XXXII • INTRODUCTION
A s'employait aussi pour en devant un infinitif :
« A raconter ses maux souvent on les soulage. > (P. Corn., PoL^ i, 3.) « À remonter encore plus haut, on voit... » (Boss.)
Etc., etc.
Et aussi devant un substantif, comme on le verra, notamment par notre article à guise de pour en guise de,
A remplaçait encore de; à quel droite pourrfe quel droit :
« A quel droit gardes-tu l'aimable nom de vie? > (P. Corn., /mit., m, 30.) «... A quel droit prétends-tu nous juger? » (Fonten., Past.)
Et avec des verbes, s'effaroucher à, comme s*effaroucher de :
« Qu'il ne s'effarouche point à le voir sur la scène. » (P. Corn., Deux, Disc) g
Oublier à, pour oublier de; manquer à, pour manquer de; ne pas laisser à , pour ne pas laisser de ; conseiller à , pour conseiller de ; omettre à, pour omettre de.
On mettait aussi à pour de après certains adjectifs, tel que dissemblable à pour dissemblable de, etc.
Corneille, comme ses contemporains, affectionne encore l'emploi de à pour avec :
« À moins de sang. > (f/or.)— « A coiffe abattue. » {Le Ment.) — A vœux redoublés. » {Trad. des Ps.) — uA communes enseignes. » {Sert.) — < A communs sentiments. » {Othon.)
€ ... Charles qui t'attend, mais à portes ouvertes,
A forts démantelés, à travaux démolis. » {Les Vict, du roi en 1667.)
A était mis aussi quelquefois pour envers :
« A moins que d'être ingrate à mon libérateur.» (P. Corn., Androm.^ ii, 2.) « Mais voyant que ce prince ingrat à ses mérites... » (Id., Pomp,y ii, 2.)
Le Dictionnaire historique de l'Académie française n'indique pas ces exemples parmi ceux de la préposition à employée dans le sens à'envers. Est-ce parce que Patru a trouvé hardies ces manières de dire, et que d'Olivet et Voltaire les ont critiquées, l'un chez Racine, et l'autre chez Corneille? Cependant, outre nos grands poètes, des auteurs de toute sorte, depuis Gringore jusqu'à Voltaire lui-même, se sont servis de cette forme excellente. Corneille dit :
« Je parle seulement de ce qu'a vu le roi,
Seigneur, et qui voudra parle à sa conscience. > {D. Sanche, i, 3.)
C'est-à-dire, parle selon sa conscience. Cette expression est
INTRODUCTION. xxxiii
assez particulière ; du reste, elle rentre dans la signiGcation de selon qu'on donnait alors plus souvent qu'aujourd'hui à la préposition à. Corneille dit, parler à sa conscience, comme on dit, parler à ta fantaisie.
Il était encore très-ordinaire au dix-septième siècle d'employer rfepouren, suivi d'un participe présent:
c Que ferois-ta de moi de me laisser la vie? » (P. Corn., BéracL, m, 2,)
Forme rapide où Voltaire a vu, bien à tort, un solécisme, et qne nous justifions par d'excellents exemples des contemporains de Corneille.
Dey ainsi placé devant un infinitif, équivalait quelquefois à si avec le conditionnel, comme dans cette phrase :
« Mélite seroit trop ingrate de rechercher une autre protection que la vôtre. » (P. Cork., Didic. de Mil.)
La préposition de s'employait encore au dix-septième siècle de
diverses manières elliptiques qui sont étudiées dans notre Lexi-
({ue, et dont nous ne rappellerons ici qu'une seule, de pour que de:
* Il ne sait ce que c'est d'honorer à demi. > (P. Corn., Hor., iv, 2.)
c Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? » (La Font. )
« C'est tout ce que vous pourriez faire de la croire. » (Mol.)
Etc., etc.
Enfin, pour ne pas trop étendre nos observations sur rfe, il entrait dans beaucoup de locutions toutes faites où on ne le mettrait pas aujourd'hui. On verra, dans le Lexique^ faire de la bête^ comme on dit faire la bête ^ pour signifier refuser quelque chose niai à propos; faire de Vinsensible, pour faire Vinsensible; et de même faire du rodomont, faire du rebelle, faire du malade, faire du prophète, faire de la petite bouche, etc., etc.
On verra encore, dans Corneille, et dans ses prédécesseurs et ^^es contemporains, avoir de coutume, locution qui, suivant Ménage, était plus usitée qu'avoir coutume.
Comme emplois analogues, toujours avec de, que l'usage a rejeté, on trouvera il n'est pas de besoin, comme il n'est pas besoin; ^r de besoin, comme avoir besoin, etc., etc.
Nous indiquons encore plusieurs locutions comme n'avoir point * lieu, n'avoir plus de lieu, pour n'avoir point lieu, n'avoir plus lieu ; ^ dotinerpas de lieu à, pour ne donner pas lieu à.
