FORT
Cette locution se trouve, au dix-septième siècle , variée de diverses autres manières aussi excellentes :
Quoique son érudition soit universelle , son fort éioii particulièrement dans la connoissance des affaires de l'Église, de sa discipline, de son histoire. (Pbbr., Homm, ilL, Lamoignon.) —Je m'arrête à V unique fort des dogmatistes, qnicii que.... (Pasc, Pens,^ éd. Louandre, c. x.) — Écoutons encore un raisonnement oà l'auteur de la réponse a mis son fort, ( Boss. , Fragm, sur div. mat. de contr., 4« fragm., iv.) — 11 met le fort de la justification de sa morale dans une alternative qui est réfutée comme une erreur par tous les théologiens de sa communion. (Ab- NAULD, GEuvr. , t. 1 , p. 683.) — Vous mîus tout le fort de vos répliques à dire et redire partout que.... (Id., Quatre Lett, au P. Malebr,) — Nous inventions des réponses aux objections de l'adversaire, et nous ne songeons à lui que pour trouver le défaut de ses opinions : d'où il arrive que nous sommes plus instruits de ce que nous appelons nos bonnes intentions , que de celles où il met le fort de sa cause. (Bayle, Comment, philos., iv, 2.)
FORT, adj. se faire fort de :
Le roi, s'il s'en fait fort, pourroit s'en trouver mal. (Nicom,, m, 2.)
« Se faire fort de quelque chose , dit le commentateur, ne peut être employé pour s'en prévaloir ; il signifie : j'en réponds, je prends sur moi l'entreprise, je me flatte d'y réussir. Se faire fort ne peut être employé qu'en prose. »
Voltaire a-t-il bien compris la pensée de Corneille? Nous en doutons. C'est Laodice, la reine d'Arménie, qui parle à Flaminius, et voici le raisonnement qu'elle lui fait :
Je vois sur la frontière une puissante armée. Gomme vous l'avez dit, à vaincre accoutumée ; Mais par quelle conduite, et sous quel général? Le roi, s'il s'en fait fort, pourroit s'en trouver mai ; Et s'il vouloit passer de son pays au nôtre, Je lui conseillerois de s'assurer d'un autre.
Se faire fort veut dire ici, ce nous semble bien , se répondre à soi-même de.., compter sur...
— DANS LE FORT DES OMBRES , daus le 'plus épais des ombres :
Pareille à ces éclairs qui dans le fort des omhres
Poussent un jour qui fuit, et rend les nuits plus sombres,
Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté,
Que pour les abîmer dans plus d'obscurité. (Hor., m, 1.)