INTRODUCTION
Lt» caractères particuliers de la langue aie Carnellle, et de la langue ëo dix septième siècle en général. •
C'est une vérité triviale que chaque écrivain de marque a son style, expression particulière de sa manière de penser et de sentir; mais le plus grand génie n'a pas une langue à lui. Toute l'originalité du poète et du prosateur consiste à mettre diversement t.*n œuvre, suivant la trempe de son talent, le fonds commun de la langue de son temps.
De tant de comparaisons et de rapprochements qu'offre notre Lexique, il résulte que Corneille n'a pas eu une langue à part non plus que Molière, non plus que Bossuet, ou tout autre de nos grands écrivains ; il n'y a pour ainsi dire pas chez lui trace de langage néologique, à peine a-t-il créé quelques mots et quelques expressions. La locution dont l'honneur lui revient le plus sûrement est peut-être celle de donner la main, pour épouser, que, suivant Ménage, il a empruntée des Espagnols et osée le premier en français.
Nombre des plus frappantes expressions de Corneille se trouvent également chez les auteurs secondaires ou inférieurs qui balancèrent la réputation naissante du fondateur de notre théu-
il INTRODUCTION.
tre,chez les Mairet, les Tristan l'Hermite, les Scudéri, les Rotrou. Peu d'écrivains ont eu une individualité de génie comparable à celle de Corneille; un grand nombre ont eu, si Ton nous permet cette expression, plus d'individualités de langage.
Le grand tragique ne cherchait pas à faire des mots, ni même des locutions, et n'affectait pas non plus la nouveauté des images; il embellit les figures d'usage qui appartiennent à la langue; il recherche très-peu ces figures d'invention qui appartiennent à l'écrivain.
Cependant sa langue est d'une incomparable variété, et d'une richesse que les lexicographes sont le mieux à même d'apprécier: aucun écrivain ne leur fournit autant d'exemples des manières de dire les plus diverses. Personne ne se sert avec une plus admirable aisance de tous les mots de notre idiome : termes nobles, expressions familières, vocables scientiûques et techniques, le dictionnaire entier entre dans ses vers. S'il emploie tant de termes spéciaux, ce n'est pas qu'il ait étudié les arts, les métiers, la chasse, ni l'escrime. Il parlait de toutes ces choses en homme du monde qui a beaucoup écouté, beaucoup observé, et qui, à l'occasion, est en mesure de s'exprimer en termes appropriés sur les sujets les plus divers.
Telle expression vous paraît-elle tout à fait singulière chez Corneille, soyez sûr qu'elle se trouve dans les écrivains de son temps et dans ceux qui l'ont précédé. Par exemple, lisez-vous :
* Ce rare et cher objet qui fait seul mon destin
Du soldat insolent est l'indigne butin, > [Théod., iv. 1.)
cet emploi du mot butin pour proie vous étonne, vous êtes disposé à croire, surtout le rencontrant dans Théodore, que c'est une de ces impropriétés et de ces négligences si reprochées à ses dernières pièces. Cette acception ne serait assurément pas recevable aujourd'hui, mais elle a été employée avant Corneille, témoin cet exemple d'une date antérieure à la représentation de Théodore :
« Et si quelqu'un de nous se trouve criminel, S'il a fait à son sang cet opprobre éternel, Que, sans miséricorde, il soit, comme un infâme, L'exemplaire butin d'une honteuse lame, Qu'il périsse u nos yeux... »
(St-Amant, Fragment d'un poème de Joseph tt de ses frères.)
INTRODUCTION. m
Elle Ta été aussi après lui, puisqu'on lit dans une pièce de Molière, représentée en 1661 :
c Ao moins est-il en moi de promettre à ses vœux
Qu'on ne me verra point le butin de vos feux. » (Don Garde, ni, 3.)
Manière de parler que l'auteur du Lexique de Molière aurait moins reprochée à notre grand comique, s'il avait su qu'il n'était pas le premier qui l'eût hasardée. Assurément, dans une métaphore consacrée, on n'a pas le droit, comme le dit M. Génin, de substituer un synonyme au mot qui fait la figure ; mais il est probable qu'alors être le butin de était reçu, au moins en vers, comme être la proie de.
Corneille dit commander quelqu'un , pour commander à quelqu'un :
z. Un roi que je commande ose se dire roi! • (^^., i, 1.)
Alexandre Hardy avait dit avant lui, dans Alceste: c Puisqu'un entrepreneur te commande, te brave. »
Si vous rencontrez deux gens, pour dire deux personnes, ne croyez pas que cette expression soit particulière à Corneille ; elle a été employée dès le quinzième siècle : « Et certes ce furent deux gens qui firent grande chère ensemble » (Oliv. de La Marche, 31ëm., i, 22) ; et elle se retrouve assez souvent depuis, surtout dans les auteurs de Coutumes.
Il en est de même pour certaines constructions qui sembleraient être des singularités chez Corneille. On lit dans la Suite du Menteur :
« Et je me viens de voir arbitre de son sort. *>
Eh bien, un auteur du seizième siècle avait dit :
- Courage, sire Lazare, réjouissez-vous , je me vien de souvenir qu'il y a moyen... » (Larivev, Le Morfondu, m, 5.)
Du reste, si une expression, employée plus ou moins fréquemment avant Corneille, lui est attribuée à tort, il ne faut pas trop blâmer ceux qui commettent cette méprise. Les œuvres de ce poète fécond présentent des acceptions rares qui peuvent paraître nouvelles et inusitées, même aux philologues les plus accoutumés à tout retrouver dans nos anciens auteurs.
Ainsi nous, qui avons lu et relu avec la plus minutieuse attention, et toujours la plume ou le crayon à la main, nous ne sau-
iv INTRODUCTION.
rions dire combien de milliers d'ouvrages imprimés ou manuscrits de toute date et de tout genre, nous n'avons pas rencontré, ou nous n'avons pas remarqué un seul exemple de l'adjectif amatrique, sans mesure , désordonné , probablement du grec ofarpoç, employé dans cette pbrase de la Lettre apologétique: « Il suffit qu'ayez fait une folie amatrique, sans que j'en fasse une à vous répondre, comme vous m'y conviez. » Néanmoins nous jurerions que ce terme n'a pas été fabriqué par Corneille ; s'il eût voulu créer des mots, il en eût fait de plus harmonieux, de plus poétiques, et surtout de plus intelligibles.
La langue de Corneille est sortie du* même courant et de la môme source que celle de tous ses contemporains; mais il la manie avec autant de fécondité que d'originalité. Il possède à un très-haut degré cette faculté des écrivains de génie de présenter sous une expression nouvelle les objets dont ils s'occupent, parce qu'ils savent toujours y découvrir de nouveaux aspects. Dans ses moments d'inspiration, il rend les mots tout neufs par l'usage qu'il en fait, et par son habileté à les enrichir de sens plus étendus. Il ne se sert que des expressions de tout le monde, et souvent il les choisit peu, mais quand il a de grandes pensées ou de beaux sentiments à rendre, il se les approprie, il les change, il les varie, il les place, nous ne dirons pas avec un tel art, mais avec tant de bonheur, qu'il paraît les inventer. Et ces incomparables beautés de diction ne brillent pas uniquement dans les six ou sept pièces sur trente-trois jugées par Voltaire seules dignes de la représentation, mais encore, au moins par éclairs, dans les productions les plus dédaignées de notre Eschyle.
Cependant on ne peut pas dire que Corneille ait excellé dans la science du style autant que son glorieux successeur. L'inégal auteur du Cid et d'Attila n'est grand ou n'est original par l'expression que lorsque le sujet inspire sa veine, et que la force de la pensée lui fait créer, tout d'une pièce, un style qu'on ne peut appeler que le style cornélien. A l'exception de ces moments où il est sous la puissance du dieu, il demeure inférieur, comme artiste, à l'auteur de Phèdre et à'Athalie. Celui-ci captive ou charme toujours par la beauté ou par la grâce d'un style dont les Sophocle, les Platon, les Virgile offrent seuls l'analogue. C'est lui qui possède éminemment le secret de ces expressions tournées qui relèvent et embellissent les moindres détails, de ces rapprochements nouveaux, de ces alliances de mots qui révèlent des
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rapports inattendus, de ces locutions de génie qui peignent une masse d'idées, de ces figures naturelles et frappantes, de ces transpositions qui aident à l'élégance sans nuire à la clarté, de ces ellipses qui transforment les locutions et donnent des ailes an vers.
Racine a pris à Corneille des expressions en grand nombre, comme il lui a pris des situations, des mouvements, des traits ; mais, incontestablement, il a beaucoup plus inventé qu'il n'a emprunté, et il est peut-être de tous les écrivains du dix-septième siècle celui qui, en produisant ces pensées immortelles et consacrées à l'admiration de tous les siècles, fit faire le plus de progrès à la langue proprement dite. Aussi, à la lecture, Racine plaît-il plus généralement aux esprits délicats et cultivés. Mais, à la représentation, Corneille reprend ses avantages. Ce génie hardi, et quelquefois inculte et inégal, est fait pour être entendu bien plus quepour être lu. On ne peut pas le bien juger en dehors de l'audition. Un poète si éminemment théâtral a besoin d'être mis dans sa perspective, qui est le théâtre.
Nous avons, dans quantité d'articles particuliers et dans quelques-uns des articles généraux, comme aux articles inversion, article supprimé, emploi du subjonctif, participe > latinisme , etc., etc., indiqué les caractères principaux du style de Corneille. Nous devons ajouter ici quelques développements et quelques détails nouveaux, glissant sur les points rebattus et usés par les maîtres de la critique. Nous parlerons d'abord des latinismes que présentent à chaque instant la prose comme les vers de notre grand tragique.
Le latinisme est le fond même de la langue française. Nous sommes moins que personne disposé à méconnaître l'influence du grec sur le français. La langue des Hellènes, nous le sa» vons , fut usitée dans la Gaule narbonnaise longtemps avant l'ère chrétienne, et continua d'y être cultivée dans les siècles suivants. C'est en grec que les premiers ministres de l'Évangile y vinrent annoncer la foi à des populations, dont le plus grand nombre les comprenait. La langue grecque s'entretint par l'enseignement des écoles publiques, et par les relations des premiers rois de France avec les empereurs d'Orient, tantôt leurs alliés, tantôt leurs ennemis. Familière pendant des siècles dans le Midi, surtout dans le royaume d'Arles , elle pénétra moins avant dans les provinces du Nord, cependant elle y marqua la langue gêné-
vi INTRODUCTION.
raie de son empreinte; elle l'enrichit de locutions comme de mots. Le grec eut donc, dès l'origine, une puissante influence sur le français ; mais, en dépit de l'assertion de Henri Estienne et de ses échos, elle ne fut pas comparable à celle du latin. C'est la civilisation latine qui d'abord transforma la Gaule, et la fit rapidement briller d'un éclat dont le tableau nous étonne quand nous le voyons dans Quintilien, dans Suétone, dans Cassiodore, dans Symmaque, dans Ausone, dans Sidoine Apollinaire. C'est la langue latine qui a servi de racine à la plupart des mots dont notre vocabulaire est aujourd'hui composé ; c'est la grammaire latine qui a été le fondement de la grammaire française; entre les deux idiomes, même génie en tout, même caractère, sauf la différence notable que constituent les verbes auxiliaires et l'emploi de l'article. En pouvait-il être autrement, le latin ayant été si longtemps la seule langue usuelle pour tout ce qui était d'un ordre élevé, alors que le français, non plus que les autres langues nationales de l'Europe, n'était capable de rendre ni la loi, ni le droit, ni les sciences, ni la philosophie, ni la religion?
