‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 81 sur 342 · PAROLE. — PART · texte numérisé non relu

PAROLE. — PART

PAROLE. CROIRE quelqu'un a sa parole, comme le croire 8ur sa parole :

Et si Ton pouvoit croire un père à sa parole^

Quelque écolier qu'il soit, je dirois qu'aujourd'hui

Peu de nos gens de cour sont mieux, taillés que lui. [Le Mem.^ !i^ 1.)

— PORTER PAROLE A QUELQU'UN, lui doiiner sa parole :

Si mon père à présent porte parole au vôtre,

Après son témoignage en voudrez-vous quelçi'autre? [Le Ment,, v,6.>

PART, pont partie :

S'il en a dépeuplé les trois parts de la terre. {Oth,j m, 3.)

En ptoseurs pars du royasme de France. (Cristinb db Pizàn, Le Livte des fais et bonnes meurs du sage roy Chartes F, ii, 9.)

— QUELQUE PART, pouT dire quelque partie; la moindre part, la moindre partie :

SonfiRrez que je vous parle, et vous puisse expriaier

Quelque part des malheurs où Ton peut m'ablmer,

Quelques informes traits de la secrète rage

Que déjà dans mon cœur forme leur sombre image. {9&phon.f iv, 5.)

Irène, il te faudroit les mêmes yeux qu'à moi

Pour voir la moindre pari de ce que je prévois. (Pm/cA., iv, 2,)

— FAIRE PART DE, communiquer. faire part de sa faiblesse :

Leurs plaintes ont pour vous trop d'art et de tendresse,

Elles vous feroient part enfin de leur Joiblesse,

El ce n'est qu'en fuyant qu'on pare de tels coups. {Hor,, ii, 7.)

— FAIRE QUELQUE PART DE, douncr quclqucs détails sur :

Avant que de partir il faudra sur le tard

De nos heureux succès lui faire quelque pan. [La VeuMe, y, 3. ;

— DEMANDER SA PART DE QUELQUE CHOSE, eu demander la communication :

Achevez, je vous prie, El souffrez qu'à ce mot ma curiosité Vous demande sa pari de cette nouveauté. (Le Ment., i, 5 )

— AVOIR PART A, pour Signifier ôtre en partie cause de :

Non, il n'a point de part au duel d'aujourd'hui. (Suite du Ment. y i, 4.)

— AVOIR PART EN, être complice de :

Je n*ai point eu de part en cet enlèvement. (La Veuve, iv, 5.)

— Corneille emploie aussi cette locution pour signifier avoir

PART. m

sa part de, participer à Tavantage de, en parlant de choses morales:

Que n'ai-je vu le jour quelques lustres plus tard,

Disois-je* ea «M bornés peut-être aurois-je part, (Pulch.^ ii, 1.)

— Dans un sens moral, garder trop de part en :

Ah ! reine, en votre cœur il garde trop de part. {La Tois. (for, v, 1.)

On a dit d'une manière approchante, garder un peu de part en :

Gardez~moi toujours un peu de part eu vos bonnes gr&ces. (Madcr., Leu., xxxi, éd. L. Paris.)

— PRENDRE PART EN, commc prendre part à, dans le sens de prendre intérêt à :

Je viens après mon fils vous rendre une assurance

De la pari que je prends en votre délivrance. (la Teuve, v, 8.)

— DE MA PART, pouT ma part :

C'est par là qu'il devroit soulager ses ennuis,

Madame, et de ma partïy fais ce que je puis. {Putch.j iv, 2.)

— AVOIR UN BWT A PART, avoir un but particulier :

n a son but à part^ Grimoald, prends-y garde.

{Penh., IV, 2, 1^^ éd. jusqu'en 1654 incl.)

— Dans le même sens, des règles a part, des règles particulières :

Madame, leur honneur a des règles à part :

Où le nôtre se perd, le leur est sans hasard. (Mil., v, 2.)

— METTRE A PART, dans Ic SOUS de laisser de côté, quitter, dépouiller :

Quitte cette grimace, et mets à part la feinte :

Tu fais la réservée en ces occasions.

