‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 161 sur 743 · DE · texte numérisé non relu

DE

pourroit causer le ressentiment de cette offense, et pour l'obliger de puissance absolue à la réparer avec une satisfaction digne de la personne offensée. (Sera, de l'Acad. sur le Cid.)

Corneille a dit encore dans le sens d'avec :

Son fils et deux valets me coupent le chemin.

Furieux de ma perte, et combattant de rage,

Au milieu de tous trois je me faisois passage. [Le Ment., u, 5.)

Polyeucte pour vous ne manque point d'amour,

S'il ne vous traite ici (/'entière confidence. (PoL, 1, 3.)

Des mystères sacrés hautement se moquoit,

Et traitoit de mépris les dieux qu'on invoquoit. {Ibid., m, 2.)

Et de quelque rigueur que le destin me traite.

Je perds moins à mourir qu'à vivre leur sujette. (Rodog., v, 1.)

Il veilla comme vous d'un soin infatigable;

II fut ainsi que vous le cœur d'un roi Louis.

[À Mgr le card. de RicheL, sonnet.) Et, de quoi que sur tous il soit avantagé, Il ne doit ni s'enfler de son propre mérite. Ni traiter de mépris le plus mal partagé. (/mil., m, 22.)

De, dans le sens d'avec, pour marquer la cause, la matière, l'instrument, était d'un emploi bien plus fréquent et plus varié qu'aujourd'hui . Nous présenterons seulement quelques exemples :

Résistez virilement et de courage contre les desseings des ligueurs. (Leti miss, de Henri IV, t. u, p. 496 , 2 juin 1589.) — Les Germains ne bàtissoient point de pierre, de chaux ni de ciment, mais de bois sans être dolé. (Mézbr., Hisi. de Fr. av. Clovis, i.)— Le connestable se deffendit quelque temps avec beaucoup de cœur d'un coutelas au'il portoil ordinairement. (Vuls. de la Colomb , Les Vies deshomm. t//.,etc., Chsson.) — Le dessein do M. deTurenne étoit de les obliger ou à reculer tout droit dans la montagne , ou à faire un mouvement de travers dans l'espace du vallon qui leur restoit, et dans ce mouvement qui les déconcertoit, les attaquer de toutes ses forces. (Pblliss., Leti, hist.t 31 juill. 1675.) — Il s'approcha de ma portière , et me demanda en me baisant la main , de cet air tendre qui lui sied si bien, si je retournois chez moi. (MM de Couac, Mem.) — U chargea Yerville de furie. (Scabr., Rom. corn., 2« p., ch. 1.) — En disant cela il vint à moi de furie. (Id., ibid.)— Quand on porta cette déclaration au parlement, il s'y opposa de la plus grande force du monde. (D" de Nem. , Mèm. , 1651.) — Il l'a suivi dans la première disgrâce de sa fortune, d'une constance dont on voit peu d'exemples. (Hamilt., Gramm., c. v.)— Il lui parlait tant qu'il pouvait, et la lorgnait d'une grande assiduité. (Id., ibid.t c. vu.) — Il attendoit la mort d'une constance ferme. (MBC d'Auln., Hisi. d'Hypol., î.)

D'Olivet l'a justement remarqué : rien n'est si familier à Racine et à Despréaux, que l'emploi de la préposition de dans le sens d'avec ou de par. (Hem. sur Racine, vu.)

Nous nous contenterons d'un seul exemple de notre siècle :

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse, Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,

S'envolent loin de nous de In inAmc viksse

Que les jour* da malheur? {Iàiàht, flfAtii., I> Lne*)

— de, pour signifier entre:

El je ne sais pas bien où pendicroil son choix,

Si le cîei lui donnoil ■ choisir de deux rats. {âyé*»t iv, $4

Si jTav&is comme vous rte deux rois à choisir,

Mes déplaisirs auraient peu de chose il prétendre, ( U«W., iv, à,)

— de, ellipse ;

(es deux héroïnes ont te même caractère de vouloir épouser par ambition un Jiitmme pour qui cites n'uni aucun amour, cj h dire à lui-même* tLctf. <i M* t*abl>s *Ht*m ÎS »outlG60.)

Et ce soûl des Romains, dont l'unique souci

Est de c<ûmbaiiret vaincre cl triompher ici, {Serl*t V„ l.J

Il n*y a qu'on scrupule de puriste qui pourrait empêcher «le parler comme Corneille dans ce dernier exemple; et le poète tfttj pas plus hardi ici que tous les bous écrivains du dix^aepfitan siècle f même en prose.

— de » pour que de :

Il ne lall ee que c'est cf honorer â demi. )far«i iv, 2.)

Ce devrai I êlre aussi noire unique pensée

lu nous fortifier chaque jour contre nous. Imit., i, 3t)

Celte ellipse, qui a l'avantage de donner de la légèreté ,'t la phrase, était des plus fréquentes au seizième et au dix-septième

'Jtt'oo moine ail été si malheureux et si méchant rf assassiner son roi. (Pasot*u.t U9i 1.}— Me penses-tu si lourdaut de le croire? (Fa. d'Amb», Lti Piapol M ".".) — H n'estoit pas si mal advisé d'attendre I ;Id., ibkt. , tic T 6.) — L'on n'est P« si hardy d'attaquer un Estât, que Ton seait bien prest et bien garny, i^hakh., ifl Sagesse, m. 9.) — Maïs ils ne seront si mal avisés d'attendre le coup, (A1.au., l*tt.,ï BoEiill.-MalliO — Quant aux grand* qui fomentent la guerre, ne vous imafïnez pas qu'il y eu ail un si hardi de faite semblant d'y penser. (Id., ibid. , ■1 jaav. 16*280 — Renversant comme un vrai foudre de guerre tous ceux qui fartoiai hardis de l1 attendre. {Vulsuh, Lts hutnm. Wï., Henri IV. j — On vilconlemer par le feu dans Athènes en plein marché les Livres de Protagoras, parée qu'il avoil esté si impie dans Leur commencement de douter de l'existence des dienx. (Le Vaybb, Obterv. sur la compos.)

Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage? (La Font., ftzR, i, 10.) Une pareille nouvelle méritait bien, ce me semble, qu'on en doutât un peu de temps ; et c'est tout ce que vous pourriez faire de la croire , si je vous l'avais dite moi-même. (Mol., Princesse d'Elide, îv, 4.) — Quoi de plus digne de son ministère et de plus respectable , même aux yeux du monde , de ne pouvoir être diverti par toutes les sollicitations humaines ni de la sainteté de ses fonctions, ai do service de ses frères? (Mass., Conjér., sur la fuite du monde, 4e réflex.) — Une fille, quelques charmes qu'elle ait, perd beaucoup de ses appas quand elle est assez imprudente d'accorder des rendez-vous. (Mariv., Vie de Marianne, xu.)

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