‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 5)Chapitre 152 sur 375 · COUTUMIER. — CREUX · texte numérisé non relu

COUTUMIER. — CREUX

COUTUMIER, avec un nom de chose, habituel :

Je la vois, mais mon cœur, d'un sainl zèle enflammé, N'en goûte plus l'appas dont il étoit charmé ; Et mes yeux éclairés des célestes lumières

Ne trouven: plus aux siens leurs grâces cmaumitres, (Po/., iv, 2.)

Ce propos estoit coustumier entre le peuple ancien : nous mourrons; car nous avons vu le Seigneur. (Calvin, L'fmiU.chréL, i, 1.)

C'est lui qui les brigands effrayoil de sa voix^

Et des dents les meurtriers : d'où vient donc qu'il endure

La faim, le froid, les coups, les desdains et l'injure,

Payement coustumier du service des rois? (D'Aub., ÏVajjf.)

Les astres nous cachoient leur clarté cousiumitre,

Et la terre et les cieux n'avoient autre lumière

Que celle des éclairs. (Racan, Ps. lxxvi.)

Mon couiumier exercice étoit de châtier les sottises, de rabaisser les vanités et de me moquer de l'ignorance des hommes. (Sorel, Francion^ vi.) Contre ma bonté couiumière Qui me fait toujours relâcher

Si vite à la moindre prière. (Chapelle, Leu. à Jlf"« de Valent.)

(Sous Constantin) la vocation du dimanche et peut-être la sanctification du samedi ou du vendredi, devinrent coutumières, (Chat., Éiud. hist,, 2«étud., i.)

CRACHER, fig. FAIRE CRACHER LA LANGUE A QUELQU'UN :

Je te ferai cracher celte langue traîtresse.

Est-ce ainsi qu'on me sert auprès de ma maîtresse,

Détestable sorcière? {La Veuve, n,''^)

(CRÉDIT, emploi figuré dans le sens de faveur :

Chez cette race nouvelle

Où j'aurai quelque crédit.

Vous ne passerez pour belle

Qu'autant que je l'aurai dit. {Œuv, div., stances.)

— SE METTRE EN CREDIT, donner bonne opinion de soi :

Et quand il a dessein de se mettre en crédit.

Plus il y fait d'effort, moins il sait ce qu'il dit. (Suite du Ment., m, 1}

CREUX, subst. DU CREUX du cercueil, du fond du cercueil:

Quand Maurice peut tout du creux de son cercueil,

A ce fils supposé dont il me faut défendre

Tu parles d'ajouter un véritable gendre ! [HéracL, i, 3.)

On dit d'une manière analogue :

Pourvu que je descende au creux dCun monument.

Je veux bien qu'il m'y suive. (Le card. de Righbl., Mirame, iv, 2.J

Et du creux de leur tombeau sortira cette voix qui foudroie toutes les grandeurs.

(Boss., Orais,fun. de la duch. WOrl.) — Au son de cette voix toute-puissante qui

se fera entendre en un moment de l'orient jusqu'à Toccident, et du septentrion

CRIME. — CROffiE. 159

jusqu'au midi, les corps gisants, les os desséchés, la cendie et la poussière froide et [insensible, seront émus dans le creux de leurs tombeaux. (Boss., Serm. pour le jour des morts, i.)

Et d'une manière approchante :

Gomme s'il fust descendu au creux d'un puits très-profond. [Le Yayer , Hom. Acad., m.)

— DU PLUS CREUX, AU PLUS CREUX DE l'abime, comme du plus profond, au plus profond de F abîme :

L'envieux, qui verra du plus creux de l'abîme

Le ciel ouvert aux saints et fermé pour son crime,

D'autant plus furieux, hurlera de douleur

Pour leur félicité plus que pour son malheur. {lmit,f i,24.)

Au plus creux de l'abime elle fait trébucher

Ces astres si brillants de gloire et de lumière. [Ibid., m, 14.)

n te consolera des peines que tu souffres.

Et fera dans la terre, au plus creux de ses gouffres,

Périr tes ennemis. (Bacan, Ps, liv.)

Page 1