‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 9 sur 342 · LIEU · texte numérisé non relu

LIEU

On dit habituellement donner lieu, laisser lieu, avoir lieu de. Corneille modifie cette locution en mettant un adjectif ou un adverbe de quantité devant lieu :

Carlos a tant de lieu de vous considérer,

Que s'il devient mon roi, vous devez espérer. (D. Souche, v, 1.)

Et vous souviendrez-vous des mauvais traitements Qui vous avoieni donné tant de lieu de vous plaindre? {Agét., v»7.)

Vous-même qu'ils ont vu sous lui dans un emploi, Où vos conseils régnoient autant et plus que moi. Ne doitnfres-vous point quelque lieu de vous dire Que vous n'aurez voulu qu'un fantôme à l'empire? {Pulch,, ui,l.)

Ce sont des termes qu'il a si peu expliqués y qu'il nous laisse grand Uni de douter de ce qu'il Teut dire. {Premier Disc)

— DONNER LIEU DE, DONNER TROP DE LIEU DE, SUivi d*Un SUbst. : Puisqu'il me donne lieu de ce petit service. {Le Ment,, iv, 2.)

« Lieu d^un service, dit le commentateur, n*est pas français. On donne lieu de rendre service. »

Il n'est aucun de nous à qui sa violence

N'at7 donné trop de lieu d'une juste vengeance. {HéracL, iv, 6.)

€ C'est un solécisme, dit encore Voltaire; on donne lieu à quelque chose, et non de quelque chose. » Il donne lieu « à mes soupçons et non de mes soupçons. » Quand -on met un de, il faut un verbe : « il m*a donné lieu de le haïr. » L'analogie n*a-t-elle pas pu autoriser le poëte à compléter Fidée de donner lieu de par un substantif, comme on la complète par un infinitif, lequel au fond équivaut à un substantif?

On rencontre aussi dans Corneille trouver lieu de , employé

elliptiquement avec un subst. :

Dans les délibérations d'Ëtat , où un homme d'importance consulté par un roi s'explique de sens rassis , ces sortes de discours trouvent lieu de plus d'étendue. (IVem. Dise,)

Lieu, dans ce sens, ou dans des sens approchants, était souvent précédé de la préposition de :

Ceux qui réformèrent les coustumes en l'an 1507 et autres années ensuivantes bannirent de la France cest article barbare qui vouloit que représentation n*eust point </e lieu en ligne directe. (Pasq., le//., vu, 40.)

Sommes-nous en une province

Où la rigueur ha plus de lieu

Que la justice? (Grbvin. Les Esbahis, v, 4.)

Et mes vœux n*auront point de Heu,

Si par le trépas je n'évite

La douleur de vous dire adieu. (Hâlh., Stancp.M.deBelieg., 1608.)

UGNÉE. — UQUÉFACTION. 49

L'Aquitaine n'étoitpas réputée une partie de la France, mais une conquête ^ et elle gardoit toujours les lois et la langue des Romains ; celles des François n'y avoient point de lieu. (Mézer., Abr, de CHist. de Frtince, an 770.) — Ce grand silence de J.-C. sur les comédies me fait souvenir qu'il n'avoit pas besoin d'en parler à la maison d'Israël , pour laquelle il étoit venu, où ces plaisirs de loit temps n'avoicni point de lieu. (Boss., Leii.. à la sœur Cornuau» xx.)— Comme il (Mole) avoit été nourri dans les formes du palais , tout ée qui étoit extraordinaire lui étoit suspect. Il n'y a guère de dispositions plus dangereuses en ceux qui se fmcontrent dans les affaires où les règles ordinaires n'om plus de lieu. (Retz, ''m».) — Quoique nous vivions sous un régne où la vertu est en recommandation, '«è la raison dn respect humain n'a plus de lieuj puisque ceux auxquels on a le plus d'intérêt de plaire, non-seulement se déclarent pour la piété, mais ne peuvent souffrir le vice, il y a toujours un levain caché de libertinage qui subsiste. (Cnmir*» Serm, pour la Peut., m.) ~ S'il y a des catholiques dont les sentiments ne tfoMMefH pas de lieu à ces médisances , il a la hardiesse de les vouloir mettre hors de pair, comme n'ayant pas la même religion que les autres. (Arn., Apol. pour lescathoL, v.) — Qu'ils le disent donc clairement, afin qu'on aiiplus de lieu de détester leur imposture. (Id.. ilnd., ii.) — Quel homme jusque-là avoit paru sur la terre qui eût plus de lieu de se glorifier lui-même que Jésus-Christ? (Mass., Petit Carême. Serm. sur la Passion.) — Quoiqu'elle n'aii pas beaucoup de lieu, à ce qu'on prétend , de se louer des manières de M"* Petit, elle m'a pourtant paru fort réservée sur son chapitre. (M"* nu Noyer, Œuv, mil., p. 102.)

— s'il s'en offre LIEU, si l'occasion s'en offre :

Ma sorar, auparavant, engagez l'entretien.

Et ê'ile'en offre lieu, jouez d'un peu d'adresse,

Pour votre intérêt et le mien. [Agit., i, 1.)

LIGNEE, avec le pluriel, pour signifier familles, races :

Ces nombreuses lignées.

Qui du sang d'Israël portent si haut l'honneur,

Des terres les plus éloignées Y viennent rendre hommage au grand nom dn Seigneur.

{Trad, du Ps, cxxi.)

LIMITE, au masculin, comme le latin limes, limitis :

Et ta miséricorde, excédant tout iiwHtet, Accabler un pécheur d'un excès d'amitié

Qui surpasse tous les mérites. {!mit,, m, 10.)

LIMITE, n'avoir rien de limité, n* avoir pas de limite :

Ah I ce n'est pas à moi d'avoir tant de bonté,

Le devoir qui m'afgrlt n*a rien de limité. {Le Ctd, iv, 2.)

LIPPÉE, fig. UNE Bor<NE LippÉE, pour signifier une bonne capture, une bonne aubaine :

Ce fut en cet état, les doigts de sang souillés,

Qu'au bruit de ce duel trois sergents éveillés.

Tout gonflés do l'espojr à* une bonne lippée.

Me découvrirent seul, et la main à l'épée. {Suite du Ment., i, 1.)

LIQUÉFACTION, fig., pour marquer l'état d'un cœur qui

semble se fondre par l'effet d'un sentiment ardent :

Tous rappellerez aisément en votre mémoire ce que tous savez mieux que moi,

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