Les maîtres de la langue française se sont tous pénétrés profondément de l'élément latin, et en ont coloré leur discours, pour nous servir de la belle expression de Cicéron : Sentio orationem meam illorum tactu quasi colorari\ Mais aucun peut-être n'en a gardé une aussi forte empreinte que Pierre Corneille, ce génie éminemment romain. On a pu douter si les Romains ont plus fait pour Corneille que Corneille n'a fait pour les Romains; car, comme' l'a dit La Bruyère : « Les Romains sont plus grands et plus Romains dans ses vers que dans leur histoire*. » Les sujets romains eurent toujours sa prédilection. Il a fait voyager sa tragédie cbez toutes les nations du monde, les Espagnols, les Grecs, les peuples de l'Arménie et de la Syrie, les Bithyniens, les Lombards, les Carthaginois et les Huns ; il avait même pensé à finir sa carrière en traitant un sujet puisé dans les annales chinoises. Malgré toutes ses explorations en sens divers , Rome était toujours le point central auquel il revenait et se fixait avec amour. Dans sa longue carrière dramatique, il a parcouru toutes les vicissitudes de l'empire romain. Il a montré Rome républicaine dans les Horaces, impériale dans Ctnna, chrétienne dans Polyeucte,
• De Oratore, n, 14, 60.
* Let Caractères.
INTRODUCTION. vu
triomphante dans Pompée, humiliée, quoique menaçante encore, dans Nicomède, enfin dans Attila, vaincue et prête à céder la place à nn empire nouveau :
c Un grand destin commence, an grand destin s'achève, L'empire est prêt à choir, et la France s'élève. »
Certes, le peintre de ces grands tableaux expliquant, dans une Êpitre à JUazarin, l'idéal qu'il poursuivait, a eu le droit de dire :
« J'en porterai si haut les brillantes peintures, Que ta Rome elle même, admirant mes travaux, N'en reconnottra plus les vrais originaux. >
Dans les patientes études auxquelles se soumit le génie de Corneille pour se préparer à ces fortes créations, il se pénétra intimement de la langue comme des idées des grands écrivains latins, poètes et prosateurs. De là dans son style ces latinismes si fréquents, qui le caractérisent plus encore que l'hellénisme ne caractérise le style de Racine.
Nous grouperons quelques exemples de ces latinismes de Cor- Qûlle, latinismes de significations et latinismes de constructions.
Il met aconit comme Yaconitum latin, pour dire poison en général.
■ prend assiduité, dans le sens de continuité, de durée non interompue : «Ce qui n'étoit point une règle autrefois Test devenu par Vassiduité de la pratique. » (Trois, dise.) Un auteur de la première moitié du dix-septième siècle, Gomberville , dit de même, Vassiduité de nos sacrifices.
Il emploie également assidu, dans le sens de continuel, comme assituus : «Les répétitions assidues qui se trouvent dans l'original. » (Prf. deVlmit., édit. 1670.)
H donne à louange le sens de laus, gloire :
m Couvert ou de louange ou d'opprobre éternel. » (Hor., iv, à.)
Ce latinisme, que Voltaire n'a pas compris, se rencontre, nous l'ivons montré, depuis Gerson, dans YInternelle Consolation, jusqt'à M. Villemain, dans le Tableau de la littérature française au te-huitième siècle. Le siècle dernier en avait abandonné l'usage.
Comme nos anciens écrivains, depuis Bouteiller, les rédacteirs des Chroniques de France, et l'auteur du roman de Perce fort*, jusqu'à Pasquier, Corneille donne à neveu l'acception dô nepfo, petit-fils.
▼in INTRODUCTION.-
D offre autant de latinismes d'adjectifs qae de latinismes de substantifs.
11 prend célèbre dans le sens de public, solennel, éclatant :
c Je n'ajouterai rien aux célèbres témoignages qae la voix publique vous rend.» (Pomp., Au cardinal Mazarin.)
Nous rapportons des exemples analogues, comme ceux-ci :
i Le roi ne songeoitqu'à rendre ces noces célèbre* par des divertissements où il pût faire parottre l'adresse et la magnificence de sa cour. » (Ma* de La Fatetts.) c Et l'auroit percé de mille coups s'il ne l'eût réservé à une vengeance plus célèbn. > (Rbgnabd.)
Honnête, cbez notre poète, signifie honorable, glorieux, comme le latin honestus. U dit: «Un trépas plus honnête» [Otliuri], pour, un trépas plus honorable.
Il emploie content dans la sévérité de son étymologie latine, contentus, qui se contient, qui se renferme dans ce qu'il a, qui se résigne sans peine, comme l'explique Forcellini :
« Périssant glorieux, je périrai content. » [PoL, rv, (.)
Il donne à funeste l'acception première de funestus, dérivé le funus, funèbre, lamentable : « Funeste spectacle, funeste état, péril funeste. »
Il emploie imbécile, imbécillité, dans le sens à'imbecillus, inèecillitas, faible, faiblesse.
Il donne à sublime la signification primitive et toute^ laine d'élevé :
• Si votre hymen m'élève à la grandeur sublime. » {Sert., , 3 )
Il dit être récent de son latin, pour signifier sortir de Tétuder, et en avoir encore la mémoire toute fraîche, comme Fronton î dit : « Tu, qui a grœcis litteris recentior es. »
Que de verbes aussi sont employés par Corneille d'une manier*, toute latine 1 11 dit céder y pour le céder, comme le cedere latin :
< Et si le sang des dieux cède à celui des rois. • (Androm., m, <)
c On ne peut plus rien faire Dont la gloire ne cède à celle de Sévère, *
dit de même Thomas Corneille, dans Maximian, i, 1. Ce latinisme a, du reste, été conservé, môme en prose, apés
INTRODUCTION. ix
Corneille. C'est aipsi que rhistoriea de la Conjuration des Gracqm a dît :
< Ses vertus personnelles ne eédoknt ni à celles de son père, ni à celles de sa
mère. >
Obliger , dans l'auteur à'Borace, a la force du latin obligarey et vent dire lier par un devoir, mettre dans une certaine dépendance morale à l'égard de quelqu'un :
« Envers un ennemi qui nous peut obliger? > (Hor., i, 3.)
Construisant éprouver comme le latin experior, il le fait suivre d'un qualificatif :
« Toujours de plus en plus je réprouve cruelle. » [L'Iltus., h, 1.)
Crébillon a dit d'une manière toute semblable :
« Cruelle! si l'amour vous éprouve inflexible,
À ma triste amitié soyez du moins sensible. > [Rhadam., 1, 1.)
Suivant La Harpe, € l'amour vous éprouve inflexible n'est pas français1. » 11 aurait mieux valu observer que c'est un latinisme peu usité en français moderne. Crébillon, d'ailleurs, affectait cette construction ; on la rencontre jusqu'à trois fois dans un seul acte d'une de ses pièces :
« Si ma triste douleur vous éprouve inflexibles ;
Du moins ne laissez pas succomber ma vertu
Sous les divers transports dont je suis combattu. » [Pyrrhus, i, 1.)
« Je lui dois d'un ami le secours et la foi :
Il ne Réprouvera légère, ni perfide. » (Jbid.)
t files pertes, mes périls n'ont rien d'assez terrible
Pour un roi que l'honneur éprouve seul sensible. » (Ibid.y i, 2.)
Corneille dit s'oublier de, avec un substantif, par imitation du latin obliviscor, avec un génitif, « s'oublier de son néant. »
Les adverbes, les prépositions, les conjonctions nous donneraient lieu de relever bien des latinismes de Corneille. Pour le moment, nous nous contenterons de signaler une manière trèscurieuse d'employer l'adverbe ainsi, à l'imitation du Sic te diva potens Cypri, d'Horace :
« Ainsi vienne bientôt cette heureuse journée
Qui nous donne le reste en faveur d'hy menée. » {Mél., î, 4.) ty
1 Lycée, 3* p., 1. i, ch. tv, sect. 1.
x INTRODUCTION.
Du reste, ce latinisme n'a rien de particulier à Corneille. Il a été fréquemment employé au seizième siècle, notamment par Joacliim du Bellay, par J.-A. de Baïf , et on le retrouve au dixseptième siècle dans Mairet, dans Rotrou, dans La Fontaine, dans madame Deshoulières, dans Fénelon.
Corneille a aussi beaucoup de latinismes de syntaxe. Comme les latins, il emploie volontiers le comparatif pour le superlatif, mieux, pour le mieux :
« Et je tiendrois des deux celui-là mieux épris
Qui... » (Don Sanche, m, 4.)
Plus, pour le plus :
« Ton sexe qui défend ce que plus il désire. > {Clit , v, 3.)
On verra dans le Lexique combien ce latinisme était fréquent au seizième et au dix-septième siècle.
Il aime à employer plus sans négation, dans le sens de davantage, encore :
« Tais-toi, si jamais plus tu me viens avertir... > (Le Ment., i, 5.)
Le latinisme se retrouve également dans le genre que Corneille donne à certains noms, comme épi gramme, épitaphe, idole, insulte, limite, voile, qu'il fait masculins, et âge qu'il fait féminin.
11 se retrouve aussi dans la préférence qu'il accorde à certaines formes, comme intrique, qu'il préfère à intrigue, parce que le premier se rapporte davantage à l'étymologie latine intricœ.
On vient de voir combien, dans la langue de Corneille, le latinisme est dominant. L'archaïsme ne Test pas moins. La diction de ce poète réformateur et créateur, qui contribua tant à fixer le génie de notre langue, se rattache par quantité de points à la langue et à la littérature qui finissaient quand il débuta. Il aime certains vieux termes qui commençaient à n'être. plus guère usités, et quelquefois il en fait l'usage le plus poétique. Nous ne les avons pas consignés tous dans notre Lexique parce que plusieurs sont très-connus, et qu'ils ne donnaient lieu à aucune observation particulière, par exemple, coupeau pour sommet, cime :
€ Tiens-y toi solitaire, et tel qu'un passereau
Qui d'un arbre écarté s'est choisi le coupeau. > (/mtf., îv, 12.)
II emploie dosage pour enclos :
c Un bœuf piqué du taon, qui, brisant nos dosages... »(Clit.y u. 7, lreéd.)
INTRODUCTION. xi
n dit encore, avec Brantôme, suasion pour persuasion. Il se sert $ allégeance pour dire soulagement : foible allégeance, vaine et fausse allégeance, donner une fausse allégeance, pour mon allégeance.
Comme Etienne Pasquier, comme Malherbe, il se sert de couche, au singulier, pour signifier enfantement, couches :
c Vierge devant ta couche, et vierge après ta couche, »
(Œuvr. div.f Louanges de la Vierge.)
Dans la préface de Clitandre, dans Ylllusion comique, dans le Menteur , dans les Discours sur le poème dramatique, Corneille donne à occasion le sens de raison, motif, sujet, comme on le fit jusqu'à Voiture, un des derniers chez qui on trouve des exemples de cette signification propre au seizième siècle.
A l'exemple de Montaigne, et par latinisme, il donne à conférer, dans Y Imitation, le sens d'être utile à, de contribuer, de servir à :
« A son avancement l'un et l'autre confire. » (Imit., i, 19.)
Il emploie au figuré, et avec le pronom personnel, le vieux verbe déglacer, qu'on rencontre dans les Poésies de Loys le Caron, et qui est inséré dans les dictionnaires de Cotgrave et d'Oudin. Il dit :
« Tout mon corps se déglace... » (L'illus. com.)
U se sert du verbe épartir, avec le pronom personnel, pour signifier se répandre, se distribuer :
c La bruine à son choix s'épart sur les humains,
Comme s'épartiroit la cendre..., > (Trad. du P*. 147.)
employant ainsi une expression qui se trouve non-seulement dans Vauquelin de la Fresnaye, dans Théophile, mais dans un de nos plus anciens et de nos plus célèbres trouvères :
« Vil la pornêre (poussière) qui s'espari conlremont Que font saillir li destrier arragon. »
(Raimbeht de Paris, Ogier de Danemarche, v. 6461 )
Il dit })osé que, pour supposé que, ancienne locution qu'on trouve, dès le quatorzième siècle, dans Jehan d'Arras.
Il emploie plusieurs fois comme pour comment, avec ou sans interrogation.
