XXXVIII INTRODUCTION
desbordement que tous les précédens. »(H. Estienne, Âpol, pour Hérod., c. 14.)^ «Vous nous obligez de suivre une règle, et vous condamnez de témérité ceux qui la suivent. » (Arnadld, Fréq. commun., 2* p., c. 17.)— « Autant que saint AugilstiD a été sévère pour condamner tout mensonge de pécbé, autant a-t-il été réservé pour en accuser les anciens justes. » (Sact,' Trad, de Judith, Avert.)
On disait de même condamner quelqu'un de, avec un infinitif, pour signifier porter contre lui Taccusation de :
c Calvin est condamné par ses sectateurs mesmes de s'estre trompé en l'explication de ce passage. » (Richelieu, Méth. pour convertir, etc., i, 10.)
Et avec le pronom personnel, pour dire reconnaître qu'on est coupable de, s'accuser de :
« Il aime mieux se condamner du mal dont on l'accuse (la vérité) que de la condamner parce qu'elle l'accuse. » (Arnauld, Fréq. commun.^ ii, 18.)
On disait très-souvent retenir de^ comme empêcher de, et quelquefois retenir que,., ne.
Se taire prenait aussi un régime indirect. On disait se taire de quelque chose, pour signifier le passer sous silence.
Dégrader ne s'emploie plus guère aujourd'hui avecefe, et un régime indirect, et c'est à peine si quelques dictionnaires indiquent, avec VAcadémiCy dégrader de noblesse, dégrader des armes. Corneille, et généralement tous les auteurs du seizième et du dix-septième siècle, et môme quelques écrivains du dix-huitième, donnent à dégrader rfe une nombreuse variété de compléments, soit de dignités, soit de qualités morales, soit d'avantages quelconques : dégrader de la dignité impériale, dégrader de V empire^ dégrader de la royauté, dégrader un homme de ses honneurs, dégrù' der des cardinaux de leurs chapeaux et rouges capes, dégrader un clerc de son ordre, dégrader du titre de citoyen où d'un titre quelconque ^ dégrader d'un droit, dégrader cTun rang, d'une dignité, d'une qualité, etc.
On disait encore épurer de, comme purifier, purger de :
€ Mais qui connoit, seigneur, les péchés d'ignorance?
Épure-m*en dès aujourd'hui. » (P. Corn., Trad. du Ps. xviii.>
Corneille dit ranimer à, comme on dit animera :
€ Mais craignez avec moi que ce choix ne ranime > .
Cette haine mourante à quelque nouveau crime. » ( Bod., m, 4. )
Et nous pensons que Voltaire a eu tort de voir là uii solécisme. La langue avait alors la plus heureuse souplesse. Les écrivains
INT^RODUCTION. xxxix
faisaient bien d'en profiter pour donner à leur styJe plus de variété et d'énergie.
Fuir était souvent suivi, et pourrait bien Têtre encore, de la prépositîoii' de et' d'un'infinitîf :
€ Ne/tfy jamais de trop sçavoir. »
(J.-A. DB Baïp, Les Mimei, 1. u, ^ 90, v«, éd. 1619.) € Fuir (f être son esclave
Et de vivre en prison. » (Malh., Sonn,)
« fuir de parler à quelqu'un. » (D'Urfb ; Richel.)
« FuU d'être connu des mortels.* • (P. Corn., Imit., i, 8 )
« Fuir (ie répondre à une question. » (A. Arnauld)-— m Fuir de se faire voir. >
(Boss.)— « Fuir d'être témoin de. » (Th. Corn.) — «F«tr d'entendre les vérités. >
(BOURD.)
On disait aussi quelquefois, fuir à :
« Us fuient à m'examiner. » (TnéoPH.) — « Tu Juis à te venger. Wfuit à lui parler. Fuis à regarder tout ce que... > (P. Corn.)
Au seizième siècle, fuir à pouvait également être suivi d'un
«Que nediroit-on, que ne feroit-on pour/ayr à si griefves douleurs ? » (Mont., «w., II, 5.)
On dit vulgairement, avancer quelqu'un^ pour signifier lui procurer de Tavancement dans une administration, dans Tarmée ; et c'est tout ce que les dictionnaires donnent sur cette locution. On IsiTiariait très-heureusement, dans la langue du dix-septième siède, à Taide des prépositions.
kvecdans :
* Il avança dans les charges ceux qui s'attachoient à son service. > (FLÉCHisRy 7^., IV, 80.)— « Des gens avancés dans les honneurs du siècle. » (Boss., Serm, ^lesoblig. de Vétat relig,, i.)
ÉtûgUrêment, pour signifier fâiïrè faire des progrès dans :
f Et lui donne une favorable ouverture pour avancer dans la perfection les enfants que Dieu lui a donnés. :» (Boss., LetL aux Ursul, de Meaux, 20 août 1685.)
Avec à :
«Sa Majesté Vavança d'abord â la charge de Nazar. »(Tavern., Voyage de Perse, 1, 9.}— < S'ils les avançaient à un ordre supérieur. » (Fleurt, Disc sur f Histoire tctlis,, II, 6.) — « Sans autres dispositions on les avance à la prêtrise. » (Nicole, Bu., lett. Lxxxii.) — € Alegambe fui avancé à là profession en théologie scolas- Me. » (Eatlb; Dici: crU.)