‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 102 sur 743 · BUTINER. — CALAMITE · texte numérisé non relu

BUTINER. — CALAMITE

On Ut dans le Lexique de Molière :

« Je ne crois pas qu'on trouve en français un second exemple de celle façon de parler bizarre. Dans une métaphore consacrée , on n'a pas le droit de substituer un synonyme au mot qui fait la figuré; autrement cet Anglais aurait bien parlé, qui écrivait à Fénelon : « Monseigneur, vous avez pour moi d>:s boyaux de « père, » car entrailles et boyaux sont synonymes comme proie et butin. »

L'exemple de Corneille montre que M. Génin a été ici, comme il lui arrive assez souvent, trop prompt à trancher, parce qu'il n'avait pas assez lu.

BUTINER sur, avec un nom de chose pour sujet, tirer du

profit de :

Dans son plus beau travail, tout ce qu'elle examine,

C'est combien sur un autre un tel emploi butine,

L'estime s'en mesure à ce qu'il rend de fruit. [Imit., ni, 54.)

Il s'agit dans ces vers trop obscurs et tourmentés de la nature opposée à la grâce. Le texte latin porte : Natura pro suo commodo laborat, et quid lucri ex aliosibi proveniat, attendit.

BUTTE, fig. être la butte de, comme on dit, être en butte à:

El d'être det malheurs la butte et la victime,

Sans faire aucun souhait pour la prospérité. [ImU., u, 12.)

Elle étoit la butte ordinaire De tous leurs quolibets et de tous leurs bons mots.

^Perrault, Contes en vers, Peau d'Ane.)

— METTRE EN BUTTE A, Opposer à :

Tandis que Suréna, mis aux Romains en butte,

Les tiendroit en balance, ou craindroit pour sa chute. [Suréna, ni, 1 )

— prendre en butte, s' assigner pour butte :

Vous préserve le ciel de ce que je prévois.

Et daigne son courroux, méprenant seule en butte,

M'exempter par ma mort de pleurer votre chute. (Sqphon., i 4.)

On a dit d'une manière analogue , se mettre en butte, pour signifier se proposer :

Je ne pense point qu'il faille trouver rien de mauvais en celui qui ne se mit jamais en butte que le bien faire. (Pasq., Lett., xvii, 2.)

CALAMITÉ, dans la, en ta calamité, comme, dans le, dons (on

malheur :

Et qu'une femme euûn dans la calamité

Me fasse des leçons de générosité. {l'ot , iv, 6.)

40(i CANAL. — CAPITAL.

Il est la garde en tes alarmes, Il le guide et protège en ta calamité. (Trad. du l's. cxxi.)

" On a dit de même avant Corneille :

Prenant compassion do sa calamité. \LeU. miss, de Henri IV, t. nr, p. 336. 1595.)

CANAL, fig., pour désigner l'ouverture d'une plaie :

Blessures, hâtez-vous d'élargir vos canaux.

Par où mon sang emporte et ma vie et mes maux. (Cht., 1, 9.)

Et ces canaux ouverts sont autant de fontaines

Par où l'âme et le sang se pressent de sortir. (Au., v, 6.)

CANTON, pays, lieu :

Et le père d'Orphise, Celte rare beauté qu'en ces lieux mCme on* prise, Vous connoissez le nom de cet objet charmant,

Qui fait de ces cantons le plus digne ornement? {Le Ment., v, 1.)

Quitte pour lui le monde, et laisso aux criminelles

Ce triste canton des rebelles, Et tu rencontreras le repos sous ses lois. Jrnit., h, 1.)

CANTONNER (se), se révolter en se retranchant dans un camp à part, ou seulement se révolter :

De cet hymen, dit-on, les nœuds si désirés , Serviront de prétexte à mille conjurés. Ht pourront soulever jusqu'à son propre frère. II se voulut jadis cantonner contre un père. [Tiie et Bér , îv, 1.)

On trouve des exemples de se cantonner, pour se révolter, se mutiner, au fig. comme au propre :

Vous ne sauriez croire combien elle étoit aimée dans celte cour. La plupart des gens avoient résolu de se cantonner, à moins que Cythérée ne la traitai mieux. (La Font., Amours de Psyché, n.)

CAPABLE de , susceptible de, sujet à, avec un nom de personne :

Us tombent dans l'infélicité par cette foiblesse humaine dont nous sommes capables comme eux. {Deux. Disc.)

— Avec un nom de chose, susceptible de :

Pour Tordre de la pièce, je ne l'ai mis ni dans la sévérité des règles, ni dans la liberté, qui n'est que^rop ordinaire sur le théâtre français : l'une est trop rarement capable de beaux effets, et on les trouve à trop bon marché dans l'autre, qui prend quelquefois tout un siècle pour la durée de son action, et toute la terre habitable pour le lieu de la scène. {La Veuve, au lecteur.]

CAPITAL, faire son capital de. Emploi assez singulier:

Quoi, votre amour touj ours fera son capit al

Des attraits de Plauiine et du nœud conjugal? {Oth., u, 4.)

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