Mais tu meurs de savoir ce que nous en disions. {La Gai. du Pal., \ii,b.)

On trouve de môme :

Et pour de Meliane un sain jugement rendre, Meu l'interest d part que tu dois y prétendre.

(ScHBLANDRE, Tyr et Sid., 2* journ., i, 1.) Tellement que, ayant mis à part tous les respects que je doy à mon père, je "^'•ccorday avec iuy faire en sorte que... (Lariv., Le Morf., i, 2.) — Quand je "^otf à part la sagesse et la connoissance de la vérité, que les hérétiques ne cioieot pat être dans l'Ëglise catholique , il y a beaucoup de choses qui me 'fliennent dans son sein avec une grande raison. {ÂhKAi3LD,Apol. pour tes catho- *«««, H, 26.)

hh% PARTAGER.

— D'une manière analogue, laisser a part :

Laisse la feinte à pari, et mettons, je te prie,

A les trouver bientôt toute noire industrie. {CUt., i, 1

Mais» laissant ces discours à part, je vous advise que la comédie est toute piaii d'amoureuses affections. (Lariv., Le Morf., prol.) — Mais laissons cela à part, escoute, car je te veux dire chose de très-grande importance. (Id., Le Fidèle, i, S — Et, laissant à part ce que vous dites à mon advantage, la seule coQsiderati< des bonnes parties dont vous estes pourveu mérite bien qu'on vous recherch (GoDGEN., Com. des Coméd,, i, 2.) — Monseigneur, si Y. A. fait réussir le proj d'establir là des vrays prestres de l'Oratoire, en lieu de ceux qui y sont, on sa vera de ce costé là 300 ducatons, car faysant une vie tout à fait commune, il i faudra aucun gage, comme il en faut aux autres, layssant à part le lustre et profit spirituel qu'ili apporteront. (S. Franc, os Salbs, Lett., à Ch. Emmanni 11 déc. 1620. Nouv. leit. inéd., lett. 264.) — Si on veut laisser à part cette ditpu de nom... (Arnauld, Apol. pour les caihol., u, 10.) — Mais laissons à part nos re sentiments et sacrifions-les à notre grand Dieu. (Boss., Réjut, du Cat. de Ferry.y Il ne se fonde jamais que sur l'expérience bien avérée, et laisse à part tous l( systèmes qui peuvent n'être que d'ingénieuses productions de l'esprit humaii désavouées par la nature. (Fonten., Éiog. des Acad., Boerhaave.)

— TELLE CHOSE A PART, en faisant abstraction de telle chose :

Vous-même, amour à part, je vous en fais arbitre. {Nicom,, i. *2

PARTAGER, séparer en partis opposés. Corneille dit, en pai lant des fameux sonnets de Job et d'Uranie :

Deux sonnets partagent la ville. Deux sonnets partagent la cour, Et semblent vouloir à leur tour Rallumer la guerre civile.

— PARTAGER, avcc à, rég. indir. de personne :

De mes plus chers dé:iirs ce partisan sincère

En faveur de l'amant tyrannise le frère.

Et partage à tous deux le digne empressement

De mourir comme frère, et vivre comme amant. {Œd., m, 1.

Et comme si leur haine, impuissante ou timide.

N'osoit le faire ensemble inceste et parricide.

Elle partage à deux un sort si peu commun,

Afin de me donner deux coupables pour un. {Ibid., iv, 5.

Vouloir qu'en ma faveur à ce grade il renonce,

C'est faire une prière indigne de réponse.

Et do son amitié je ne puis l'exiger,

Sans vous voler un bien qu'il vous doit partager, {Pulch., i, 3

Pour faire autant pour lui quel don pui.s-je lui faire?

Lui partager mon trône? il seroit tout à lui,

S'il n'avoit mieux aimé n'en être que l'appui. {Sur,, m, 1

Il lui partagera son propre diadème,

Et de toute sa gloire il le fera briller. (fntiV., i, 19.

