XVI INTRODUCTION
l'autre siècle ; il disait rechanté, pour signifier qui a été Tobjet de beaucoup de chants, célébré, vanté : « Ces murs si rechantés^ » (parlant de Troie); évader y pour s'évader; rapporter o, pour se rapporter à, avoir du rapport avec : Dont vous verriez l'humeur rapportante la vôtre, etc.; dé faire , pour se défaire; rapprocher, pour se rapprocher : S'il ne faut qu'empêcher qu'un si fidèle amant n'en puisse rapprocher ; séjour, pour retard, délai.
Il garde aussi de vieilles formes orthographiques qui n'étaient plus de mode \ Il écrit vefve, quand Malherbe et Vaugelas écrivaient veuve» Il continue à dire submission, quand soumission avait déjà prévalu.
Un fait sert, avec beaucoup d'autres, à montrer quels changements s'étaient opérés dans la langue en quelques années du règne de Louis XIV, et sous l'influence des purs et brillants écrivains de la nouvelle période, qui date de 1660. Ce fait, c'est que Thomas Corneille, qui vécut toujours avec son frère dans une parfaite conformité de sentiments et d'idées, écrivant des notes sur les Remarques de Vaugelas, se prononce très-souvent contre des expressions et des manières de parler employées parle grand tragique, et les déclare vieillies, impropres ou dépourvues d'élégance.
Pierre Corneille emploie souvent estime pour dire gloire, réputation. Ce sens passif est condamné par Thomas en ces termes :
« Je ferois difficulté d'employer estime autrement que dans la signification active, comme son estime est une chose que tout le monde recherche avec soinj pour dire Vestime qu'il a pour ceux qui ont du mérite est recherchée de tout le monde, mais il me semble qu'on ne diroit pas fort bien, dans la signification passive, son estime diminue de jour en jour , pour dire Vestime qu'on avoit pour lui. Estime est un mot qui approche de considération ; on dit fort bien : tous les honnêtes yens ont beaucoup d'estime et de considération pour lui , mais comme on ne sauroit dire , sa considération diminue ^ pour dire la considération qu'on avoit pour lui, je
' On sait^ d'ailleurs, et nous n'avons pas besoin de répéter avec détails que Corneille avait des habitudes orthographiques particulières, qu'il eut un système d'orthographe à lui, et que nombre de ses innovations, plus ou moins promptttment adoptées, ont triomphé définitivement. Ainsi, on l'a déjà remarqué, c'est lui qui, le premier, proposa d'écrire éblouir, ébranler, il était, au lieu d'«blouir, esbranler^ il estait^ et d'accentuer sévérité^ qu'on écrivait sévérité. Dans la dernière édition de ses œuvres, faite par lui avec le soin le plus attentif en 1682, deux ans avant sa mort, il a ramené à l'orthographe étymologique beaucoup de mots comme intriques, ambro&ie, funciions, prétemions, disscntion, sub^ mission. Il a ramené plusieurs autres mots à l'orthographe française, tel que Courier, qu'il écrit avec un seul r, comme courir.
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ne crois pas qae Ton paisse dire, son estime diminue^ dans le même sens qu'on a dit, sa réputation diminue. » {Net. sur les Remarques de Vaugelas, DXLI.)
Il déclare aussi que le mot discorde qui se trouve dans le Cid. est tout à fait hors d'usage.
Pierre Corneille a employé d'une manière absolue période, substantif masculin, pour signifier le point le plus élevé, apogée. Il dit : « Les sciences et les arts ne sont jamais à leur période^ w comme Vaugelas dit : a monté au période de la gloire ; » Thomas Corneille condamne cette manière de dire quand il fait cette note :
« On ne dit point monté au période de la gloire. 11 faut dire au plus haut période de la gloire, comme on dit jusqu'au dernier de la vie. »
Pierre Corneille emploie auparavant avec un régime. Thomas, à propos de la remarque CCCCXLVIII de Vaugelas, proscrit formellement cette manière de parler :
« Non-seulement, dit-il/ auparavant lui et auparavant que vous soyez venu, ne sont point du bel usage, mais ce sont des fautes contre la langue. Il faut dire avant lui et avant que vous soyez venu, auparavant ne pouvant être qu'adverbe. »
n condamne également dedans^ employé avec un régime pour
dans :
« On a rendu la langue française si pure, dit-il, qu'il n'est plus permis aux poètes, non plus qu'à ceux qui écrivent en prose, de mettre les prépositions composées pour les simples. Ainsi il faut dire, sur^ sous, dans et hors en vers, et non pas, dessus j dessous, dedans, dehors, lorsqu'il suit un substantif, et que ces prépositions ne peuvent tenir lieu d'adverbes. > {Note sur la Remarque CXXVIil.)
Devers, dans Pierre Corneille, est très-souvent suivi d'un nom de personne, comme vers. Cependant Thomas déclare que « devers est une préposition qui a vieilli, et dont il n'y a plus que le peuple qui se serve/» Il proscrit encore plus fortement la lourde et vicieuse locution du depuis, pour depuis, qui se trouve employée ^diusle Menteur. «Non-seulement, observe Tannolateur de Vaugelas, on n'écrit plus du depuis, mais même ceux qui parlent bien ne le disent point dans la conversation la plus familière. «'(Note sur la Remarque CLXXXUI.)
Il n'aime pas davantage cependant que, pour pendant que, employé par son frère dans Polyeucte, dams Pompée, dans Andromède:
« Nous avons de très-beaux ouvrages, dii-il, où cependant que est employé,