Un siècle manie et conduit ses pensées tout différemment d'un antre siècle. La succession des temps, le changement des mœurs, mille causes graves ou légères, amènent dans la langue, comme
xii INTRODUCTION.
dans tout le reste, des mutations qu'il faut accepter et contre lesquelles personne ne peut rien. Des mots tombent, d'autres naissent; les acceptions des termes se remplacent les unes les autres. Tous les esprits sensés se plient à ces variations de l'usage, mais ils les trouvent quelquefois très-malheureuses.
Certes, sans être un défenseur systématique de l'archaïsme, il est permis de désirer et de conseiller la reprise de quelques-uns de ces anciens mots qui, employés avec jugement, donnent de la dignité et de la majesté au style : grandiorem reddunt orationem, comme parle Cicéron, ou bien lui communiquent de la grâce, de l'aisance et de la variété. « Il serait à souhaiter que la plupart des termes dont Corneille s'est servi fussent en usage. Son nom devrait consacrer ceux qui ne sont pas rebutants, » a dit Voltaire ', dans un de ses moments de parfait bon sens et d'intelligente justice.
Le commentateur du grand tragique a lui-même indiqué quelques-uns des termes et quelques-unes des locutions de Corneille dont on aurait dû garder l'usage. Ainsi exorable, hostie, dans le sens de victime, invaincu, ce que, pour autant que :
« Et Pompée est vengé ce qu'il peut l'être ici. » {Pomp.t v, 4.)
€ N'est-ce pas dommage, demande avec raison Voltaire, que cette expression ait entièrement vieilli? On dirait aujourd'hui : « autant qu'il peut l'être ; > mais « ce qu'il peut l'être » n'est-il pas plus énergique ? >
Corneille dit mes flammes, et non pas seulement ma flamme, comme on dit mes feux, en parlant d'amour :
* Que l'ardeur de Clarisse est égale à vos flammes, » (Le Mem.% m, 2.)
Voltaire est d'avis qu'on l'imite, en dépit de la décision des grammairiens et des lexicographes.
Comme le célèbre commentateur9|nous voudrions voir rajeunir toutes ces expressions, mais quelques autres nous paraissent particulièrement regrettables, comme
Charmeur, adjectif ou substantif :
« Que de ses tons charmeurs l'amoureuse tendresse. » (Imii., iv, 17.) « S'il est civil ou rude, importun ou charmeur. » (La Gai. du PaLt i, 8.) c Éloignez quelque temps ce dangereux charmeur, » (La Veuve, u, 2.)
* Rem. sur Hor.t i, 1.
INTRODUCTION. xiii
Déceptif, trompeur, dont l'objet est de tromper, mot qui est appelé par déception et décevoir, et dont nous citons d'excellents emplois de Corneille, et de divers auteurs depuis le quinzième siècle, présent déceptif \ langage déceptif, langue àéceptive , mots déceptif $, actions déceptive s, intention déceptive, image déceptive, mets déceptif etc.
Instruisant, adjectif, parole instruisante, mot expressif et nécessaire qui a été employé par Pascal, par Malebranche, par Charles Perrault.
Pipeur, trompeur, dont Montaigne, Tahureau, d'Urfé montrent, avec Corneille, l'utilité et la grâce.
Hantise, dérivé de hanter, pour fréquentation, dont le président Hénault s'est encore servi dans ses Mémoires.
Martel, qui n'est plus d'usage qu'en celte phrase figurée, martel en tête, et qui s'employait autrefois dans des alliances de mots extrêmement variées : donner tant de martel; à combien de martels fai donnés! prendre quelque martel iune chose; le martel d? amour; ôter le martel à quelqu'un; mettre en martel, etc.
Parentage, pour parenté, qu'on trouve depuis Lancelot du Lac jusqu'à Delille.
Incontestablement, tous ces mots et toutes ces locutions sont autant de richesses perdues.
Quelques-unes des vieilles manières de parler que Corneille employait comme tous les auteurs de sa date n'ont rien pour l'élégance ni pour l'énergie qui les puisse faire tant regretter, mais cependant elles facilitaient et variaient la diction. Telle est la locution fournir de, employée comme servir de, ou fournir activement : t Cet amour paternel qui te fournit d'excuses... Alosl n'eût point fourni de matière à ta gloire, » etc., dont nous avons présenté tant d'exemples du seizième et du dixseptième siècle, de Larivey, de d'Aubigné, de Bouchet, de Malherbe, de Saint-Amant, de Guy Patin, de La Rochefoucauld, de Perrault, de Racine, de madame Deshoulières, de madame de Villedieu, etc. Vaugelas et Ménage avaient frappé de leurs censures cette locution. Elle n'en continua pas moins, jusqu'à la fin do siècle, d'être fréquemment employée.
Quelquefois les archaïsmes de Corneille sont en même temps des provincialismes contractés dans sa Normandie. On sent un peu le provincial dans P. Corneille. Il passa toute sa jeunesse en Normandie, à Rouen, y résida ensuite presque constamment , et
xiv INTRODUCTION.
ne fit que de rares et assez courtes apparitions à Paris, où il ne se \ fixa qu'à la fin de 1662, longtemps après avoir donné tous ses ' chefs-d'œuvre, et quand il avait déjà, dans l'édition de 166Q, arrêté presque définitivement son texte. La langue de son contemporain Pascal paraît moins vieillie ; c'est, indépendamment du tour naturel de ce noble esprit, qu'il avait davantage ressenti l'influence de la capitale.
Malgré ses prédilections et surtout ses habitudes d'éducation, Corneille ne s'obstina pas systématiquement dans l'archaïsme, et, dans ses révisions, il abandonna quelques vieux termes passés de mode.
Ainsi les premières éditions de Mélite , depuis 1633 jusqu'à [ 1654 inclusivement, donnent ce vers : ;
« Ne le colère point contre mon insolence. » (A. îv, se. 0.
Dans les dernières, il a été changé ainsi :
« N'entre point en courroux contre mon insolence. »
Corneille ne garda que jusqu'à 1654 le vieil adjectif bigearre f pour bizarre, qu'il avait d'abord employé dans la Galerie du palais:
«. Celte bigearre humeur n'est jamais sans soupçon. »
Il avait dit d'abord, dans Cinna, h, 2 :
« Auguste aura soûlé ses damnables envies. »
Ce vers se lit ainsi jusque dans l'édition de 1654. Mais, le verbe soûler ayant été banni du style noble, le poète fit cette correction :
« Octave aura donc vu ses fureurs assouvies. »
Dans les premières éditions de la Veuve, jusqu'à 1654 inclusivement, il avait mis :
« Vain et foible soûlas en un coup si funeste. » Le substantif soûlas ayant vieilli, il fit ce changement :
« Foible soulagement en un coup si funeste. »
Dans la première édition de Mélite, i, 6, on lisait :
«... Adieu, des raisons de si peu d'importance
• N'ont rien qui soit battant d'ébranler ma constance. »
Aux éditions suivantes, Corneille supprima le vieux mot bastant, capable , et mit :
« Ne pourraient en un siècle ébranler ma constance. »
INTRODUCTION. xv
Cet adjectif, d'un usage si fréquent au seizième siècle, se trouvait encore dans la première édition de Y Illusion comique, (n, 7) :
« Me croyez vous basia.ni de outre à votre feu? >
Dans les éditions postérieures à 1654, Corneille fit ce nouveau changement :
< Me prenez-vous pour homme à nuire à votre feu? »
En effet, ce mot, encore indiqué dans le Triumpkus linguœ gailicœ, de Raillet (1664), vieillissait décidément, et, passé la seconde moitié du dix-septième siècle, on ne le voit plus guère employé, si ce n'est par La Fontaine, dans ses Contes, ou par quelques partisans déclarés de l'archaïsme, comme Saint-Simon.
Dans les premières éditions de Mélite, il s'était servi de consommer pour consumer, conformément à l'ancienne pratique de la . langue :
c Un feu qui la consomme... >
Dans l'édition de 1660, cédant à la réclamation de Vaugelas contre la confusion de consommer et consumer, il substitua consumer à consommer, qui était la vraie forme gauloise, mais dont Molière, presque seul parmi les bons écrivains, continuait de faire usage.
Après avoir employé le vieil adverbe possible, dans les premières éditions de Mélite, de 1633 à 1C54, il finit par l'effacer et cessa de l'employer : Vaugelas l'avait censuré, et il ne passait plus pour être du beau style.
Pour certains mots et pour certaines locutions , Corneille se montra donc docile aux caprices de l'usage. Mais il est loin de s'y être soumis, dans sa longue carrière et dans la variété de ses productions, comme l'ont fait d'autres auteurs de cette belle époque de l'art d'écrire, Bossuet, par exemple, dont le style offre de si curieuses et de si importantes transformations aux diverses périodes de sa brillante et féconde vie d'écrivain. P. Corneille, pour le mot et pour le tour, resta bien plus l'homme de ses débats ; la langue de sa vieillesse tranchait assez vivement avec la langue nouvelle de la cour, avec la langue épurée de Racine et de Boileau.
Jusque dans ses derniers ouvrages, il conservait des mots de
xvi INTRODUCTION.
l'autre siècle ; il disait rechanté, pour signifier qui a été l'objet de beaucoup de chants, célébré, vanté: «Ces murs si rechantés,n \ (parlant de Troie); évader, pour s'évader; rapporter à, pour se i rapporter à, avoir du rapport avec : Dont vous verriez l'humeur rapportant à la vôtre, etc.; défaire, pour se défaire; rapprocher, pour se rapprocher : S'il ne faut qu'empêcher qu'un si fidèle amant n'en puisse rapprocher ; séjour, pour retard, délai.
Il garde aussi de vieilles formes orthographiques qui n'étaient plus de mode '. Il écrit vefve, quand Malherbe et Vaugelas écri- j vaient veuve. Il continue à dire submission, quand soumission avait déjà prévalu.
Un fait sert, avec beaucoup d'autres, à montrer quels changements s'étaient opérés dans la langue en quelques années du règne de Louis XIV, et sous l'influence des purs et brillants écrivains de la nouvelle période, qui date de 1660. Ce fait, c'est que Thomas Corneille, qui vécut toujours avec son frère dans une parfaite conformité de sentiments et d'idées, écrivant des notes sur les Remarques de Vaugelas, se prononce très-souvent contre des expressions et des manières de parler employées par le grand tragique, et les déclare vieillies, impropres ou dépourvues d'élégance.
Pierre Corneille emploie souvent estime pour dire gloire, réputation. Ce sens passif est condamné par Thomas en ces termes :
« Je ferois difficulté d'employer estime autrement que dans la signification active, comme son estime est une chose que tout te monde recherche avec soin, pour dire l'estime qu'il a pour ceux qui ont du mérite est recherchée de tout le moufle, mais il me semble qu'on ne diroit pas fort bien, dans la signification passive, son estime diminue de jour en jour , pour dire C estime qu'on avoit pour lui. Estime est un mot qui approche de considération; on dit fort bien : tous les honnêtes yens ont beaucoup d'estime et de considération pour lui , mais comme on ne saurait dire, sa considération diminue, pour dire ta considération qu'on a voit pour /ni, je
1 On sait, d'ailleurs, et nous n'avons pas besoin de répéter avec détails que Corneille avait des habitudes orthographiques particulières, qu'il eut un système d'orthographe à lui, et que nombre de ses innovations, plus ou moins promplement adoptées, ont triomphé définitivement. Ainsi, on l'a déjà remarqué, c'est lui qui, le premier, proposa d'écrire éblouir, ébranler, il étoit, au lieu de«blouir, esbranler, it estoit, et d'accentuer sévérité, qu'on écrivait sévérité. Dans la dernière édition de ses œuvres, faite par lui avec le soin le plus attentif en 1682, deux ans avant sa mort, il a ramené à l'orthographe étymologique beaucoup de mots comme intriques, ambroiie, J une lions, prétendions, dissmùon,' submission. Il a ramené plusieurs autres mou à l'orthographe française, tel que Courier, .qu'il écrit avec un seul r, comme courir.