PARTI. — »ARTICIPE, ' 413

— SE PARTAGER A, Rvec uû rég. de personne :

Mes deux traités de paix m'ont donné deux princesses.

Dont l'one aura ma main, si l'antre eat mes tendresfes.

L'une aura ma grandeur comme l'autre eut mes vœux :

C'est ainsi qu'Attila se partage à tous deux. [Au.^ m. 4. )

On trouve-de nombreux exemples de partager suivi de à, rég. indir. de personne ou de chose, avec diverses nuances de signification :

Il porfo^ea Tempire à ces deux princes» donnant l'Orient à Arcadius, et l'Occid«nt à Honorius. (Fléch., Fie de Théod.^ iv.) —L'histoire des Romains devoit avoir da rapport avec leur vie, qui était partagée aux fonctions différentes de pluiieuri possessions. (St-Evrbm., Dissert, sur Us Hist. franc.)— Les honnêtes gens partagés à divers soins ne s'y abandonnent pas (en France), comme font les Espagnols dans l'inutilité de Madrid, où rien ne donne de mouvement que le seul amour. (Id<. Sur nos Coméd,) — Le culte qu'il ne devoit qu'à Dieu seul, il le parlogsa bien-tôt à d'autres. (Mass., Serm. sur tineanst, des Aotninef.)— L'algèbre est si proportionnée à l'esprit humain que, sans partager sa capacité à des choses inutiiet pour ce qu'on recherche, elle le conduit infailliblement à son but. (Malbbr., Uek. de la vérité, iv, 11.) On diroit...

Que du ciel contre moi la bonté courroucée

Me partage à regret la lumière du jour. (M"" Dbshodlibrbs, Stances.) Cette impossibilité de partager à mes inclinations le peu de temps que j'avais de libre renouvela plus vivement le désir que. j'avais depuis longtemps de ne dire qu'un ménage avec Thérèse. (J.-J. Rouss., Confess., nu.)

PARTI. PRENDRE PARTI , absol., sc décider pour une personne ou pour Fautre, pour une chose ou pour l'autre :

Frenons parti, mon &me, en de telles disgrâces ;

Soyons femme d'Horace ou sœur des Curiaces. {Hor., m, 1.)

— UN PARTI FAIT, UU parti pris, un complot formé :

Vou m'honores de votre estime en un temps où il semble qu'il y ait un parti /«t pour ne m'en laisser aucune. {Leu, à St-Èvrem.)

PARTICIPE PRÉSENT (Emploi vieilli du).

LUI PERÇANT LE FLANC, pouT signifier lorsqu'on lui perça le flanc:

Sa mort est trop certaine et fut trop remarquable...

Il n'avoit que a|x mois, et, lui perçant ie flâne.

On en fit dégoutter plus de lait que de sang. {Héracl., i, 1,)

Lui perçant le flanc est une forme vive, et, dans le génie de la langue, bien que Voltaire, avec son ignorance habituelle du ^^yle du seizième et du dix-septième siècle, ait prétendu y signait. 8

4U PARTICIPE

1er un solécisme. On trouve de nombreux exemples de en avec le participe présent ne se rapportant pas au sujet de la phrase, et équivalant à quandj lorsque^ pendant que^^ avec Tindicatif ; ainsi :

Le regardant^ quand on le regarde :

Car il semblott le regardant Un vrai mulet de président.

{SaL Mén., Regr. fan. sur la mort de l'ânè ligneor.^

En démenant et remuant^ pendant qu'il démenait et remuait :

En démenant et remuant son cheval, Tespée qni desjà pendoit contre les flancs du chetal, vuida hors de sa guaine, et cheut sur le s{d[>lon. (Ouv. ob La M abcbe, Jf^.,1, 14.)

En la baisant^ pendant que je la baise ; en m'étendant, pendant que je m'étends :

Je la prins par le petit doy, En la baisantf ami me clame,

En m'estendant y elle se pâme. (Rond, tiré du Rec. de poésie intitulé: Petit Traité contenant en soi la fleur de toute joyeuseté.)