Enfin, Corneille dit, d'une manière plus particulière, ne point
XXXIV IJ<,T;ftO^UCT;ïON.
faire de conscience de ^ comme ne point faire conscience de : « Je w'j ai point fait de conscience (/'allonger un pep les vingt-quatre heures. » {La Veuve, au lect.)
On le voit suffisamment, cet usage de la préposition de est une particularité très-curieuse de la langue du dix-septième siècle.
De remplaçait encore plus souvent gu'aujourd'hui la préposition par :
« Je te rends convaincu de ta seule écriture. » (P. Corn., C/i7., i, 9- € De force, de ruse.» (Id.,Po/.)-«-4c De hasard. » (Gomberv.)— « De bonheor. (La Font.)
« Seigneur, toutes ces morts dont il vous environne
Sont des avis pressants que de grâce il vous donne. > (P. GoRN.,.CEd.,i, L
«On vous donne de grâce une heure à vous résoudre. »(Id., Théod. ,n\,l .
Ou la préposition avec pour marquer la cause, la manière, 1^ matière, l'instrument, etc. :
« Combattant de rage. » (P. Corn., Le Ment.) — « Traiter quelqu'un d'entiéi confidence. » (Id., Pol.) -— « Veiller (f un soin infatigable. » (Id., Sonn.)
Etc., etc.
^ De puissance absolue. » (Id., MéL ; Penh,)
Locution qu'on retrouve dans les sentiments de l'Académie sw^ le Cidj dans la Mort dAsdrubal, de Montfleury, etc.
«c Les attaquer de toutes ses forces. > (Pellis.) — « D« furie. » (Scarron.) — « D'une constance ferme. » (M"* D'Aulnoy.)
Etc., etc.
Il remplaçait aussi sur, figuré, dans le sens de touchant:
<c Et je puis dire enûn que jamais potentat .
N'eut à délibérer d'un si grand coup d'État. (P. Corn., Pomp,, i, 1- « C'est une chose déplorable de voir tous les hommes ne délibérer que d^ moyens et point de la un. » (Pasc, Pens,)
Il se mettait encore pour entre:
< Si le cruel donnoit à choisir de deux rois. » (P. Corn., Âgés., iv, 2.J
En et dans sont également des prépositions dont les acceptions ont beaucoup varié depuis le seizième siècle jusqu'à no?: jours.
En ou dans remplaçaient souvent à. On disait sHniéresser en^ dans^ cooime s'intéresser à :
« Ainsi que moi, Neptune S'intéresse en ton infortune. » (P. Corn., Jndrom., iv, 5.)
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« En vain mon triste cœur en vos maux s'intéresse. » (Id., Pulch., uï, 3.) « Etqae dans mon offense Alidor s'intéresse. » (Id., La PL Roy.^ ii, 7.) f II s'intéresse dans ma conversation. > (Retz.)
« Votre amitié dans mon sort s'intéresse. » (Quinaclt.)
pic., etc.
De même, être intéressé en, comme être intéressé à:
«Mais ma gloire en leur perte est trop intéressée. » (P. Corn., Pomp,, iv, 2.)
On disait aussi prendre intérêt en, prendre intérêt dans, comme prendre intérêt à, en parlant de personnes ou de choses :
< Et prends tant d'intérêt en ce qui leur importe. » (P. Corn., MéLy iv, 2.) « Que vous daignez en moi prendre quelque intérêt. »
(Id., D.Sanche, m, 1.) c Ce n'est que dans ses jours que je prends intérêt. » (Quin., Astr., v, 2.)
Les nombreux exemples que nous citons prouvent que cette manière de parler était très-fréquente, et s'employait encore quelquefois au dix-huitième siècle.
Nous espérons qu'on ne verra pas sans plaisir dans notre Lexique la suite de manières de dire analogues que nous y indiquons, et que nous appuyons d'exemples choisis : Penser en, pour penser à ; ionger en, pour songer à; il ne tient qu'en, pour il ne tient qu'à; condamner en, pour condamner à; se remettre en, pour se remettre à ; ^dessein de, pour à dessein de; en lieu de, pour au lieu de.
Nous pourrions ajouter ici beaucoup d'autres faits semblables, corame en tête de, pour à la tête de.
En se mettait encore fréquemment pour à devant des noms propres de ville, en Alger, en Alep, en Babylone, en Gonstantinople, en Lacédémone, en Naples, en Paris, etc.; et cette manière de dire, dont M. Génin a donné une si fausse explication, remonte aux plus anciens temps de la langue , puisqu'on la trouve dans des monuments aussi vieux qn'Ifuon de Bordeaux, où onlit:
« Cil s'en torna, et a tant cheminé
Qu'en Aufalerne est .i. matin entré. » (y. 6961.)
Dans remplaçait souvent sur; dans le trône, pour sur le trône.
La préposition pour nous a aussi fourni l'occasion de relever plusieurs particularités de la langue du dix-septième siècle.
Pour s'employait bien plus souvent qu'aujourd'hui avec le sens d'à cause dç : « Non pour la crainte des supplices dont il était me-