INTRODUCTION. xvii
ne crois pas que Ton paisse dire, son estime diminue, dans le même sens qu'on * dit, ta réputation diminue. » (Not. sur les Remarques de Vaugelas, DXLI.)
H déclare aussi que le mot discord, qui se trouve dans le Cid. est tout à fait hors d'usage.
Pierre Corneille a employé d'une manière absolue période, substantif masculin, pour signifier le point le plus élevé, apogée. Il dit : o Les sciences et les arts ne sont jamais à leur période, » comme Vaugelas dit : a monté au période de la gloire ; » Thomas Corneille condamne cette manière de dire quand il fait cette note :
« On ne dit point monté au période de la gloire. Il faut dire au plus haut période de la gloire, comme on dit jusqu'au dernier de la vie, »
Pierre Corneille emploie auparavant avec un régime. Thomas, à propos de la remarque CCCCXLVUI de Vaugelas, proscrit formellement cette manière de parler :
« Non-seulement, dit-il, auparavant lui et auparavant que vous soyez venu, ne sont point du bel usage, mais ce sont des fautes contre la langue. Il faut dire avant lui et avant que vous soyez venu, auparavant ne pouvant être qu'adverbe. »
[ Il condamne également dedans, employé avec un régime pour I dans :
c On a rendu la langue française si pure, dit-il, qu'il n'est plus permis aux
poètes, non plus qu'à ceux qui écrivent en prose, de mettre les prépositions
composées pour les simples. Ainsi il faut dire, sur, sous, dans et hors en vers,
j et non pas, dessus, dessous, dedans, dehors, lorsqu'il suit un substantif, et que ces
' prépositions ne peuvent tenir lieu d'adverbes. > {Note sur ta Remarque CXXVU!.)
Devers, dans Pierre Corneille, est très-souvent suivi d'un nom de personne, comme vers. Cependant Thomas déclare que « devers est une préposition qui a vieilli, et dont il n'y a plus que le peuple qui se serve. » Il proscrit encore plus fortement la lourde et vicieuse locution du depuis, pour depuis, qui se trouve employée dans le Menteur. « Non-seulement, observe l'annolateur de Vaugelas, on n'écrit plus du depuis, mais même ceux qui parlent bien ne le disent point dans la conversation la plus familière. » (Note sur la Remarque CLXXXIII.)
Il n'aime pas davantage cependant que, pour pendant que, employé par son frère dans Polyeucte, dans Pompée, dans Andromède:
. « Nous avons de très-beaux ouvrages, dit-il, où cependant que est employé, I à
xvni INTRODUCTION.
c'est assurément une faute, et il faut dire, en vers aussi bien qu'en prose, pendant que je faisois, et non pas cependant que je faisois. » {Noies sur Us Remarques (le Vaugelas, CCXVI.)
Pendant que prévalut, mais, nous l'avons observé, cependant que ne fut pas tout à fait rejeté, et on en trouve des exemples en vers jusqu'à nos jours.
Thomas Corneille condamne encore l'emploi de comme, pour que, dans une phrase comparative :
« Autant, comparatif, dit-il, est la môme chose qu'au»! et si pris pour adeo, et tous les trois (Jemandent que après eux et jamais comme, > (Not. sur les Remarques de Vaugelas, CCXXXI.)
Avec Vaugelas et Ménage, et contre l'avis de Chapelain, il rejette du style élevé possible , pour peut-être. U prononce, avec Chapelain , que l'expression des mieux, pour le mieux, au mieux,
* Je n'entends pas des mieux » [Agis., îv, 4.)
* Je m'acquitte des mieux de la charge commise, » {La PI. Boy., i, 2.)
« n'est point reçue par ceux qui ont quelque soin d'écrire correctement. »
On verra dans le Lexique beaucoup de phrases de Corneille comme celles-ci :
* Surpris, ravi, confus, je n'ai que repartir. » {La Suiv., ni, 10.) « Nous n'avons désormais que craindre de sapait. » {Bléd., n, 4.)
Voltaire y a vu des barbarismes. Avant lui, Thomas Corneille avait condamné ces sortes de phrases. 11 s'exprime ainsi au sujet de la Remarque CCCCXCII de Vaugelas:
« On dit fort bien, il ne sait que faire, il ne sait que dire; mais il semble que cela doit être absolu, et que quand il suit quelque chose, il est mieux de se servir de rien à. Ainsi je dirois, n'ayant rien à répondre à ses reproches, n ayant rien à dire à ceux qui l* interrogeaient, plutôt que, n'ayant que répondre à ses reproches, n'ayant que dire à ceux qui finteirogeoient. »
Cependant cette forme facilitait la versification. Selon nor.s, Pierre Corneille a bien fait d'en profiter, et rien n'empêcherait encore les poètes de l'imiter à l'occasion.
Thomas Corneille condamne aussi dans plusieurs substantifs le genre adopté par son frère. D'accord avec Patru, il veut qu'on fasse toujours rencontre féminin. Cette fois, l'usage a donné raison
INTRODUCTION. xix
à Pierre Corneille, et Ton a continué de faire rencontre masculin dans certains cas.
L'annotateur de Vaugelas, d'accord en cette circonstance avec l'auteur des Remarques, comme avec l'usage établi, censure encore indirectement ce vers de son frère :
< Il venoit à plein voile... y • (Pornp., ni, 1.)
en prononçant qu'il faut dire « caler la voile, et non pas le voile; tes voiles enflées par le vent, et non pas enflés, et qu'en ce sens, voile est toujours féminin. »
Notre poète, dans sa révision générale, adopta définitivement la forme intrique, pour intrigue qu'il avait d'abord employé, en 1637, dans l'épître dédicatoire de la Place-Royale; de plus, dans la scène vi de l'acte premier du Menteur, il a fait ce substantif masculin :
«... Mais enfin ces pratiques * Vous peuvent engager en de fâcheux intriques. »
Thomas Corneille condamne et la forme et le genre adoptés par son frère :
« Intrigue y dit-il, est présentement toujours féminin. Ceux qui ont écrit imrique l'ont fait pour faire rimer ce mot avec pratique. C'est une licence que la poésie De sauroit excuser. » (Not. sur les Remarques de Vaugelas. CXXIX.)
Et dans l'édition qu'il donna, en 1692, des œuvres de Pierre Corneille, il changea les deux vers du Menteur ci-dessus rapportés, pour faire disparîiltre le mot intriques.
D ne fait pas davantage grâce aux vieilles formes orthographiques , comme submission pour soumission, et aux licences poétiques qui contrarient la grammaire, ainsi qu'on le verra par plusieurs articles du Supplément de notre Lexique.
On s'expliquera cette différence dans la manière dont Pierre Corneille écrivait et dont Thomas jugeait le style, si l'on se rappelle que ce dernier, plus jeune de dix-neuf ans que son frère, avait plus que lui vécu à Paris, avait davantage fréquenté les bons écrivains de la seconde moitié du siècle, et surtout avait beaucoup lu Racine, dont il a imité la manière dans Ariane, son chef-d'œuvre, et son seul titre incontestable à la gloire de poète tragique.
Pierre Corneille voulut aussi modifier son style d'après le changement de l'usage. Nous l'avons vu renoncer à certains archaïsmes
xx INTRODUCTION.
tombés en désuétude. Il fit aussi bien des retouches de diverse nature dans le détail du style. Un seul exemple montrera combien elles étaient quelquefois minutieuses et scrupuleuses. En 1645, il avait écrit dans la Suite du Menteur :
€ Laissez-les s'écouler, je vous dirai qui c'est » (A. tu, se. 4.
En 1682, il corrigea pour mettre :
c Laissez-les s'échapper, je vous dirai qui c'est. >
Mais généralement ces retouches ne furent pas très-heureuses. Corneille était essentiellement un écrivain de jet. Il ne savait guère chercher ni travailler ses corrections, et souvent quand il voulait ainsi modifier de sang-froid ce qu'il avait écrit de verve, son instinct l'abandonnait, et à des beautés de premier ordre censurées peut-être par une critique infime ou timide, il substituait des expressions beaucoup plus communes. C'est ainsi qu'il supprima la poétique expression :
<r Au milieu de l'Afrique arborer ses lauriers, >
et la remplaça par ce vers :
« Du sang des Africains arroser ses lauriers ; »
parce que Scudéry, l'Académie et Ménage avaient déclaré qu'on ne peut pas dire arborer un arbre.
11 avait d'abord dit dans Pompée, iv, 4 :
« Je n'irai point chercher sur les bords africains Le foudre punisseur que je vois en tes mains. »
Dans une révision, il affaiblit le vers en mettant le foudre souhaité, au lieu du foudre punisseur, que Molière saura reprendre et s'approprier très-heureusement. Ah! que le poète garde ses archaïsmes, ses hardiesses, et môme ses incorrections, plutôt que de nous priver d'aucune de ces originalités et de ces créations de génie qui feraient tout pardonner.
Le père de la tragédie française ayant si peu innové dans le mot et dans l'expression, un Lexique de Corneille n'aura donc à étudier qu'un bien petit nombre de faits de langue particuliers à ce poète, mais il offrira l'occasion d'expliquer une multitude de termes et de manières de dire très-usités au dix-septième siècle, et dont cependant aucun dictionnaire n'a coutume de s'occuper.
Notre livre offrira un grand' nombre de ces études toutes
INTRODUCTION. xxi
neuves sur la diction des grands écrivains qui ont fondé ou perfectionné la langue classique, et en ont étendu le domaine par des alliances nouvelles et heureuses. Nous indiquerons quelquesunes de ces espèces de monographies philologiques, et nous insisterons même sur des détails dont beaucoup de lecteurs pourront profiter. A l'occasion, nous compléterons notre Lexique au point de vue de la langue générale du dix-septième siècle.
Corneille emploie très-souvent avancer dans le sens de faire réussir, de servir:
c Voire fourbe inventée à dessein de nous nuire,
Avance nos amours au lieu de les détruire. » [Mil., v, 6.)
c Et ma timidité s'efforce d'avancer
Ce que hors du péril je voudrais traverser. » [Méd.> m, 1.)
« Pour avancer l'effet de ce discours fatal. » (Pot., i, 3.)
« Les intérêts du prince avancent trop les miens
Pour... » {Tite et Bér., m, 3.)
On peut voir au Lexique les autres exemples, et le texte complet de ceux que nous ne faisons qu'indiquer ici. Corneille emploie encore avancer dans le sens de gagner :
« Et jamais sur ce cœur on n'avancera rien,
Qu'en me donnant un sceptre ou me rendant le mien. » (CEd., i, 1.
< Je parle, promets, prie, et je n'avance rien. » {Sur., u, 3.y
Enfin, il s'en sert dans le sens de mettre à exécution :
c II est temps d'avancer ce qu'il faut que je fasse. » [Rodog., v, 3.)
Toutes ces significations si curieuses se rencontrent partout dans les écrivains de la fin du seizième siècle et dans ceux du dixseptième. Nous ne pouvons pas reproduire ici tous les exemples cités dans notre Lexique, pour établir une acception connue de si peu de personnes. U suffira d'en présenter en abrégé quelques-uns, d'autant que nous espérons qu'on les voudra lire tous dans le livre :
« Leur rage a mis au jour ce qu'elle avoit de pire ;
Certes, je le puis dire.
Mais je puis dire aussi qu'ils n'ont rien avancé. »
(Malh., Trad. du Ps. cxxvn.)
« Avancer l'œuvre, avancer le traité. (Henri iv.)— Ce que l'on avança fut que... (Malh.) — Avancer une conquête. (Boss.) — Avancer une entreprise. (St-Rbal.)— Avancer les intérêts de la religion. (Mass.) — Avancer un projet. (Boss.) — A van-
xxii INTRODUCTION.
eer un dessein. (La Rochkf.) — Tout ce qui avance notre élévation. (Boss.) — Us n'avoieni pas beaucoup avancé de s'être défaits de Ferdinand. » (Flêch.)
