JOLI. -.JOUG
JOLI, se rapportant à un nom de chose, aimable, gai, spirituel :
Je meure, ton humeur me semble si joKe,
Que tu me vas résoudre à faire une folie. {Suite du Ment., i, 2.)
Tu le disois tantôt, chacun a sa folie,
Les uns l'ont importune, et la tienne est jo/te. (JWd., iv, !•)
Cet adjectif eut, dans les temps anciens de la langue, et garda au dix-septième siècle des nuances variées de signification qui s'éloignent assez de Tusage actuel, comme il apparaîtra suffisamment par les exemples suivants :
Sire, ne vous desplaise, se Dieu me puist sauver,
Pas ne lai fait por mal mais je ne puis durer
Tant ai le cuerjo/i, si vous seul demander
Dont veniez orains moult vous si tost aler. [Le Dit de ménage.)
Ne nulz homs n'a plus grant désir
D'estre jolis, gais, envoisiés,
Cantans, jouans, rians et liés
Com cilz qui aime... {LiRoum, dou chaslel, de Couci, v. 6821.]
Une des choses qui me touchent le plus est une conversation jolie et spirituelle, exempte de toutes sortes de médisances et de railleries piquantes. (Portr, de Jlf"« de La Trém. par elle-même.)^ Une conversation jo/ie et spirituelle me touche extrêinement, pourvu que toute raillerie piquante en soit bannie, et qu'elle n'intéresse point ma réputation. [Porir. de la princ. de Tarenie.) — Je n'étois pas plus grand que cela, que je me signalois déjà par cent tours d'adresse jolis, (Mol., les Fourb. de Scap., i, 2.) — Nér. Tel serait sage dans une condition médiocre, qui devient insensé quand il est le maître du monde. Cal. Cette folie seroit bien jolie si elle n'avoit rien à craindre : mais les conjurations, les troubles, les remords, les embarras d'un grand empire gâtent le métier. (Fén., Dial. des moriSf i, XLVi. Néron et Calig.)
Ce n*est pas ici le lieu d'indiquer toutes les significations curieuses du mot joli y qui se mettait atout, comme l'observe Bouliours [Doutes, p. 19), et dont le sens le plus remarquable est celui de distingué en toutes manières, appliqué à toutes sortes de personnes, qu'on trouve en particulier chez Bussy-Rabutin, chez M™e de Sévigné, chez Lesage, et jusque chez l'abbé Prévost, et dont Boursault a présenté tant de singuliers exemples dans sa piquante et instructive comédie des Mots à la mode (se. xv), et dans celle d'Ésope à la cour (iv, 3). Cette signification, nous apprend M. le comte Joubert dans son savant Glossaire du centre de la France (2® supplément) , s'est conservée jusqu'à ce jour dans la Suisse française, spécialement à Lausanne.
JOUG. METTRE AU JOUG, commc mettre sous le joug:
11 falloit mettre au joug deux taureaux furieux. {Méd., ii, 2.)