‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 5)Chapitre 92 sur 375 · BON · texte numérisé non relu

BON

Voltaire donne cette explication :

« Ancienne façon de parler qui signifie ie temps, parce que les anciens figuroient le temps sous l'emblème d'un vieillard boiteux qui avoit des ailes, ponr faire voir que le mal arrive trop vite, et le bien trop lentement. »

Le boiteux, dans cette signification, se joint habituellement au verbe attendre; cependant on le trouve sans cet accompagnement :

(La reine) prist résolution, si le ^oi/eux portoit nouvelle certaine de ceste perte, de se desrober à peu de trouppe avec le roy et Monsieur. (Montl., Commeni'.vt')

BON, noble, généreux, élevé :

Pour un léger ombrage.

C'est trop indignement traiter un bon courage. Si le ciel en naissant ne m'a fait grand seigneur. Il m'a fait le cœur ferme et sensible à l'honneur. [UlUus, com., u>7) Elle a le cœur trop bon pour se voir avec joie Le rebut du tyran dont elle fut la proie. (Ci».,u,2)

Je vous le disois bien, elle a le cœur trop bon, {Suite du Ment., i, 4.) Je crois faire pour elle autant que vous pour Rome ; J'ai le cœur aussi bon, mais enfin je suis homme. (Hor., n«3>)

Votre sang est trop bon, n'en craignez rien de lâche. Rien dont la fermeté de ces grands cœurs se fâche. (/6ùl.,u,6.)

Tout s'oppose à l'effort de ton injuste amour Qui veut d'un si bon sang souiller un si beau jour. {Ibid., v, 3.)

Signification autrefois très-fréquente en tout genre de style :

La paresse et la peur

N'ont place en un bon cœur. (P. Pighenat, Prose du clergé de Pf^^^i addressée au duc du Mayne.) £t, comme il a le cœur autant bon que courtois, Des armes du combat il te donne le choix. (L.-C. Discret, AUi., iv, ^l On a jugé de vous que vous avez l'esprit beau et le courage bon, et les dispositions de l'âme fort généreuses. (Théoph., d Mgr de L.) Non, ma sœur n'eut jamais de si bas sentiments, Elle a le cœur trop bon pour ces déguisements. (T. Corn., Comm.,^A'i L'envie n'a pas le courage assez bon pour chercher la véritable grandeur. (Boss-i Abr, d'un Serm. pour le mardi de la 4* sem. de car., i.)

C'est encore dans le même sens de nohle, généreux, qu'on a

dit:

n est bien triste qu'un homme de si bon nom, qui sert si bien depais vingt' deux ans, soit traité si mal. (Fén., Lett. au duc de Chevreuse, 7 avr. 1710.)- *•* roi a eu le malheur d'ôter l'argent des mains de toutes les bomies familles d» royaume, et de tout le peuple, pour le faire passer, sans mesure, dans celles des financiers et des usuriers. (Id., ibid., 4 août 1710.) — Le peuple le sert avec o** bon zèle. ( Mass., Serm. sur^ les vices et les vertus des grands^ i.) — Je vois bieo que la bonne gloire devroit fuir certains honneurs que la grossière vanité cherche- (FÉN., Dial, des morts^ xviu.)

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