D'une manière analogue, avec le pronom personnel :
< Notre heur ne peut s* avancer qu'en... » (P. Corn., La Veuve.)
Le verbe rompre se prenait aussi dans plusieurs acceptions remarquables qui ont maintenant besoin d'être expliquées. Ainsi il avait fréquemment le sens d'empêcher d'avoir lieu : « Rompre un coup, des coups, rompre des spectacles, rompre des effets, des projets, des succès, une entreprise, un obstacle. » (P. Corn.) — « Rompre des plaisirs. » (Lariv.) — « Rompre un malheur. » (D'Urfé, Th. Corn.) — « Rompre une partie. » (Mm* de Villed.) — « Rompre un dessein. » (Brant., P. Corn., Boss., M"" de Villed.)
Rompre un coup est une expression prise du jeu de paume, et toutes les locutions analogues que nous avons citées sont de légitimes extensions de la signification première, quoi qu'en ait dit Voltaire en critiquant rompre des spectacles.
A propos du vers de Corneille,
« Et ce n'est pas pour être aux terme* d'en mourir, » {Pulch., m, 3.)
nous avons encore fait une étude approfondie sur des manières de parler fréquentes au seizième et au dix-septième siècle. Nous avons montré qu'on disait souvent être aux termes de, ou être en termes de, ou bien encore être en terme de, suivi d'un infinitif, pour signifier être au point, être sur le point de; qu'on trouve également être sur les termes de, pour signifier être sur le point de, ou être en position, être en mesure de; et dans des sens analogues, être en grands termes de; qu'enfin on disait mettra aux termes de, réduire à telle ou telle extrémité, ou mettre en état de, et réduire aux termes que, réduire à un tel état que.
Il y a encore trop d'hommes qui croient que, hors le Dictionnaire de 1* Académie, — nous parlons de l'ancien, — il n'y a pas de salut. Ils pourront être désabusés par beaucoup d'articles semblables à plusieurs de ceux que nous venons de mentionner: quelques-uns rappellent des faits de langue décidément vieillis, mais les autres devraient encourager à d'heureux rajeunissements.
Cette grande et belle langue du dix-septième siècle, qui possédait tant de richesses et de ressources, avait une aisance de varier
INTRODUCTION. xxm
les locutions que nous avons perdue. Nous prouverons ici par quelques exemples un fait dont notre livre tout entier est la démonstration.
On dit habituellement donner lieu, laisser lieu de; au dix-septième siècle cette locution se modifiait en mettant un adjectif devant lieu :
< Ce sont des termes qu'il a si peu expliqués, qu'il nous laisse grand lieu de douter de ce qu'il veut dire. > (P. Corn., Prem. Disc.)
< Ne donner cz-xous point quelque lieu de vous dire...? »
(Id., Pit/cA., m,L)
On mettait aussi un adverbe de quantité devant lieu :
■■: Carlos a tant de lieu de vous considérer. »
(P. Corn., D. Sanche, v, 1.) ' Qui vous avoient donné tant de lieu de vous plaindre. »
(Id.,^*., v,7.)
La locution un peu vieillie rendre combat, rendre le combat, se variait de vingt ou trente manières, au propre ou au figuré : ne rendre point de combat, ne rendre aucun combat, rendre plus de combat, rendre tant de combats, rendre des combats superflus, rendre de grands combats, sans presque rendre de combat, rendre un combat très-furieux, rendre de beaux combats, ne rendre quun combat trèscourt, rendre des combats faibles.
Il est en votre main, pour signifier il est en votre pouvoir, il dépend de vous, est une locution toute faite et très-ancienne. Corneille la modifie en la faisant suivre de de et d'un infinitif:
« S'il n'est pis en ta main de m 'arrêter au jour. » [Œd., 111, 1.)
« Mais il est en ta main de le rendre impuissant. • (finit., îv, 10.)
Une des locutions où apparaît le mieux l'aisance heureuse qu'on avait dans la vieille bonne langue de varier et de nuancer l'expression, c'est la locution tirer raison, et faire raison. On disait, comme aujourd'hui, tirer raison, mais on disait encore, avec l'adjectif possessif, tirer sa raison :
« Mourir sans tirer ma raison! > (P. Corn., Le Cid.)
On disait, d'une manière analogue, avoir sa raison, avoir sa rat- «n de :
* One li papes sa raison ut. ^ (G. Guiart.)— « J'en auray tousjours ma raison. » (R. Belleau.) — c Ha! j'en auray ma raison. » (Larivet.)
xxiv INTRODUCTION.
Plus habituellement on disait,»sans l'adjectif possessif, tirer la raison de :
c Pour tirer la raison de la mort d'Encelade. » (Racan.)
Et Ton pouvait modifier cette locution de diverses manières, comme ne tirer aucune raison de, etc.
On trouve de même, surtout au seizième siècle, avoir la raison de, pour avoir raison de, et, avec diverses modifications, ne pouvoir avoir autre raison, etc.
Au lieu de faire raison de, on disait également faire la raison de:
<c La raison que vous en peut faire sa bonté,
Je consens qu'elle vous la fasse. » (P. Corn. Agés., i, 2.)
Corneille, dnns ses comédies ou ses tragédies, a fréquemment employé cette locution dans le sens de réduire, gagner, venir à bout de, et on la trouve très-souvent chez des écrivains antérieurs ou postérieurs, avec diverses nuances de signification.
Elle pouvait toujours se modifier au gré de l'écrivain. Corneille dit : « faire un peu de raison de, » pour signifier tirer quelque vengeance de; et Tavernier : «L'avanie qu'il nous suscita du peu de raison qu'on lui avait fait de. » On trouve encore : « Lui faire si bonne raison, » dans les Lettres manuscrites de Henri IV ; « Si tu veux m'en faire une entière raison,,» dans Cyrano de Bergerac; a Vous ne daignâtes me faire aucune raison sur, » dans Arnauld.
On disait aussi se faire la raison, comme se faire raison, faire faire la raison, comme faire faire raison.
Dans la langue du dix-septième siècle, les verbes changeaient d'espèce beaucoup plus aisément et plus fréquemment qu'aujourd'hui.
Les neutres devenaient souvent actifs, nous en donnons uu exemple à l'article GERMER, pour faire germer :
« Et c'est une semence illustre, vive et forte,
Qui de nouveaux martyrs germe une ample moisson. »
(P. Cobn., Vers, des Hymnes de S. Victor.)
Emploi excellent, imité du latin, et dont, malgré l'omission des dictionnaires, on trouve de fort bons exemples jusqu'à nos jours. Consentir, qui n'est plus guère d'usage à l'actif qu'au palais et dans le langage, diplomatique, s'employait à cette voix dans la langue générale, en prose et en vers, et nous en donnons de très-nombreux exemples, depuis les poèmes chevaleresques de
INTRODUCTION. xxv
Garin le Loherain et de Guy de Bourgogne jusqu'à M. Alexandre Dumas. — Attenter, crier, contribuer, moquer, étaient aussi actifs dans beaucoup de cas.
D'autres verbes, qui aujourd'hui s'emploient toujours à l'actif, se prenaient très-souvent d'une manière absolue. Ainsi, on disait neutralement, affaiblir, comme faiblir, en parlant de talent :
< 3'affoiblu, ou du moins ils se le persuadent. »
(P. Corn., Remerc. au roi en 1667.)
Et de même, en parlant de la santé, de la parole, etc. :
«Tenesis, cependant, affoiblissoii à vue d'œil. » (Gombervillb.)— « Nous sommes tous faits pour affoiblir, vieillir et mourir. » (Ma* de Lambert.)
« Sa parole affoiblit, à peine elle profère... » (D'Aubignb.)
Entreprendre, pour dire faire, former une entreprise :
c On entreprend assez, mais aucun n'exécute. » (P. Corn., Cinna, u, 1.)
Et, entreprendre contre, faire des entreprises, se soulever, conspirer contre :
c Et lorsque contre vous il m'a fait entreprendre,
La nature en secret auroit su m'en défendre. » (HiracL, iv, 3.)
Voltaire a prétendu, à tort, qu'entreprendre « veut ici absolument ' un régime. » Plusieurs excellentes sources, et en particulier les Lettres missives de Henri IV, nous ont fourni de nombreux exemples d'entreprendre, sans aucun complément, et d'entreprendre aussi employé neutralement avec contre ou avec sur. Corneille présente un exemple de cette dernière construction :
« Votre haine tremblante est un mauvais appui
A quiconque pour vous enlreprendroii sur lui. » {Perih., H, 1.)
Plaindre pouvait aussi être pris neutralement :
c J'ai beau plaindre et beau soupirer. » (Malu., Sonnet.)
c Mais, 6 nouveau sujet de pleurer et de plaindre ! »
(P. Corn., Méd., v, 1.)
Certains verbes avaient des acceptions conformes à l'étymologie qui ne sont plus en usage. Ainsi seconder voulait assez souvent dire suivre, venir après, au pbysique et au moral, de sequor, comme on le verra par les nombreux exemples que nous citons de Pasquier, d'Henri Estienne, de Grevin, de Passerat, d'Alexandre Hardy, des deux Corneille.
xxvi INTRODUCTION.
Le participe donne lien, comme le verbe, à constater bien des différences entre la langue du dix-septième siècle et la nôtre.
D'abord Corneille, comme ses contemporains et ses devanciers, emploie le participe présent dans beaucoup de cas où il ne se rapporte pas au sujet de la phrase, ce que la grammaire interdit aujourd'hui, et ce que Voltaire a signalé comme un solécisme dans notre poète, bien qu'il ait lui-même employé la même construction dans l'Orphelin de la Chine.
« Il n'avoit que six ans, et, lui perçant le flanc. On en fit dégoutter plus de lait que de sang. »
(P. Coaif., HéracL, 1, 1.)
Lui perçant le flanc, c'est-à-dire lorsqu'on lui perça le flanc.
Nous citons nombre d'exemples analogues où le participe présent, avec ou sans en, ne se rapporte pas au sujet de la phrase, et équivaut à quand, lorsque, pendant que, avec l'indicatif. Nous nous contenterons ici de rappeler quelques exemples de en naissant, in nascendo, pour signifier quand je naquis, quand il naquit, au moment qu'ils naissaient, dans leur naissance :
c Les peuples sont heureux que ce Dieu tout-puissant Illumine dés en naissant De sa lumière intérieure. » (Racan, Ps. xxiii.)
< Si mon père en naissant m'avoit pu faire don De son esprit poétique, ainsi que de son nom... »
(Id., Êpigr.% madrigal à Anne d'Autriche.)
Voilà la prétendue faute tant reprochée à Boileau : « Si ton astre en naissant ne t'a formé poète. »
« Ces derniers mots tirèrent de secrets soupirs du sein d'Amasis et de Calisthene, mais ils les estoufterent en naissant. » (Gomb., Cythérée, i, 6.)
« Peut-être le destin voulut vous faire naître Pour fléchir un vainqueur, pour captiver un maître, Pour adoucir en moi cette âpre dureté Des climats où mon sort en naissant m'a jeté. >
(Volt., L'Orphel. de la Chine, îv, 4.)
Corneille emploie aussi le participe présent précédé de en , dans le sens de si avec l'imparfait de l'indicatif :
c poltbuctk. Mais dans le ciel déjà la palme est préparée.
mbarqub. Par une sainte vie il faut la mériter.
polteuctk. Mes crimes en vivant me la pourraient ôter. » C*o/.t h, 6.)
INTRODUCTION. xxvn
Le participe présent s'employait encore très-fréquemment pour le gérondif :
c Hélas! tu m'as perdu me voulant obliger. * (P. Corn., La Veuve, m, 1.)
Il est inutile de rapporter vingt exemples semblables, et de nous étendre sur ce fait dont d'autres se sont occupés.
