XVIII INTRODUCTION
c'est assurément une faute, et il faut dire, en vers aussi bien qu'en prose, pendant que je faisais, et non pas cependant que je faisais, » {Notes sur les Remarques de Vaugelas, CCXVI.)
Pendant que prévalut, mais, nous l'avons observé, cependant que ne fut pas tout à fait rejeté, et on en trouve des exemples en vers jusqu'à nos jours.
Thomas Corneille condamne encore l'emploi de comme , pour quCj dans une phrase comparative :
« Autant, comparatif, dit-il, est la même chose qu'aussi et si pris pour adeo, et tous les trois demandent que après eux et jamais comme. > {Not, sur les Remarques de Vaugelas, CCXXXI.)
Avec Vaugelas et Ménage, et contre l'avis de Chapelain, il rejette du style élevé possible , pour peut-être. Il prononce, avec Chapelain , que l'expression des mieux, pour le mieux, au mieux,
m Je n'entends pas des mieux » {Agés. , iv, 4.)
« Je m'acquitte des mieux de la charge commise, » {La PL Roy,, i, 2.)
« n'est point reçue par ceux qui ont quelque soin d'écrire correctement. »
On verra dans le Lexique beaucoup de phrases de Corneille comme celles-ci :
« Surpris, ravi, confus,, je n'ai que repartir. » {La Suiv., m, 10.)
« Nous n'avons désormais que craindre de sa part. » {Méd., ii, 4.)
Voltaire y a vu des barbarismes. Avant lui, Thomas Corneille avait condamné ces sortes de phrases. Il s'exprime ainsi au sujet de la Remarque CCCCXCII de Vaugelas :
« On dit fort bien, il ne sait que faire, il ne sait que dire; mais il semble que cela doit être absolu, et que quand il suit quelque chose, il est mieux de se servir de rien à. Ainsi je dirois, n'ayant rien à répondre à ses reproches, n'ayant rien à dire à ceux qui V interrogeaient, plutôt que, n'ayant que répondre à ses reproches, n'ayant que dire à ceux qui V interrogeaient, j>
Cependant cette forme facilitait la versification. Selon noiis, Pierre Corneille a bien fait d'en profiter, et rien n'empêcherait encore les poètes de l'imiter à l'occasion.
Thomas Corneille condamne aussi dans plusieurs substantifs le genre adopté par son frère. D'accord avec Patru, il veut qu'on fasse toujours rencontre féminin. Cette fois, l'usage a donné raison
INTRODUCTION. xix
à Pierre Corneille, et Ton a continué de îaive rencontre masculin dans certains cas.
L'annotateur de Vaugelas, d'accord en cette circonstance avec l'auteur des Remarques, comme avec Tusage établi, censure encore indirectement ce vers de son frère :
«c II venoit à plein voile.., j » {Pomp., ui, 1.)
en prononçant qu'il faut dire « caler la voile^ et non pas le voile; les voiles enflées par le vent y et non pas enflés^ et qu'en ce sens, voile est toujours féminin. »
Notre poëte, dans sa révision générale, adopta définitivement la forme intrique ^ pour intrigue qu'il avait d'abord employé, en 1637, dans l'épître dédicatoire de la Place-Royale; de plus, dans la scène vi de l'acte premier du Menteur, il a fait ce substantif masculin :
c . . . Mais enfin ces pratiques Tous peuvent engager en de fâcheux iniriques. »
Thomas Corneille condamne et la forme et le genre adoptés par
son frère :
« Intrigue, dit-il, est présentement toujours féminin. Ceux qui ont écrit imrique l'ont fait pour faire rimer ce mot avec pratique. C'est une licence que la poésie ne sauroit excuser. » {Not. sur les Remarques de Yaugelas, CXXIX . )
Et dans l'édition qu'il donna, en 1692, des œuvres de Pierre Corneille, il changea les deux vers du Menteur ci-dessus rapportés, pour faire disparaître le mot intriques.
Il ne fait pas davantage grâce aux vieilles formes orthographiques, comme submission pour soumission, et aux licences poéti- <îues qui contrarient la grammaire, ainsi qu'on le verra par plusieurs articles du Supplément de notre Lexique.
On s'expUquera cette différence dans la manière dont Pierre Corneille écrivait et dont Thomas jugeait le style, si l'on se rappelle que ce dernier, plus jeune de dix-neuf ans que son frère, avait plus que lui vécu à Paris, avait davantage fréquenté les bons écrivains de la seconde moitié du siècle, et surtout avait beaucoup lu Racine, dont il a imité la manière dans Ariane, son chef-d'œuvre, et son seul titre incontestable à la gloire de poëte
Pierre Corneille voulut aussi modifier son style d'après le changement de l'usage. Nous l'avons vu renoncer à certains archaïsmes