‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 18 sur 743 · AIGREUR · texte numérisé non relu

AIGREUR

AIGREUR. Donner de l'aigreur a, suivi d'un nom de chose, aigrir, irriter.

Ce reste d'intérêt que je prends en sa vie

Donne trop et aigreur, prince, à votre jalousie. [La Tois. d'or, v, 1.)

— aigreur, pour amertume, au sens moral :

Mon épargne depuis, en sa faveur ouverte,

Doit avoir adouci l'aigreur de cette perte. [Cinna, n. 1.

Mais comme il est, seigneur, de la fatalité Que Y aigreur soit mêlée à la félicité. Ne vous offensez pas si cet heur de vos armes, Qui me rend tant de biens, me coûte un peu de larmes. (Pomp.,v,5; J'ai caché si longtemps l'ennui qui me dévore, Qu'en dépit que j'en aie, enfin il s'évapore,

V aigreur en diminue à te le raconter. [Putch., u, 1..

L'aigreur des tribulations. (/mil., m, f*).)

Aigreur, qui a été quelquefois repris comme un terme trisimpropre, notamment par Fauteur de X Examen des fautes de langpge dans la tragédie de Pompée, a été longtemps synonyme d'amertume :

De quoi sert le nom de paix publique , si chacun en son particulier éprouve l'effet et aigreur de la guerre? (L'Hospit., Harangue.)

Vaigreur de mon martyre. (Rkgn., Élég.. v.;

Dans ce climat barbare où le destin me range.

Me rendant mon pays comme un pays étrange,

Desloges, je ne sçay quel étourdissement

Assoupit les aigreurs de mon bannissement. (Thboph., Élégie.)

La France, pour me faire ressentir plus vivement Y aigreur de mes futures disgrâces, et me faire repentir de mon ingratitude, me combloit ainsi de la douceur de ses caresses. (Dassodcy, Avenu d Italie , ci.) — Cette douceur et cette tranquillité de cœur que l'Apotre joint à la patience, qui consomme toutes les aigreurs et toutes les amertumes des peines que nous endurons. (Arn. . Fréq. Comm.f préf., xiv.) — Si on fait une réponse, épargnez-moi le chagrin delà voir. Je suis assurée qu'elle sera dure, et je n'ai pas besoin d'augmenter Y aigreur dt mes déplaisirs. { Marquise de Courcbll. , Leti. 14. ) — Le pape crut adoucir l'aigreur de ce récit en le faisant passer par sa bouche. (MB« de Villedieu, Joum. amour.,, 6* p.. 13e journée. ) — Cette résistance me fera rejeter sur le sort ce que je serois au désespoir de rejeter pleinement sur vous; et bien qu'elle n'empêche pas mon trépas, elle en adoucira du moins l'aigreur. (Id., ibid., 15* journée.)— Le cruel se plaint a moi avec des aigreurs qui offensent mon amour. (Id. , Ném. du sérail, il.)

Un esclave génois, homme de qualité.

Et d'un génie au-dessus du vulgaire.

Chez le visir Achmct, musulman sanguinaire,

Par l'industrie et la fidélité,

Sans cesse attentif à lui plaire.

Adoucissoit l'aigreur de sa captivité. (Senecé. Contes. Qui a temps a vie.)

On a dit de même, aigre pour amer :

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