Très-souvent le participe présent s'accordait ; ce fut seulement vers 1680 que l'Académie française se détermina à ne plus le décliner. Nous montrons qu'après même que la règle de l'indéclinabilité du participe présent eut été proclamée, plusieurs écrivains, et surtout des poètes, continuèrent à le faire accorder, au moins dans certains cas, comme Voltaire dans ces vers de la comédie du Dépositaire :
« Ah ! j'aime à voir les gens Dans leur vrai caractère à nos yeux se montrants. ^
Notre article ÉVADER1, ou plutôt notre mémoire à propos de ce mot, montrera combien de verbes, que l'usage actuel fait pronominaux, pouvaient, au seizième et au dix-septième siècle , ou dans les époques antérieures, s'employer au neutre avec la même signification. On y verra, avec évader, pour s'évader, abaisser, comme s'abaisser; abâtardir, comme s'abâtardir; abattre, comme s'abattre; accorder, comme s'accorder; accroître, comme s'accroître; amuser, comme s'amuser ; appauvrir, comme s'appauvrir ; assem- Mer, comme s'assembler ; attendrir , comme s'attendrir; baisser, comme se baisser; briser, comme se briser; consumer, comme se consumer; courroucer, comme se courroucer; déplacer, comme se déplacer; désaccoutumer de, comme se désaccoutumer de; ébattre, comme débattre; échapper, comme s'échapper-, éclipser, comme s'éclipser; émouvoir, comme s'émouvoir; endormir, comme s'endormir ; évanouir, comme s'évanouir; fâcher, comme se fâcher; familiariser, comme se familiariser ; fermer, comme se fermer, être fermé; flétrir, comme se flétrir; gaudir, comme se gaudir; hâter, comme se hâter; hérisser, comme se hérisser; jouer de, comme se jouer de; lamenter, comme se lamenter ; lever, comme se lever ou se relever; maintenir, comme se maintenir; moquer, comme se moquer ; multiplier, comme se multiplier; plaindre, comme se plaindre; prendre à, comme se prendre à; relever, comme se relever ;
• Voir 1. 1, p. 41-51.
xxvm INTRODUCTION.
repentir , comme se repentir; réveiller, comme se réveiller ; roidir, comme se roidir; serrer, comme se serrer; taire, comme * taire.
On verra, d'un autre côté, qu'il était très-fréquent, dans l'ancienne langue, d'employer le pronom personnel devant certains verbes neutres, dont l'action se réfléchit en quelque sorte sur k sujet. On disait s'accoucher, comme accoucher; s'aimer à, comme aimer à ; s'apparaître, comme apparaître; se chanceler, cornu* chanceler; se combattre, comme combattre; se commencer , comme commencer; se communier, comme communier; se condescendre, comme condescendre; se consentir, comme consentir; se courir comme courir; se craindre, comme craindre ; se déchoir, comme déchoir au sens matériel ; se dédaigner, comme dédaigner ; se M* jeûner, comme déjeuner; se délibérer, comme délibérer; se deviser, comme deviser; se dîner, comme dîner; se disparaître, comme disparaître ; se dormir, comme dormir; s'échappera, comme échappera; s'éclater, comme éclater; s'encourir, s'en aller, s'enfuir en courant ; s'entrer, comme entrer; s'essayer, comme essayer; se feindre, comme feindre; se for faire, comme for faire; se gésir9 comme gésir ; se larmoyer, comme larmoyer; se marcher, comme marcher ; se mé faire, comme mé faire; se mousser, comme mousser; se mûrir, comme mûrir; se naître, comme naître; se pâlir, comme pâlir; se partir, comme partir; se penser, comme penser ; se périr, comme périr; se pourpenser, comme pourpenser; se prendre garde, comme prendre garde; se rentrer, comme rentrer; se reverdir, comme reverdir; se soupçonner de, comme soupçonner de; se souper, comme souper; se sourire de, comme sourire de; se souscrire^ comme souscrire ; se tarder, comme tarder; se tempêter, comme tempêter; se transir, comme transir; se verdir, comme verdir; se vivre, comme vivre.
Renouveler, qui ne s'emploie plus neutralement qu'avec la préposition de, et dans un petit nombre de locutions, comme renouveler de courage, renouveler de jambes, s'employait, depuis les pins anciens temps de la langue, comme verbe neutre dans quantité de cas, pour signifier se renouveler, prendre une nouvelle force: « Le deuil renouvelle. » (J. Bodel et Herbers.) « Ma joie renouvelle. > (Jehan Lescurel.) « La fièvre de Philis renouvelle. » (Racan.) « Ma confusion renouvelle et croît. » (P. Corneille.) Etc., etc.
Quelques verbes, toujours réfléchis dans la;langue actuelle, s'employaient aussi à l'actif.
INTRODUCTION xxix
disait éprendre, pour signifier rendre épris de. Outre le vers Mêlite de Corneille :
« Et l'amour qui pour lai m1 éprit si follement, »
Lexique présentera des exemples de cette locution depuis idel, Quesne de Béthune et Jehan Lescurel, jusqu'à Saintn et Sénecé.
us n'avons encore rien dit des diverses classes d'adjectifs et ronoms. Cependant ces parties du discours fournissent aussi des remarques. Bornons-nous à quelques exemples. •et de, prêt à, qui aujourd'hui signifient toujours préparé à, mt d'un usage universel au dix-septième siècle et pendant grande partie du dix-huitième, avec un nom de personne le chose, pour dire sur le point de. Et l'on ne voit pas la m qu'ont eue les grammairiens de rejeter et de condamner i signification. La logique, ce nous semble, ne s'opposait aumcnt à ce que les locutions prêt de, prêt à, surtout avec un
de personne, eussent les deux sens si voisins de préparé à, ; sur le point de : quand on est prêt à une chose, on est natument sur le point de la faire.
si mot, toujours adjectif maintenant, devenait substantif dans tins cas. Par exemple, généreux s'employait substantivement, ■ dire un homme magnanime :
c En vain d'un sort si triste on veut les garantir.
Ces cruels généreux n'y peuvent consentir, » (P. Corn., Hor.t ni, 2.x
c, etc.
>rneille emploie encore humain substantivement, pour dire
iture, les forces de l'homme : « quelque chose qui surpasse
nain; » {Pol.) impur, pour dire ce. qui est impur, impureté :
« Par là de tout Yimpur la souillure s'efface. » [Imit., m, 2.)
uelque, qui aujourd'hui se prend adverbialement devant un ctif, dans le sens de si, s'accordait pendant le seizième siècle, ontinua de s'accorder pendant une grande partie du dixième:
sa trouve peu de gens aisez, quelques ignorans qu'ils soyent... » (Fauchet.) Quelques foibles qu'ils soient. » (Henri iv.)
e ... Et n'oser de ses feux, Quelques ardents qu'ils soient, se promettre autant qu'eux. »
(P. Corn., Pulch., u, 1.)
Il y a peu d'ordres religieux, quelques auslères qu'ils soient... » ^Bourd.)
xxvin INTRODUCTION.
repentir, comme se repentir; réveiller, comme se réveiller ; roidir, comme se roidir; serrer, comme se serrer; taire, comme se taire.
On verra, d'un autre côté, qu'il était très-fréquent, dans l'ancienne langue, d'employer le pronom personnel devant certains verbes neutres, dont l'action se réfléchit en quelque sorte sur le sujet. On disait s'accoucher, comme accoucher; s'aimer à, comme aimer à ; s'apparaître, comme apparaître; se chanceler, comme chanceler; se combattre, comme combattre; se commencer, comme commencer ; se communier, comme communier; se condescendre, comme condescendre; se consentir, comme consentir; se courir, comme courir; se craindre, comme craindre ; se déchoir, comme déchoir au sens matériel ; se dédaigner, comme dédaigner; se déjeuner, comme déjeuner; se délibérer, comme délibérer; se deviser, comme deviser; se dîner, comme dîner; se disparaître, comme disparaître; se dormir, comme dormir; s'échapper à, comme échappera; s'éclater, comme éclater; s'encourir, s'en aller, s'enfuir en courant ; s'entrer, comme entrer ; s'essayer, comme essayer; F se feindre, comme feindre; se for faire, comme forfaire; se gésir, comme gésir ; se larmoyer, comme larmoyer; se marcher, comme marcher; se mé faire, comme mé faire; se mousser, comme mousser; se mûrir, comme mûrir; se naître, comme naître; se pâlir, comme pâlir; se partir, comme partir; se penser, comme penser; se périr, comme périr; se pourpenser, comme pourpenser; se prendre garde, comme prendre garde; se rentrer, comme rentrer; se reverdir, comme reverdir; se soupçonner de, comme soupçonner de; se souper, comme souper; se sourire de, comme sourire de; se souscrire \ comme souscrire ; se tarder, comme tarder; se tempêter, comme tempêter; se transir, comme transir; se verdir, comme verdir; se vivre, comme vivre.
Renouveler, qui ne s'emploie plus neutralement qu'avec la préposition de, et dans un petit nombre de locutions, comme renouveler de courage, renouveler de jambes, s'employait, depuis les plus anciens temps de la langue, comme verbe neutre dans quantité de cas, pour signifier se renouveler, prendre une nouvelle force : « Le deuil renouvelle.» (J. Bodel et Herbers.) « Ma joie renouvelle. » (Jehan Lescdrel.) « La fièvre de Philis renouvelle. » (Racan.) « Ma confusion renouvelle et croît. » (P. Corneille.) Etc., etc.
Quelques verbes, toujours réfléchis dans la, langue actuelle, s'employaient aussi à l'actif.
INTRODUCTION xxix
On disait éprendre, pour signifier rendre épris de. Outre le vers la Mèlite de Corneille :
« Et l'amour qui pour lai m'iprit si follement, »
tre Lexique présentera des exemples de cette locution depuis Bodel, Quesne de Béthune et Jehan Lescurel, jusqu'à Saintmon et Sénecé.
Nous n'avons encore rien dit des diverses classes d'adjectifs et ; pronoms. Cependant ces parties du discours fournissent aussi en des remarques. Bornons-nous à quelques exemples. Prêt de, prêt à, qui aujourd'hui signifient toujours préparé à, aient d'un usage universel au dix-septième siècle et pendant îe grande partie du dix-huitième, avec un nom de personne 1 de chose, pour dire sur le point de. Et l'on ne voit pas la ison qu'ont eue les grammairiens de rejeter et de condamner ~ ;tte signification. La logique, ce nous semble, ne s'opposait auinemcnt à ce que les locutions prêt de, prêt à, surtout avec un un de personne, eussent les deux sens si voisins de préparé à, de sur le point de : quand on est prêt à une chose, on est natullement sur le point de la faire.
Tel mot, toujours adjectif maintenant, devenait substantif dans irtains cas. Par exemple, généreux s'employait substantivement, >ur dire un homme magnanime :
r En vain d'un sort si triste on veut les garantir.
Ces cruels généreux n > peuxent consentir, * (P. Corn., Hor., m, 2.x
etc., etc.
Corneille emploie encore humain substantivement, pour dire
. nature, les forces de l'homme : « quelque chose qui surpasse
humain; » (PoL) impur, pour dire ce .qui est impur, impureté :
< Par là de tout l'impur la souillure s'efface. » [Imii., m, 2.)
Quelque, qui aujourd'hui se prend adverbialement devant un djectif, dans le sens de si, s'accordait pendant le seizième siècle, t continua de s'accorder pendant une grande partie du dixpptième :
cil se trouve peu de gens aisez, quelque» ignorans qu'ils soyent... » (Fauchkt.) - • Quelque» foibles qu'ils soient. » (Henri iv.)
c ... Et n'oser de ses feux, Quelque» ardents qu'ils soient, se promettre autant qu'eux. »
(P. Corn., Pulch., n, 1.)
« Il y a peu d'ordres religieux, quelque» austères qu'ils soient... » ';Bourd.)
xxx INTRODUCTION.