En détournant, lorsqu'on détourne :

Le torrent qui n'a point de source est tantost asséché en détournant de son canal le cours des eaux. (L'Hospit., But de la guerre et de la paix,)

En naissant, in nascendo, quand je naquis, quand il naquit, au moment qu'ils naissaient, dans leur naissance, selon les cas que l'on va voir :

Les peuples sont heureux que ce Dieu tout-puissant.

Illumine dès en naissant

De sa lumière intérieure. (Racan, Psaume xxxii.)

Si mon père en naissant m'avoit pu faire don Do son esprit poétique, ainsi que de son nom, Qui l'a rendu vainqueur du Temps el de l'Envie, Je pourrois dans mes vers donner l'éternité

A Voire Majesté. (Id., Êpigr.^ madrig. à Anne d'Autr.)

Voilà la prétendue faute tant reprochée à Boileau : « Si ton astre en naissant ne t'a formé poète. »

Ces derniers mots tirèrent de secrets soupirs du sein d'Amasis et de Calisthene, mais ils les estoufferent en naissant, et... (Gombbrv., Cythéfée, i, 6.) Peut-être le destin voulut vous faire naître Pour fléchir un vainqueur, pour captiver un maître. Pour adoucir en moi cette âpre dureté Des climats où mon sort en naissant m'a jeté.

(Volt., VOrph. de la Chine, iv, 4.)

PARTICIPE

En étant le tronc j lorsqu'on ôte le tronc :

fl5

n y a des vices qai ne tiennent à nous que par d'antres, et qni, en ôiant le trime, s'emportent comme dej branches. (Pasc, Pent,, éd. Louandre, c. 94.^

— Corneille emploie aussi le participe présent avec en, dans le sens de si avec l'imparfait de l'indicatif :

poLTBUCTB. Hais dans le ciel déjà la palme est préparée. ifiARQUS. Par ane sainte vie il faut la mériter. • poLisucTB.Mes crimes en vivant me la pourroient dter.

{Pot., II, 6.)

En vivant j c'est-à-dire si je vivais.

— PARTICIPE

entrant j etc. :

PRÉSENT, pour gérondif, entrant, pour en

Si j'écoate l'amour, il devient si puissant Qu'en dépit de Dorise il se fait innocent :

Je ne sais lequel croire, et j'aime tant ce doute, Que j'ai peur d'en sortir entrant dans cette route. Mais, si quelque pitié d'une telle infortune Peut souffrir aujourd'hui que je vous importune. Oiant par un hymen l'espoir à mes rivaux»

Sire, vous taririez la source de nos maux.

Hélas ! tu m'as perdu me voulant obliger !

Et si je présumois que mon trop de bonté Pût jamais se résoudre à cette lâcheté.

Qu'un si honteux pardon pût suivre cette offense, J'en préviendrois le coup, m'en ôtani la puissance. J'empêche ta ruine, empêchant tes caresses.

Ce torrent grossissoit, rencontrant cette digue. Je romprai ce combat, feignant de le permettre. Mais que dans mes malheurs jamais je me dispose A les vouloir finir, m'unissant à leur cause, A remonter au trône où vont tous mes désfrs, En épousant l'auteur de tous mes déplaisirs I Non, non, vous présumez en vain qije je m'apprête A faire de ma main sa dernière conquête.

Secourant ta vertu J'assure ta-conquéte, Et les soins que j'ai pris... mais la reine survient. Oui, seigneur, j'ai tout fait sauvant votre personne. M'en punissent les dieux, si je me le pardonne. Tu trouveras la paix quittant la convoitise.

{Ibid., m, 1.) {La feuve, m, 1.)

[La PL Roy., ii, 4.)

{Pomp., V, 4.)

(D. ^oficAe, 11, 1.)

ilbid.)

iPerth.,î,i.) {Ibid., v, 2A

[œd.,y,3,) {Imit., III, sa.)

Cet emploi se rencontre très-souvent chez tous les écrivains du dix-septième siècle, aussi bien que chez Corneille.

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