‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 5)Chapitre 232 sur 375 · ESPOIR. — ESPRIT · texte numérisé non relu

ESPOIR. — ESPRIT

ependant, on trouve d'une manière analogue :

Pais en perdit e sa vie e ses membres,

El plait ad Ais eu fat juget a pendre,

De ses parenz ensembi' od lui tels trente,

Ki de mûrir nen eurent espérance. (Thér., La Céhans, de RoLj ii, 747.)

est-à-dire : qui ne s'attendaient pas à mourir.

iiel ! est-il donc vraisemblable qu'an homme s'exposât à brûler éterneUesoas l'espérance de demeurer pauvre, haï, affamé, et en crainte continuelle voir griller en place publique? (Cyrano, Leu, div.. Contre les Sorc.)

Q emploie quelquefois espérer dans ce même sens ironique, se trouve dans les plus anciens monuments , comme dans re et Blanceflor.

)n peut citer, comme une chose du meilleur goût, dit un spirituel écriTain, e répondit le comte d'Argenson à des personnes qui le fôlicitoient d'avoir lièce aussi aimable que Mlle de Berville, jeune demoiselle de quatorze ans, oignoit, à la plus jolie figure, un esprit plein de vivacité. Oui, répondit ee itre, noui eipérom bien qu*elle nous donnera du chagrin. Rien n'est plus fin, spirituel, que l'emploi de ces mots : espérons et chagrin^ et rien de plus jfh- IX ; car les avantages de la figure et ceux de l'esprit dans une personne '• et vive dévoient probablement servir à l'égarer et à donner du chagrin à arents. » (Meilhan, Portr, et caracL, p. 141.)

i locution employée par Corneille est encore un latinisme. Ile a dit :

Uunc ego si tantum polui sperare dolorem. (£n,, iv, 419.)

îPOIR. FAIRE UN ESPOIR d'une CHOSE, en douncr l'espoir, la 1 espérer :

Galba ne l'a produit qu'avec sévérité.

Sans faire aucun espoir de libéralité. (0//i., iv, 9.)

îgligence que Racine ne se serait pas permise.

îPRIT, cœur ; animus :

Madame, puissiez-vous lire dans mon esprit.

Vous verriez jusqu'où va ma pure obéissance. {La Veuve, i, 3.)

Ne vous entr'appeler que mon âme et ma vie.

C'est montrer que tous deux vous n'avez qu'une envie,

Et que d'un même trait vos esprits sont blessés. (/McfO

Mais ici mon amour me servira d'excuse.

Il serre nos esprits d'un trop étroit lien,

Pour permettre à mon sens de s'éloigner du sien. (/6id., T, 2.)

Ce que j'ai dans ['esprit je ne le puis celer. {La Gai. du PaL, ii, 9.)

Mon amour pour Florame en est le seul coupable :

Mon esprit Tadoroit ; et vous étonnez-vous

S'il devient inventif, puisqu'il étoil jaloux? {La 8uiv„ T, 80

f70 ESPRIT.

Et le même momeot verra par deu trépas

Nos espriu amoareux le rejoindre là-bas. [Vlllus. con., v, 1.)

Depuis qae mon esprit est capable de flamme,

Jamais un trouble égal n'a confondu mon âme. (Iféd., i, 1)

Ah ! cruels déplaisirs à l'esprit d'une amante ! (U Qi, iv, 3.)

Et vos beaux yeux enfin m'ayant fait soupirer.

Pour faire que votre âme avec gloire y réponde.

M'ont rendu le premier et de Rome et du monde.

C'est ce glorieux titre, à présent effectif,

Que je viens ennoblir par celui de captif :

Heuteux si mon esprit gagne tant sur le vôtre

Qu'il en estime l'un et me permette Tautre. {Pomp., iv, 3.)

Les exemples de cette signification, qu'on a eu raison d'abandonner, ne sont pas rares :

Bref, toutes ces douceurs, cette amitié parfaite. Fait qu'encor tous les jours mon esprit le regrette. (L.-C. Discr., il/iz.,iv,d.) De quoy je vous ay bien voulu advertir pour ce grand contentement qae j'en ranporte en mon esprit. {Leti miss, de Henri IV, 2 avril 1582, 1. 1, p. 44ë.) — Yoni ne doutez pas, Monsieur, de l'effet que ces grâces ont fait dans mon cœur. Je vous assure qu'il est tel que je n'ai rien de plus fort dans V esprit que de hasarder pour son service la vie qu'il vient de me conserver. (Bdsst, Lett., au duc de Saint- Algnan, 2 août 1666.) —Un mouvement de colère s'emparoit de mon^pr», etme faisoit penser les choses du monde les plus violentes contre cet audacieux. M'* de VlULSn., Alcidam.f 1" p., 1. 4.)

. L'amour d'Antiochus n'a pu trop vous surprendre ; Mais, comme à son hymen vous ne pouviez prétendre. C'est du moins quelque charme à votre esprit jaloux De le voir dans ses \œux aussi trompé que vous. (T.CoRN.,iln/tocA.,iv,2.)

— ESPRIT, sentiment, disposition, changer d'esprit :

Avec votre jalouse elle a changé d'esprit^

Et je l'avois laissée à l'hymen toute prèle

Sans que son déplaisir menaçât que ma tète. (Penh,, nu 3)

— ESPRIT, avec le plur., pour signifier les sens :

Pardonnez cependant à mes esprits déçus ;

Daignez prendre pour vous les vœux qu'il a reçus. {Suite du Ment.ti^t^-

— ESPRITS, sentiments :

Ainsi de vos désirs toujours reine absolue,

Les plus grands changements vous trouvent résolue ;

De la plus forte ardeur vous portez vos esprits

Jusqu'à l'indifférence, et peut-élre au mépris. (PoL, h, *•)

Ainsi que la naissance, ils ont les esprits bas. {Pomp-t i^> ^')

Esprits se dit ici comme on pourrait dire en latin animas. Cette expression a été critiquée à tort.

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