‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 5)Chapitre 220 sur 375 · ENGAGER DANS DES SOUPÇONS · texte numérisé non relu

ENGAGER DANS DES SOUPÇONS

Et pressé des soupçons où fui su l*engager,

Lui-même, à ses yeux même, il l'a fait égorger. {Ait., m, !•)

— s'engager a, suivi d*un subst., prendre rengagement d'exécuter quelque chose, s'engager a la perte de quelqu'un :

Mes filles toutes deux contre moi se ranger,

Toutes deux à ma perte à l'envi s engager i (La Tois» dor, v, 6.)

— s'engager, pour signifier être engagé, être intéressé :

Et si ma passion cherchoii à s'excuser,

Mille exemples fameux pourroient t'autoriser :

Mais je n'en veux point suivre où ma gloire s'engage. (Le Cid., h^-)

ENHARDIR. — EiNLEVER. 853

On lit dans les Sentiments de r Académie sur le Cid : « Ce dernier mot ne dit pas assez, pour signifier ma gloire court fortune, »

Cependant on a dit excellemment, et d'une manière tout à fait analogue, à Vactif, avec le sens d'intéresser :

Un cœar qui nous oublie engage notre gloire ;

n faut à l'oublier mettre aussi tous nos soins. (Mol., Le Turt,, ii, 4.)

Combattons ce grand cœur par générosité ;

Engageons sa vertu; ménageons sa fierté. (Quin., Pausan.y ii, 5.)

ENfiARDIR A (un infinitif) , donner la hardiesse de :

Ce discours favorable enhardira mes feux

A bien user du temps si propice à mes vœux. \LHlus. com., u, 6.)

— FAIRE EiNHARDiR QUELQU'UN, lui inspirer de la hardiesse :

Voyez-vous comme Othon sauroit encor se taire,

Si je ne V avais fait inhardir par mon frère ^ {Vth., in, 1.)

— s'enhardir a, suivi d'un infinitif, prendre la hardiesse de :

Je ne l'ai pas traduit si fidèlement, que je ne me sois enhardi plus d'une fois à étendre ou resserrer ses pensées. (Poème sur les vict. du Roi^ Au lecteur.)

ENIVRÉ DE , nourri de , jusqu'à l'enivrement :

Un dragon, enivré des plus mortels poisons

Qu'enfantent les péchés de toutes les saisons. [Méd.f ii, 2.)

ENJOUÉ, fig., UNE PIÈCE ENJOUÉE, uue pièce gaie :

Le cinquième est trop sérieux pour une ijièce si enjouée, ( Exam. de la Suite du Hent.)

ENLEVER VERS, comme on dit conduire vers :

Scipion, ou l'obsède, ou le fait observer.

Dès demain vers Utique il le veut enlever. [Sophon., v, 2.)

On disait de même enlever dans, pour signifier conduire et Iransporter dans :

Elle me fit dès le lendemain enlever dans un cloître, et elle défendit de m'y laisser voir à personne, jusqu'à ce que je me fusse résolue d'y prendre Thabit. M"* DE ViLLBO., Vie de H.-S. de 3îol., i.) — Ayant eu des avis certains de sa nauvaise volonté, et qu'il me devoit enlever en une de ses maisons pour m'y :enir enfermée, je résolus de ne pas attendre cette violence, {iàid,} A qui destinez-vous l'appareil qui vous suit?

Venez-vous m' enlever dans l'éternelle nuit? (Racinb, Androm., v, 5) De cette oraison simple où elle était déjà, Dieu Venlhve jusque dans la plus iiaute contemplation. (Fén., Serm, pour lajête de S^* Thérèse.)

254 ENNEMI. — ENSEiMBLE.

ENNEMI, adj. respect ennemi :

Quelque peu qu'on lui dise, on craint de lui trop dire.

A peine on se hasarde à jurer qu'on l'admire,

Et pour apprivoiser ce respect ennemi^

Il faut qu'en dépit d'elle elle s'offre à demi. {7%te et 6ér.,i,3.)

ÉNORME, au sens mor., monstrueux :

Cette énorme action faite presqu'à nos yeux

Outrage la nature, et blesse jusqu'aux dieux. {Hor,, v,3.)

ENRACINER des sentiments :

Parle toutefois, parle, et non plus pour me plaire,

Mais pour rendre la force à ma juste colère :

Parle pour m'arracher ces tendres sentimerus,

Que l'amour enracine au cœur des vrais amants. {La Tois* dor^ m, 3.)

Coraeille dit encore : enraciner V amour ^ enraciner la haine, Voy. Polyeucte, en particulier.

On a dit de même, ou d'une manière analogue :

Nous ne devons pas faire grand état de tous les sentiments vifs que des mouvements passagers nous peuvent donner, si nous n'avons soin de les enracim dans notre cœur par un long exercice d'une vie vraiment chrétienne. (Nie, Couan. des Ess. Sur l'évang. du 6« dim. de Peut.) — Le mépris et la haine de l'Église mère ne sont déjà que trop enracinés dans presque toutes les nations. (Fén., UUt au p. Daubent., 10 oct. 1714.)— Le tribunal des commissaires est odieux à la nation. C'est un préjugé qu'on a enraciné dans les esprits par les études. (Id., Mém.surla voie de procéd. contre les huit préL^ m.) — L'inclination au bien sensible est née avec nous; nous V avons enracinée jusque dans nos moelles, si je puis parler de la sorte, par nos attachements criminels et nos mauvaises habitudes. (Boss., 2« serm. pour le jour de Pdq.y i.) — Partout où la monarchie est illimitée, il n'y a point et il ne saurait y avoir de liberté; il y a tout au plus des repos momentanés qui produisent une sécurité funeste, enracinent l'obéissance passive et ne garantissent en aucun sens le peuple et les individus. [Mirab., Des Letiresde cachet, i, 8.)

— s*ENRACiNER EN, avcc uu uom de chose pour sujet :

Fais que par là ma foi d'autant mieux s'illumine. Que par là mon espoir d'autant mieux s'enracine

En ta haute bonté. {Imit , iv, 14)

ENRICHISSEMENT d'éloquence, ornement d'éloquence :

J'ai pris pour m'expliquer un style simple et me contente d'une expression nue de mes opinions, bonnes ou mauvaises, sans y chercher aucun enrichissement d'éloquence. [Prem. Disc.)

ENSEMBLE, employé comme à la fois :

Mon âme en est ensemble et ravie et confuse. {La YeuvCt v,7.)

Ta demande m'étonne ensemble et m'embarrasse. {Ibid*i v, 8.)

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