‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 187 sur 743 · DÉTACHER. — DÉTRACTION · texte numérisé non relu

DÉTACHER. — DÉTRACTION

— désuni, part. p. Emploi très-poétique sans rég. indir, :

Faites voir, si je meurs, une entière tendresse;

Mais vivez après moi pour toule notre Grèce,

Et laissez à l'amour conserver, par pitié.

De ce tout désuni la plus éigne moitié. ((Ed., i, V.

DÉTACHER, fig. un esprit détaché, un esprit détaché du

monde :

Oh ! que tous les besoins ont de cruelles gênes

Pour un esprit bien détaché. (IwtiL, i, 23 )

— oeil détaché, œil qui se détourne avec indifférence d'une

chose :

Malheureux Polyeucte, es-tu seul insensible.

Et veux-tu rendre seul ton crime irrémissible?

Peux-tu voir tant de pleurs d'un œil si détaché?

Peux-tu voir tant d'amour sans en être touché? [Pot., v, 3.)

Selon Voltaire, « le cœur peut être détaché, mais l'œil ne Test pas. » Palissot dit plus justement, à notre avis : « On s'éloigne d'un objet qui fait une impression trop vive , on en détache ses yeux; il nous semble que cette expression pourrait être permise. »

DÉTERMINÉMENT, précisément :

Le seul moyen de leur contredire avec le respect qui leur est dû , c'est de se taire quand leurs ordres ne sont pas si pressants qu'on ne puisse remettre à s'excuser de leur obéir , lorsque le temps en sera venu , et conserver cependant une espérance légitime d'un empêchement qu'on ne peut encore déterminémcut prévoir. (Exam. du Cid.)

On pourrait citer de nombreux exemples, comme celui-ci :

Je me suis expliqué déterminémetu sur cela. (Boss.)

DÉTOURNER sur, en parlant de colère, de malheurs :

Ah, perfide! Sur moi détourne ton courroux;

La mort de Dorimant me seroit trop funeste. (La Gai. du Pal., v, 30

De nos têtes sur eux détournez cette foudre. (Oth., fi 3*)

Mais toi, par quelle erreur veux-tu toujours sur toi

Détourner un courroux qui ne cherche que moi? (Rac, Anérom., tu, 1)

On disait aussi , détourner contre :

Ne nous laissons jamais emporter à ces invectives cruelles, à ces dérisions outrageuses qui détournent malicieusement contre la personne l'horreur qui ^ due au vice. (Boss., Serm. pour le sam. du 3e dim. de car,, 1.)

DÉTRACTION , calomnie :

Et, pour donner couleur à vos détractions,

Vous lisez fort avant dans mes intentions. (La Suiv., ni, 10-)

Le droit des rois consiste a n© rien épargner. La timide équité détruit Fart de régner,

— detîuîhe, avec If prou, pers., se perdre :

Comme si par sw dons il pouvait me séduire, Ou qu'il put m 'accabler, et ne se point détruire.

On disait d'une manière analogue,/? suis détruit, pour je ftfti perdu ;

Je tui* femme dettruitte, puisque mon cas est si manifeste, que tant de gens le tçavent et en devisent! {Lu cent Nmv. du roi Louis 11 , xxvi,; — S'il me trouva, je mil âéitruit. (Farce d'an amoureux.; — Heïas! je suit détruit , je SUIS perdu, je mis ruiné . (Lamv., Corn, du Etpriutuit 6*.)

DETTE, dénier et confesser la dette» oier et avouer en même temps :

C'est dernier ensemble ci conjurer ta dette. L'Ilius. com,f u, &*}

DÉVALER, neu t. et fig., descendre :

Qui ne montera point au rang dont je dévote. Qu'en épousant ma haine, au lieu de ma rivale.

On a dit de mêrue :

Jamais homme qui e*t monté où je suis, n'en démfa que par force, [Soi. Mént Har. de M. le Jicuteu.)

Dévaler s'employait pour descendre, tomber , dans le style noble, au propre comme au fig. :

La grès le ne la nége

N'ont tels lieux pour leur siège,

Ne la foudre oneques là

Ne dévala. (Rons. , De l'Élection de ton sépulcre.)

DEVANCER quelqu'un en , l'emporter sur lui en :

S'il précéda Philiste en vaines dignités,

Philiste U devance en rares qualités. [La Veuve, u, 2.)

DEVANT, comme avant, préposition ou adverbe :

DooFernand étant le premier roi de Castille, et ceux qui en avoient été maîtres *wn* lui, n'ayant eu titre que de comtes. [Exam. du Cid.) Et lors ne pense pas, quoi que tu te proposes, Que de tes volontés devant lui tu disposes. Prépare tes dédains, arme-toi de rigueur, Une larme, un soupir te percera le cœur ; Et je serai ravie alors de voir vos flammes Brûler mieux que devant, et rejoindre vos âmes. {La PL Roy., u, 4.)

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