Vaugelas s'était prononcé pour l'invariabilité de quelqu ployé ainsi avec la signification du quantum libet des Latins mas Corneille, dans ses notes sur le livre des Remarques, \ clare aussi pour l'usage actuel, mais avec une hésitatio montre que la régie n'était pas encore bien établis. Du lui-môme a fait accorder quelque dans des cas où il a bien gnification adverbiale : « Quelques belles que puissent êti choses..., » dit-il dans l'Avis au lecteur de sa tragédie tiochus.
Quelque, pris dans le sens d'environ, recevait aussi la m du pluriel : « Us n'avoient que quelques deux ou trois hommes de troupes réglées. » (Pellisson.) « Il peut y avoir ques huit jours. » (P. Corneille.)
A notre avis, cette orthographe était très-logique. Qua disait il y a quelques huit jours, cela signifiait : il y a qut jours, qui montent au nombre de huit, etc.
Tout s'accordait également devant un adjectif masculi féminin, ou devant un participe passé , au lieu d'être em comme adverbe, et invariable. Nous avons montré la gén<! de cet usage, depuis le trouvère Cuvelier, le chantre de trand Duguesclin, jusqu'à Vaugelas. L'auteur des Itemarqm mula bien la règle qu'on suit aujourd'hui, mais il y eut pc entre les écrivains : les uns l'adoptèrent, les autres s'en ti à la pratique ancienne de faire accorder tout, en lui donn sens de totus, tout entier; tels furent Ménage, Mézeray, I son, Bourdaloue, Malebranche, Massillon, et même Fonte dans ses Éloges des Académiciens, ce qui montre qu'il fallu d'un siècle à la règle de Vaugelas pour se bien établir.
Parmi les pronoms, le relatif que est celui qui nous a fou plus de sujets d'études. Nous signalons d'abord que, suiv iufinitif, et précédé d'une négation, équivalant à rien à :
« Nous n'avons désormais que craindre de sa part.» (P. Corn. , Méd.
Voltaire y a vu un barbarisme. Mais nous montrons e< tendu barbarisme dans tous nos auteurs , depuis le tro Benoit, chez qui l'on trouve :
c N'unt que beivre ne que mangier, »
jusqu'à La Fontaine, qui dit, dans ses Amours de Psyché:
<: Les traits du visage très-beaux, et si bien proportionnés qu'on n'y ti que reprendre. »
INTRODUCTION. xxxi
Nous signalons aussi l'emploi elliptique de que, pour ce que, à la manière du quid latin, et du che des Italiens, que le célèbre commentateur trouve encore incorrect :
« Elle meurt de savoir que chante le poulet. • (P. Corn., Le Ment.)
Manière de dire essentiellement française, puisque nous en montrons l'usage ininterrompu depuis le trouvère Renau de Beaujeu jusqu'à Corneille.
Hais la partie du discours qui présente les différences les plus frappantes entre la manière de parler du dix-septième siècle et la nôtre, c'est la préposition.
Les prépositions sont ce qu'il y a déplus compliqué dans toutes les langues, et elles en constituent toujours une des principales difficultés, parce que, dans toutes, un même rapport est marqué par plusieurs prépositions, et qu'une même préposition marque plusieurs rapports, souvent de nombreux rapports. Notre langue n'est peut-être comparable à aucune autre pour l'étonnante multiplicité de significations de ces mots si simples et si peu saillants. On croirait que le système des prépositions est, en français, ce qu'il y a de plus inconséquent, si la logique n'apprenait à en ramener à une valeur primitive les sens les plus divers, à en réduire sous un point de vue unique et général les usages en apparence les plus opposés ; enfin, si la réflexion ne faisait voir que chaque préposition a une valeur propre et déterminée, que c'est l'analogie qui l'a étendue à tant d'usages différents, et que ce sont les divers compléments qui la modifient si profondémedl.
Deux de ces particules, à et de, se distinguent entre toutes les autres ; comme l'a très-bien dit d'Olivet, elles « soutiennent presque tout l'édifice du langage français ' . » Ce sont aussi celles qui nous ont fourni le plus de remarques. En voici quelques-unes qui serviront à montrer qu'un des caractères les plus distinctifs de la langue du dix-septième siècle est la liberté qu'on avait d'employer diverses prépositions pour exprimer le même rapport. On mettait souvent à au lieu de pour devant un substantif ou un infinitif :
« Réserve ton courroux tout entier au besoin. » (P. Corn., ClU.t i, 4.) « Cherche la solitude à cacher tes soupirs, » (Id., Hor., i, 2.)
Etc., etc.
1 Remarques sur Racine, XLWii.
xxxn INTRODUCTION.
A s'employait aussi pour en devant un infinitif :
c A raconter ses maux souvent on les soulage. > (P. Corn., PoL, i, 3.) € A remonter encore plus haut, on voit... > (Boss.)
Etc., etc.
Et aussi devant un substantif, comme on le verra, notamment par notre article à guise de pour en guise de.
A remplaçait encore de; à quel droit, pourrfe quel droit :
< A quel droit gardes-tu l'aimable nom de vie? > (P. Corx., Imit.t m, 90.) € ... A quel droit prétends-tu nous juger? » (Fonte*., Pau.)
Et avec des verbes, s'effaroucher à, comme s'effaroucher de :
€ Qu'il ne t'effarouche point à le voir sur la scène. » (P. Corx., Deux. Dise.) li
Oublier à, pour oublier de; manquer à, pour manquer de; ne pas laisser à , pour ne pas laisser de ; conseiller à , pour conseiller de ; omettre à, pour omettre de.
On mettait aussi à pour de après certains adjectifs, tel que dissemblable à pour dissemblable de, etc.
Corneille, comme ses contemporains, affectionne encore remploi de à pour avec :
« A moins de sang. > (//or.)— c A coiffe abattue. » (Le Ment.) — A vœux redoublés. > (Trad. de» Ps.) —*A communes enseignes. » (Sert.) — < A communs sentiments. > (Othon.)
c ... Charles qui t'attend, mais à portes ouvertes,
A forts démantelés, à travaux démolis. » {Les Vin. du roi en 1667.)
.4 était mis aussi quelquefois pour envers :
c A moins que d'êlre ingrau à mon libérateur.» (P. Corn., Androm., u, 2.) Mais voyant que ce prince ingrat à ses mérites... » (Id., Pomp.t u, 2.)
Le Dictionnaire historique de l'Académie française n'indique pas ces exemples parmi ceux de la préposition à employée dans le sens d'envers. Est-ce parce que Patru a trouvé hardies ces manières de dire, et que d'Olivet et Voltaire les ont critiquées, l'un chez Racine, et l'autre chez Corneille? Cependant, outre nos grands poëtes, des auteurs de toute sorte, depuis Gringore jusqu'à Voltaire lui-même, se sont servis de cette forme excellente.
Corneille dit :
« Je parle seulement de ce qu'a vu le roi,
Seigneur, et qui voudra parle à sa conscience. > (D. Sanche, i, 3.)
C'est-à-dire, parle selon sa conscience. Cette expression est
INTRODUCTION. xxxm
assez particulière; du reste, elle rentre dans la signification de selon qu'on donnait alors plus souvent qu'aujourd'hui à la préposition à. Corneille dit, parler à sa conscience, comme on dit, parler à sa fantaisie.
Il était encore très-ordinaire au dix-septième siècle d'employer tfepour en, suivi d'un participe présent:
« Que ferois-tu de moi de me laisser la vie? » (P. Corn., Héracl., m, 2.)
Forme rapide où Voltaire a vu, bien à tort, un solécisme, et que nous justifions par d'excellents exemples des contemporains de Corneille.
De y ainsi placé devant un infinitif, équivalait quelquefois à si avec le conditionnel, comme dans cette phrase :
« Mélite seroit trop ingrate de rechercher une autre protection que la vôtre. » (P. Cork., Dédie, de Mil.)
La préposition de s'employait encore au dix-septième siècle de diverses manières elliptiques qui sont étudiées dans notre Lexique, et dont nous ne rappellerons ici qu'une seule, de pour que de: * Il ne sait ce que c'est d'honorer à demi. » (P. Corn., Hor.t iv, 2.)
« Oui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? ^ (La Font. )
c C'est tout ce que vous pourriez faire de la croire. » (Mol.)
Etc., etc.
Enfin, pour ne pas trop étendre nos observations sur de, il entrait dans beaucoup de locutions toutes faites où on ne le mettrait pas aujourd'hui. On verra, dans le Lexique, faire de la bête, comme on dit faire la bête, pour signifier refuser quelque chose mal à propos; faire de l'insensible, pour faire l'insensible; et de même faire du rodomont, faire du rebelle, faire du malade, faire du prophète, faire de la petite bouche, etc., etc.
On verra encore, dans Corneille, et dans ses prédécesseurs et ses contemporains, avoir de coutume, locution qui, suivant Ménage, était plus usitée qu'avoir coutume.
Comme emplois analogues, toujours avec de, que l'usage a rejeté, on trouvera il n'est pas de besoin, comme il n'est pas besoin; avoir de besoin, comme avoir besoin, etc., etc.
Nous indiquons encore plusieurs locutions comme n'avoir point de lieu, n avoir plus de lieu, pour n'avoir point lieu, n'avoir plus lieu ; ne donner pas de lieu à, pour ne donner pas lieu d.
Enfin, Corneille dit, d'une manière plus particulière, ne point
xxxiv INTRODUCTION.
faire de conscience de, comme ne point faire conscience de : « Je n'y ai point fait de conscience (/'allonger on peu les vingt-quatre heures. » (La Veuve, au lect.)
On le voit suffisamment, cet usage de la préposition de est une particularité très-curieuse de la langue du dix-septième siècle.
De remplaçait encore plus souvent qu'aujourd'hui la préposition par :
« Je te rends convaincu de ta seule écriture. » (P. Corn., Clit., 1, 9.) « De force, de ruse. 9 (Id., Pol.)— « De hasard. » (Gomberv.)— c De bonheur. > (La Font.)
c Seigneur, toutes ces morts dont il vous environne
Sont des avis pressants que de grâce il vous donne. » (P. Cobn., Œd.,\, 1.)
«On vous donne de grâce une heure à vous résoudre. »(Id., 7fteoci.,iii.l.)
Ou la préposition avec pour marquer la cause, la manière, la matière, l'instrument, etc. :
« Combattant de rage. » (P. Corn., Le Ment») — « Traiter quelqu'un d'entière confidence. » (Id., Pot.) — « Veiller <fun soin infatigable. » (Id., Sonn.)
Etc., etc.
« De puissance absolue. » (Id., Mil. ; Penh.)
Locution qu'on retrouve dans les sentiments de F Académie sur le Cid, dans la Mort dAsdrubal, de Montfleury, etc. •
« Les attaquer de toutes ses forces. » (Pellis.) — « De furie. » (Scarron.) — « D'une constance ferme. » (MM D'Adlnot.)
Etc., etc.
Il remplaçait aussi sur, figuré, dans le sens de touchant :
« Et je puis dire enfin que jamais potentat
N'eut à délibérer d'un si grand coup d'Etat. (P. Corn., Pomp.% i, 1.) « C'est une chose déplorable de voir tous les hommes ne délibérer que des moyens et point de la fin. » (Pasc, Pens.)
Il se mettait encore pour entre:
< Si le cruel donnoit à choisir de deux rois. » (P. Corn., Âgée., îv, î.)
En et dans sont également des prépositions dont les acceptions ont beaucoup varié depuis le seizième siècle jusqu'à no? jours.
En ou dans remplaçaient souvent à. On disait s'intéresser en, dans, comme s'intéresser à :
« Ainsi que moi, Neptune S'mtéreue en ton infortune. ^ (P. Corn., Ârndnm., if, 5.)
INTRODUCTION. xxxv
€ Ea vain mon triste cœur en vos maux s'intéresse. » (Id., Pulch., m, 3.) « Et que dam mon offense Alidor s'intéresse. » (Id., la P/. itoy., n, 7.) « U t'intéresse dans ma conversation. » (Retz.)
« Votre amitié dans mon sort s'intéresse. » (Quinàult.) Etc., etc.
