combien la jeunesse est libertine, et le peu d'autorité que les pères ont sur leurs enfants. (Furitière, Le Roman bourg., i.) — Soyez persuadées que c'est à cause que vous êtes si exactes à les veiller qu'elles sont si aisées à conduire, et qu'aussitôt que vous cesserez de les observer, elles devien> dront /i^erfinei. (H"* de Maintenon, Entret. sur VÊduc, juin 1704.)— Pourvu que le magistrat les laisse en repos, ils jouiront tranquillement de la liberté qu'ils se donnent à eux-mêmes de penser tout ce qu'il leur platt, qui est le charme par où les esprits sont jetés dans ces opinions libertines, (Boss., Sixihme Avert. aux prot., m.) — C'est qu'ils s'abandonnent à toutes sortes de pensées ; et leur esprit libertin, qui ne veut point se gêner, se laisse gagner à celles qui «se présentent, quoiqu'eUes l'éloignent de ce quil devrait considérer. (Lamt, Entret, sur les sciences^ Id. de la log., ii.) — C'est aujourd'hui notre style ordinaire, décousu et libertin, vagabond et inégal, sans nombre, sans mesure, sans liaison, sans proportion ni entre les choses ni entre les mots. (P. André, Ess. sur le beau, e. 3.)

LIBERTINAGE, liberté excessive, dans le même sens qu'au*

trefois on employait aussi le mot licence :

Pour le lieu, il a encore plus d'étendue, ou, si vous voulez soufib*irce mot, plus de libertinage ici que dans Mélite. {Exam, de Clit.)

On a dit d'une manière analogue :

Voyez un peu où me porte le libertinage de ma plume ! mais vous jugez bien que les conversations sont pleines de ces grands événements. (M** de Sévigne, Litf,, à M"* de Grignan, 5 janv. 1689.)

Le mot libertinage^ dans la langue du dix-septième siècle, n'emportait pas habituellement, employé seul, l'idée de désordre dans les mœurs qui en est aujourd'hui inséparable. Il se disait de toute liberté excessive, et signifiait particulièrement indépendance d'esprit poussée jusqu'à la témérité :

Les enregistrements des traités faits entre les couronnes, et les vériQcatioas des édits pour les levées d'argent, sont des images presque e£bcées de ce sage milieu que nos pères avaient trouvé entre la licence des rois et le libertinage des peu>

Page 1