De même, être intéressé en, comme être intéressé à:
« Mais ma gloire en leur perte est trop intéressée. » (P. Corn., Pomp., iv, 2.)
On disait aussi prendre intérêt en, prendre intérêt dans, comme prendre intérêt à, en parlant de personnes ou de choses :
c Et prends tant d'intérêt en ce qui leur importe. » (P. Corn., Mil., iv, 2.) « Que vons daignez en moi prendre quelque intérêt. »
(Id., D.Sanche, m, 1.) < Ce n'est que dan* ses jours qne je prends intérêt. » (Quin., J#fr., v, 2.)
Les nombreux exemples que nous citons prouvent que cette manière de parler était très-fréquente, et s'employait encore quelquefois au dix-huitième siècle.
Nous espérons qu'on ne verra pas sans plaisir dans notre Lexique la suite de manières de dire analogues que nous y indiquons, et que nous appuyons d'exemples choisis : Penser en, pour pensera; songer eny pour songer à; il ne tient qu'en, pour il ne tient qu'à; condamner en, pour condamner à; se remettre en, pour 5e remettre à ; en dessein de, pour à dessein de; en lieu de, pour au lieu de.
Nous pourrions ajouter ici beaucoup d'autres faits semblables, comme en tête de, pour à la tête de.
En se mettait encore fréquemment pour à devant des noms propres de ville, en Alger, en Alep, en Babylone, en Constantinople, en Lacédémone, en Naples, en Paris, etc.; et cette manière de dire, dont M. Génin a donné une si fausse explication, remonte aux plus anciens temps de la langue , puisqu'on la trouve dans des monuments aussi vieux qu'Huon de Bordeaux, où on lit :
« Cil s'en torna, et a tant cheminé
Qu'en Àofalerne est .1. matin entré. » (Y. 6961.)
Dans remplaçait souvent sur; dans le trône, your sur le trône.
La préposition pour nous a aussi fourni l'occasion de relever plusieurs particularités de la langue du dix-septième siècle.
Pour s'employait bien plus souvent qu'aujourd'hui avec le sens d'à cûuse de : « Non pour la crainte des supplices dont il était me-
xxxvi INTRODUCTION.
nacé. » (Prêf. de Pol.) Place devant un substantif, il équivaut fréquemment à quelque, «pour chose que,» quelque chose que. Ainsi construit sans article, il ne marquait parfois que la cause. Nous l'avons encore montré suivi d'un substantif ou d'une préposition , avec le sens de pour ce qui est de. Nous avons multiplié les exemples de cette préposition placée devant un adjectif avec le sens de si, pour grand que, si grand que, pour libertin, pour criminel, si libertin, si criminel : il nous a semblé que cette forme, qui n'est pas un hispanisme, ainsi qu'on Ta prétendu, mais un très-ancien gallicisme , et qui fut reprochée à Corneille comme surannée dès la première moitié du dix-septième siècle, pourrait fort bien être remise en usage, à l'imitation de quelques écrivains de nos jours.
Nous en disons autant d'être pour, suivi d'un infinitif, signifiant être capable de, être de nature à, avec un nom de personne ou de chose pour sujet.
Ce ne sont pas les seules manières d'employer pour que nous ayons étudiées. On verra encore, dans ce Lexique de la langue du dix-septième siècle, pour suivi d'un infinitif, dans le sens de quoique, ou de parce que , nuances délicates de signification qu'on n'avait pas remarquées jusqu'ici.
La préposition sur ne nous a pas fourni tant de remarques. Nous avons seulement noté qu'on la trouve avec le sens de d'après, suivant :« Sur cette maxime. » (P. Corneille); qu'elle est quelquefois suivie d'une indication de date : « Sur le neuvième de janvier; sur le treizième de février;» qu'elle se joignait avec présider, pour remplacer le datif latin : «... d'avoir vue une femme présider sur eux. » (Fàuchet.) uSur quels états l'un et l'autre préside.)} (P. Corneille.) Enfin, nous avons signalé la locution de sur, du haut de : «Z)e sur une éminence. » (P. Corneille.)
La principale remarque que le cadre dans lequel nous étions renfermé nous a permis de faire sur la préposition par, c'est qu'elle était souvent régime indirect d'un verbe pronominal :
(Dans le Menteur) « tout l'intervalle du troisième an quatrième (acte) vraisemblablement se consume à dormir par tons les acteurs. » (Trois. Disc.)
Nous aurions pu citer beaucoup d'exemples de ce genre, ceux-ci entre autres :
€ La guerre ne s'en faisoil pas moins cependant ; et il te prenoit et reprenait plusieurs châteaux, tant par les deux rivaux de l'archevêque de Reims que par
INTRODUCTION. xxxvii
les gens du roi, et par ceux de Hugues. » (Mézeray, Abrégé de VHist. de France, an 948.)
Parmi , aussi bien qu'au milieu de, dans, pouvait régir un nom de chose abstraite, ou un substantif qui n'était ni un pluriel indéfini, ni un singulier collectif, comme la grammaire l'exige aujourd'hui.
Devant, préposition ou adverbe, s'employait souvent comme avant. On disait de même, et l'on trouve encore dans la seconde moitié dn dix-huitième siècle, au moins en vers, devant que, pour avant que.
La particularité la plus curieuse à étudier dans l'usage des prépositions en général, c'est que le seizième et le dix-septième siècle faisaient suivre de diverses prépositions plusieurs verbes qui ne s'en accompagneraient pas aujourd'hui, ou qui n'en prennent pas dans un aussi grand nombre de cas. Exemples :
On disait abandonner de , pour signifier priver de, cesser d'accorder :
€ Comme un navire en pleine mer, -que les vents abandonnent de leur secours. » (Mont.) — « Pour être abandonnés de leurs secours. » (Boss.)
Corneille dit de même, avec un régime indirect de chose :
« Qu'au milieu de toutes mes peines
Ce me soit un soulagement
D'être abandonné pleinement
Des consolations humaines. » (Imit., m, 16.)
Il a dit affaiblir un État, avec la préposition rfe, et un substantif indiquant ce qui cause cet affaiblissement :
« Des meilleurs combattants affoiblit un État. » (Le Cid% iv, 5.)
Et nous en montrons des exemples depuis Raimbert de Paris, dans la Chevalerie Ogier de ï)anemarche, jusqu'à Martin du Bellay, dans ses Mémoires.
Condamner était souvent suivi de la préposition de et d'un infinitif, en parlant de personnes ou de choses, dans le sens de porter l'accusation de ... contre, reprocher telle chose à, condamner comme.
Nous avons vu dans Corneille :
« Les ornements de rhétorique dont j'ai tâché de l'enrichir (cette narration) ne la font point condamner de trop d'artifice. > (Exam. de Cinna.)
Nous aurions pu rapprocher de cette phrase beaucoup d'exemples analogues, comme ceux-ci :
c Ce seul acte pour roi t suffire pour condamner nostre siècle d'un plus grand
xxxvm INTRODUCTION.
débordement que toos les précédens. >(H. Estiknxe, Âpol. pour Hérod., c 14.)— «Vous nous obligez de suivre une régie, et vous condamnes de témérité cens qii la suivent. » (Arnadld, Fréq. commun., 2* p., c. 17.)— « Autant que saint Augustin a été sévère pour condamner tout mensonge de péché, autant a-t-il été réservé pour en accuser les anciens justes. » (Sact, Trad. de Judith, AverU)
On disait de môme condamner quelqu'un de, avec un infinitif, pour signifier porter contre lui l'accusation de :
« Calvin est condamné par ses sectateurs mesmes de s'estre trompé en l'explication de ce passage. » (Richelieu, Mélh. pour convertir, etc., i, 10.)
Et avec le pronom personnel, pour dire reconnaître qu'on e?t coupable de, s'accuser de :
« Il aime mieux te condamner du mal dont on l'accuse (la vérité) que de h condamner parce qu'elle l'accuse. » (Arnauld, Fréq. commun., h, 18.)
On disait très-souvent retenir de, comme empêcher de, et quelquefois retenir que... ne.
Se taire prenait aussi un régime indirect. On disait se taire de quelque chose, pour signifier le passer sous silence.
Dégrader ne s'emploie plus guère aujourd'hui avec de, et un régime indirect, et c'est à peine si quelques dictionnaires indiquent, avec Y Académie, dégrader de noblesse, dégrader des armes. Corneille, et généralement tous les auteurs du seizième et du dix-septième siècle, et même quelques écrivains du dix-huitième donnent à dégrader de une nombreuse variété de compléments soit de dignités, soit de qualités morales, soit d'avantages quel conques : dégrader de la dignité impériale, dégrader de V empire dégrader de la royauté, dégrader un homme de ses honneurs, dégrader des cardinaux de leurs chapeaux et rouges capes, dégrader un clerc de son ordre, dégrader du titre de citoyen ou d'un titre quelconque dégrader d'un droit, dégrader d'un rang, d'une dignité, d'une qua Uté, etc.
On disait encore épurer de, comme purifier, purger de :
€ Hais qui connott, seigneur, les péchés d'ignorance?
Êpure-m'en dés aujourd'hui. » (P. Corn., Trad. du P*. xviii.)
Corneille dit ranimer à, comme on dit animer à :
« Mais craignez avec moi que ce choix ne ranime
Cette haine mourante à quelque nouveau crime. » ( ïtod., m, 4.)
Et nous pensons que Voltaire a eu tort de voir là un solécisme. La langue avait alors la plus heureuse souplesse. Les écrivains
INTRODUCTION. xxxix
faisaient bien d'en profiter pour donner à leur styJe plus de variété et d'énergie.
Fuir était souvent suivi, et pourrait bien l'être encore, de la préposition de et d'ua infinitif:
c Ne fuy jamais de trop sçavoir. »
(J.-A. dk Baïf, Les Mimes, 1. u, f* 90, v°, éd. 1619.) € Fuir d'être son esclave
Et de vivre en prison. » (Malh., Sonn.)
c Fuir de parler à quelqu'un. » (D'Urfé ; Righkl.)
c Puis d'être connu des mortels. » (P. Corn., Imit , i, 8 )
c Fuir de répondre à une question. » (A. Arnauld.) — *Fuir de se faire voir. »
(Boss.)— c Fuir d'être témoin de. » (Th. Corn.)— c Fuir d'entendre les vérités. >
(BoURJ>.)
On disait aussi quelquefois, fuir à :
< Us fuient à m'examiner. » (Thboph.) — « Tu fuit à te venger. Il fuit à lui parler. Fuis à regarder tout ce que... » (P. Corn.)
Au seizième siècle, fuir à pouvait également être suivi d'un substantif :
«Que nediroit-on, que ne feroit-on pour fuyr à si grief ves douleurs ?» (Mont.» Ess.t u, 5.)
On dit vulgairement, avancer quelqu'un, pour signifier lui procurer de l'avancement dans une administration, dans l'armée; et c'est tout ce que les dictionnaires donnent sur cette locution. On la variait très-heureusement, dans la langue du dix-septième siècle, à l'aide des prépositions.
Avec dans :
c II avança dan* les charges ceux qui s'altachoient à son service. » (Fléchibr, Théod., iv, 80.)— c Des gens avances dans les honneurs du siècle. » (Boss., Serm. sur les oblig. de létal retig., i.)
Et figurément, pour signifier faire faire des progrès dans :
< Et lui donne une favorable ouverture pour avancer dans la perfection les enfants que Dieu lui a donnés. » (Boss. , Lett. aux Ursul. de M eaux, 20 août 1685.)
Avec à :
« Sa Majesté Yavança d'abord à la charge de Nazar. »(Tavern., Voyage de Perse, i, 9.) — « s'ils les avançoient à un ordre supérieur. » (Flbury, Disc, sur (Histoire ecclés., u, 6.) — • Sans autres dispositions on les avance à la prêtrise. » (Nicole, Ess., lett. lxxxii.) — c Alegambe fut avancé à la profession en théologie scolas- Uqae. » (Ba>tlb, Diet. crit.)